Véracité drame dans le film de J. Cameron

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Véracité drame dans le film de J. Cameron

Message  encelade le Lun 23 Avr 2018 - 22:46

J'ai lu le livre du colonel Archibald Gracie, "Rescapé du Titanic", et son récit m'a laissé perplexe. En effet, plusieurs éléments présents dans le film de James Cameron sont contredis par les propos du colonel. Par exemple, celui-ci certifie qu'il n'y a pas eu de mouvement de panique, que les hommes ne se sont pas précipités sur les canots (il le répète plusieurs fois), que M. Murdock ne s'est pas suicidé, qu'il n'a jamais entendu de coups de feux, que personne n'a été tué par un membre d'équipage, que M. C. Lightoller n'a pas eu à repousser des passagers, ou encore que le bateau ne s'est pas brisé.

Bien sûr, je sais qu'il s'agit d'un film, l'oeuvre de J. Cameron, bien que documentée, n'est qu'une vision de la réalité. Cependant, les faits montrés sont accablants et je ne trouve nul-part où on en parle ! Le livre d'Archibald Gracie est vanté sur ce forum pour sa véracité (ici), alors que si on s'en tient au film de J. Cameron, on peut se demander si le colonel était présent lors du naufrage ! (c'est ironique bien sûr ^^).

En effet, dans le film :

- Charles Lightoller menace des passagers et demande "de l'ordre" :


- M. Murdock se suicide :


- Le bateau se brise en deux :

... et pourtant plusieurs passagers (la majorité) affirment qu'il ne s'est pas brisé. Dans le film, l'arrière du bateau retombe à l'horizontal, c'est plutôt flagrant !


Je n'ai pas senti toute cette tension dans ce livre, pourtant montrée dans le film, quelqu'un peut-il m'éclairer sur ces contradictions ? pou
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Re: Véracité drame dans le film de J. Cameron

Message  Colargol le Mar 24 Avr 2018 - 2:42

Bonjour encelade!

Il aurait été sympa de commencer par un petit bonjour, ça fait toujours plaisir et ça coûte rien, et il aurait été encore mieux de te présenter dans la section dédiée mais soit.

Je suis loin d'être un expert vis-à-vis du naufrage mais les avis des survivants divergent effectivement sur tous les points que tu abordes.
Cameron a donc choisi de suivre certains témoignages, pas d'autres. Il lui fallait faire un choix, et il s'est entouré de différents historiens lors du tournage pour le conseiller. Mais certains témoignages sont soumis à controverse.

1) Pour le cas de Lightoller, de nombreux survivants et Lightoller lui-même (puisqu'il fut l'officier survivant le plus gradé) ot parlé de la même chose, on peut donc quasiment affirmer qu'il y a effectivement eu des mouvements de panique lorsque le naufrage imminent s'est imposé dans les esprits comme une réalité (ce qui est une réaction totalement humaine face à la mort imminente, aussi British puissions-nous être). Lightoller y a donc fait face d'une certaine manière, il a affirmé lui-même avoir tiré en l'air pour calmer certains passagers qui voulaient forcer le passage vers les canots.

2) Le suicide de Murdoch est un cas extrêmement complexe et sans doute le point le plus soumis à controverse. Il existe plusieurs témoignages parlant du suicide d'un officier. Mais si certains témoignages mentionnent Murdoch, d'autres affirment qu'il s'agit plutôt de Henry Wilde, le chef officier à bord. Lightoller lui-même en parle, affirmant que lorsqu'il était sur le toit du carré des officiers, peu avant que l'eau n'atteigne le pont principal, il a entendu des coups de feu et a vu le corps d'un officier, mais il n'était pas en mesure de l'identifier.
Là où l'histoire est en notre défaveur, c'est que Murdoch et Wilde portaient les mêmes uniformes avec autant de galons chacun (3). En effet la White Star a procédé la veille du départ à un changement inattendu dans l'Etat-major du Titanic, rétrogradant Murdoch et Lightoller de leurs fonctions initiales, et débarquant le 2è officier prévu initialement. Mais les officiers avaient déjà achetés leurs uniformes, et ne pouvaient plus changer en dernière minute, donc les uniformes portaient toujours les grades d'origine. Donc savoir qu'un officier à 3 galons s'est suicidé ne nous avance pas beaucoup sinon à limiter le choix à Murdoch ou Wilde. Et même si ce suicide lui-même reste sujet à controverse, s'il a réellement eu, de nombreux historiens de notre époque considèrent qu'un tel geste est incompatible avec l'héroïsme dont on rapporte que Murdoch a fait preuve jusqu'au bout, et considèrent qu'il est plus probable que l'officier mentionné dans tous ces témoignages soit Wilde.

