Titanic


 
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 Lightoller : le menteur ?

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Lili.marlene3945



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MessageSujet: Lightoller : le menteur ?   Sam 14 Jan 2017 - 2:12

Bonjour à tous,
Tout d'abord, comme probablement plusieurs d'entre vous le savez probablement, je suis en train de traduire les témoignages de la Commission d'Enquête Britannique, et depuis le 18 août dernier -- et sûrement encore pour au moins un mois -- je suis dans celui de Lightoller. Avant de lire ce témoignage, je n'avais aucun préjugés à l'égard du principal intéressé : ni positif, ni négatif. En fait, je le connaissais peu. Donc pas d'a priori. Et c'est ce qu'on demande aux historiens, après tout, non ?

Eh bien au gré de ma traduction, j'ai fait une découverte que je désire ici partager avec vous tous. Et afin de vous prouver que ma démarche intellectuelle n'est pas du "n'importe quoi" mais qu'elle est bel et bien inhérente à ma formation d'historienne à la fac, je vais vous la détailler et l'expliquer. Bien sûr, une théorie se doit d'être démolie pour que la connaissance avance, et donc ne vous gênez pas si toutefois vous étiez en mesure de démontrer le contraire.

Donc voici tout d'abord le contexte :

La version la plus colportée -- et peut être l'une des plus fausse -- de l'histoire du Titanic est le suicide de Murdoch, qui aurait fait cela après avoir tiré sur un ou des passagers (d'ailleurs, quelqu'un sait d'où sort cette histoire ??). Bien sûr, cette histoire a créée tout un émoi chez les collègues du principal intéressé, mais également et on le devine aisément, chez son épouse, madame Murdoch. Afin de calmer cette dame et la rassurer. Ainsi lui a-t-il écrit une lettre, le 24 avril 1912, dont le principal extrait (traduction de moi-même à partir du site "williammurdoch.net") est celui-ci : "Je réfute les rapports publiés dans les journaux . Je suis pratiquement le dernier homme, et sûrement aussi le dernier officier à avoir vu monsieur Murdoch. Il s'efforçait alors de lancer à l'eau le canot pliable situé à l'avant du côté tribord. Les rapports faisant mention d'autre chose sont absolument faux. Monsieur Murdoch est mort comme un homme (...)"
À l'instant où il dit avoir vu une vague emporter Murdoch, Lightoller était du côté bâbord sur le pont des embarcations, en train de larguer le dernier canot de sauvetage, avant lui-même de marcher dans l'eau puis de nager vers le nid-de-pie qu'il voulait atteindre pour être au sec, avant de réaliser que celui-ci coulerait aussi. Il a rebroussé chemin, fut submergé lorsque la cheminée tomba sur la passerelle, puis fut rejeté à la surface par l'air chaud d'une canalisation de ventilation qui laissait échapper les derniers mètres cube d'air qui restait dans le navire avant qu'il en coule définitivement. Le reste appartient à l'Histoire.

Cependant, je crois avoir découvert que dans cette lettre, Lightoller a sciemment menti à Ada Murdoch.

Premièrement, nous sommes bien d'accord qu'il dit à la veuve éplorée qu'il était du côté bâbord du navire lorsqu'il a vu Murdoch qui lui, s'occupait à la même tâche que lui (larguer les canots) mais du côté tribord, donc de l'autre côté du pont des embarcations ? Si oui, il y a un problème majeur, car à la question 14048 de son témoignage, le procureur demande à Lightoller la question suivante (encore une fois, la traduction est la mienne) :

14048: "Vous avez utilisé une expression il y a tout juste quelques instants qui à votre connaissance, était le dernier canot de sauvetage à quitter le navire. Pourriez-vous nous dire, si vous avez été en mesure d'observer, pendant tout ce temps, ce qui se passait sur le pont des embarcations du côté tribord ?

Lightoller : " Non, aucun signe. Vous ne pouvez pas voir de l'autre côté!"

"Vous ne pouvez pas voir de l'autre côté!"...

J'imagine que vous voyez là où le bât blesse, n'est-ce pas ?