3) Vis-à-vis de la rupture, s'il est avéré depuis la découverte de l'épave que le navire s'est bel et bien brisé en deux, il reste des points à éclaircir.
Tout d'abord il faut se rappeler que c'était une nuit extrêmement sombre, sans lune, donc les gens ne distinguaient pas grand chose une fois dans les canots, et leurs yeux étaient accaparés par les lumières du paquebot. Aussi lorsque ces dernières se sont éteintes, le temps que les yeux s'habituent à l'obscurité totale, il leur a été difficile de voir le navire. Les témoignages sont donc peu fiables.
D'autre part, les dernières études en la matière ont démontré par simulation informatique que le Titanic ne s'était "dressé" au maximum qu'à 12°, soit bien moins que les 30° du film de Cameron. Ce qui laissait moins de temps à la poupe pour retomber lorsque le navire s'est brisé, donc moins de temps pour le voir. Ensuite selon l'angle où était situé le canot d'un survivant, il ne pouvait pas forcément distinguer la même chose qu'un canot 30 mètres plus loin.
Enfin il nous reste deux choses à prendre en compte: certains experts affirment que le navire se serait brisé sous l'eau: impossible alors pour les survivants de dire quoi que ce soit. Néanmoins cela reste peu probable.
Enfin, pour les quelques témoignages (qui sont minoritaires) qui affirment que le navire a coulé entier, il faut se rappeler que même s'ils ont vu le navire se briser, leur cerveau n'a pas forcément su interpréter ces images de destruction et a déformé la réalité, et d'autre part rappelons-nous qu'il s'agissait du fleuron de la marine marchande Britannique, flambant neuf, et réputé insubmersible (et donc indestructible). Comment croire qu'il avait pu se briser aussi simplement, déjà que le naufrage leur semblait un cauchemar dont ils allaient se réveiller d'un instant à l'autre...

J'espère que mes explications t'auront aidé à appréhender un peu mieux les contradictions dans les témoignages.
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Re: Véracité drame dans le film de J. Cameron

Message  encelade le Mar 24 Avr 2018 - 10:46

Bonjour Colargol,

Veuillez m'excuser pour la forme de mon message, ou encore pour le manque de présentation dans la section dédiée, je suis nouveau et je ne sais pas comment fonctionne un forum, et j'ai calqué la mise en forme de certains messages qui vont à l'essentiel.

Merci pour cette réponse détaillée, qui je pense, permet de clarifier et de condenser plusieurs points pour des personnes comme moi naviguant sur internet à la recherche des ces réponses.

Le livre du colonel Archibald Gracie est présenté comme l'un des témoignages des plus importants sur le naufrage, mais votre message confirme mon sceptiscisme ; ce livre est à prendre en considération avec beaucoup de recul.

Bonne journée.
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Re: Véracité drame dans le film de J. Cameron

Message  Joris le Mar 24 Avr 2018 - 14:21

Ce sont des questions intéressantes. En plus de tout ce qu'a dit Corentin, je préciserai juste qu'effectivement James Cameron a pris aussi des libertés volontaires sur certains aspects, notamment certaines choses où il y avait des témoignages contradictoires ou d'autres dont on était pas sûr.

Le suicide éventuel de Murdoch reste sujet à débats. Tu peux voir ici le sujet consacré à cette question. James Cameron a dit dans le docu Titanic : 20 ans après avec James Cameron qu'il regrettait qu'il ait fait se suicider l'officier Murdoch dans son film, parce que beaucoup de ses descendants ont été choqués. À l'époque il n'avait pas pris conscience de cela et si c'était à refaire, il ferait plutôt dans le scénario se suicider un membre d'équipage anonyme a-t-il dit. Après, on ne sait pas si Murdoch s'est réellement suicidé à bord ou non.

Pour la cassure, c'était effectivement très difficile pour les passagers de voir réellement ce qui pouvait se passer dans cette nuit noire. Jusqu'en 1985 et la découverte de l'épave, on pensait que le Titanic n'avait coulé qu'en un seul morceau. Là aussi il y a ce sujet si tu veux plus d'infos.

Joris


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Re: Véracité drame dans le film de J. Cameron

Message  PhilC le Mar 24 Avr 2018 - 19:39

Le livre de Gracie est une bonne référence. Mais des sujets peuvent être discutés. Les témoins ont rapporté des récits très variés. Même s'il s'est déplacé sur le pont, le colonel Gracie n'a pas été témoin de tous les événements. Cameron nous montre des mouvements de panique qui se sont réellement déroulés.

En plus de la scène que tu mentionnes, le film montre aussi l'officier Lowe faire feu lors de la descente du canot n° 14. Plusieurs témoins ont rapporté que des personnes avaient tenté d'embarquer de force, dont Lowe lui-même. C'est d'ailleurs expliqué dans le livre, quand Gracie reproduit des témoignages, en énumérant les événements affectant les canots.



Lowe tirant des coups de feu lors de la descente du canot n° 14.

Pour les meurtres, la scène aurait pu se produire du côté bâbord (et non à tribord, comme montré dans le film). Il pourrait s'agir de l'officier Wilde, mais il n'y a aucune certitude. Si Lightoller a été témoin d'une telle scène, il s'est bien gardé de le dire. Par ailleurs, il ne semble qu'une seule personne aurait été tuée, tandis que la seconde aurait été blessée.

D'autre part, dans son livre, Gracie précise que Lightoller lui avait dit que des "hommes de l'entrepont forcèrent une chaloupe".

Note: Pour parler du livre de Gracie, je me base sur l'édition française parue en 1998.

Pour la rupture du bateau, c'est un fait acquis depuis la découverte de l'épave. Gracie était en train de nager sous l'eau. Il n'a pas vu l'engloutissement final du navire (d'ailleurs, il est resté pas mal de temps sous l'eau! en retenant sa respiration). Pourtant, dès 1912, de nombreux témoins rapportèrent avoir vu le navire se briser. Mais les contradictions sont légions. Ainsi, Lawrence Beesley et Ruth Becker étaient dans le canot 13. Adulte, Beesley était certain que le navire ne s'était pas cassé. Enfant, Becker était persuadé que le bâtiment s'était scindé. Becker en parlait dès 1913, dans une lettre adressée au St. Nicholas Magazine, dans laquelle elle indiquait que le navire lui avait semblé se briser au milieu.

Des études menées depuis la découverte de l'épave donnent des angles d'inclinaison différents, selon les auteurs. Certains avancent un angle de 11°, d'autres un angle de 15 à 17°, d'autres un angle de 19°, d'autres évaluent un angle de 23°. Reste que ce qui est semble désormais certain, c'est que le navire ne s'est pas soulevé comme montré dans le film. Cameron penche pour un angle de 23°. Bien que de nombreuses hypothèses ont été émises pour expliqué la manière dont s'est cassé le bateau, il faut être honnête: on ne sait pas comment ça s'est passé.

Pour l'anecdote, le personnage du colonel Gracie apparait dans le film. Il accompagne Cal, quand celui-ci se rend en troisième classe, après la tentative de suicide de Rose. C'est lui qui suggère à Cal de donner "un petit quelque chose". Il assiste au diné auquel est convié Jack ("Toute la vie est un jeu de chance" dit-il [à la lecture de son livre, cette parole fictive me paraît vraisemblable]). On le voit encore, quand Jack, Rose, Fabrizio et Tommy arrivent sur le pont pendant l'évacuation. C'est à lui que Rose demande: "Colonel! Y a-t-il des canots de ce côté?" On voit, dans cette scène, Gracie accompagné de deux femmes. Il s'agit d'Edith Evans et Caroline Brown. Gracie rapporte dans son livre: "Saisissant mes compagnes par le bras, Mlle Evans à droite, Mme Brown à gauche, je me hâtai aussitôt vers bâbord, suivi de trois autres dames." Dans le film, on voit Mlle Evans et Mme Brown, mais pas les "trois autres dames". Pour terminer cette anecdote concernant Gracie et le cinéma, l'acteur qui joue le rôle de Gracie, Bernard Fox, interpétait le veilleur Frederick Fleet dans Atlantique Latitude 41°.



Le colonel Gracie entouré d'Edith Evans et Caroline Brown.
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