Donc s'il ne pouvait PAS VOIR de l'autre côté, comment a-t-il pu voir la fin de Murdoch ? Et quand on regarde le Titanic, même avec une petite maquette, vous vous rendez compte qu'effectivement, sur le toit du quartier des officiers, vous ne pouvez pas voir, car il y a les évents de chaufferie qui cachent la vue, mais également une partie de la superstructure et la première cheminée qui se trouve de biais. Sans parler du reste, car on peut supposer qu'il y avait pas mal de monde; Murdoch ne devait pas être seul à cet endroit!

Maintenant ce qui différencie la science historiographique du journalisme, c'est la méthodologie. En Histoire, nous faisons une enquête de police et interrogeons des témoins... À la seule différence que nos témoins sont tous morts. Nous devons donc essayer d'analyser le plus objectivement possible ce qu'ils nous ont laissé, soit leurs écrits, archives, etc. Cette critique qui nous servira d'analyse, se fait en deux temps : premièrement la critique externe d'un document (support utilisé, encre, papier, en tête, signature, etc. ce qui n'est pas nécessaire ici) et la critique interne, c'est à dire le contenu du document, qui doit être confronté avec ce que nous savons déjà comme certain dans l'histoire de son auteur, afin de déterminer les raisons qu'il aurait eu de mentir ou d'omettre certains faits afin d'en déterminer la crédibilité. Ainsi, à titre d'exemple, un document autobiographique de Rudolf Höss, le commandant du camp d'extermination d'Auschwitz est probablement beaucoup moins crédible en soi qu'un pareil document rédigé par Albert Speer, l'architecte de Hitler. Pourquoi ? Eh bien parce que Höss a écrit son livre (Le commandant d'Auschwitz parle) en 1945-1947 alors qu'il attendait son procès et sa sentence de mort. La critique interne du document, par exemple, nous dit qu'il essayait d'atténuer ses actions et de réduire la portée de ses actes en les rejetant sur les autres (sur le lagerfüghrer à titre d'exemple ou même sur les victimes). Il avait donc une raison bien évidente de ne pas dire toute la vérité car il avait tout à perdre. Ce qui n'était pas le cas de Albert Speer, architecte de Hitler et Ministre de l'Armement à partir du 9 février 1942 suite à l'accident de Todt, son prédécesseur. On peut croire que le document écrit par cet homme est beaucoup plus crédible, et qu'il doit même être à 90% juste. Pourquoi ? Eh bien parce que Speer l'a écrit après 1945, c'est à dire à une époque où il avait été jugé au Tribunal de Nuremberg, condamné à 20 ans de prison et qu'il savait fort bien qu'il n'aurait jamais de remise de peine. Il avait donc aucune raison de mentir. Et le seul sujet sur lequel il l'a fait, nous le savons grâce à des archives depuis peu, est au sujet de la réunion des industriels en 1943 où Himmler a clairement parlé de la shoah. Donc voilà pour cette théorie.

Maintenant si nous revenons à Lightoller, avait-il des raisons de mentir ? La réponse, pour ma part, est "oui". Pourquoi ? Parce que cette lettre a été écrite immédiatement après la catastrophe (dix jours exactement) et que c'est une réaction "à chaud" suite à ce que les journaux avaient publié au sujet de Murdoch (suicide, meurtre). Certes, on peut imaginer que Lightoller a été absolument atterré de voir une telle version (probablement en a-t-il pas entendu parler avant ça) et son réflexe a été de "sauter" sur le premier papier et crayon qu'il a trouvé avec l'idée de rassurer la pauvre veuve. Une réaction humaine, de compassion que ni vous ni moi ne pouvons lui reprocher. Et la date nous annonce autre chose : la lettre a été écrite avant la mise en place de la Commission d'Enquête Britannique. Donc, Lightoller ignorait qu'il allait devoir témoigner et croyait peut-être que seule la Commission sénatoriale serait suffisante pour faire la lumière (d'ailleurs, il était encore en Amérique si on se fie à la date) sur le sujet. Donc s'est-il probablement dit, un "petit mensonge joyeux" si vous me permettez l'expression, sera sans doute bienvenu et ne fera de mal à personne.
Cependant, il n'avait précisément pas prévu la Commission Britannique.
Celle-ci était officielle; un juge la présidait; des procureurs assistaient ce dernier. Bref : un cadre officiel duquel il se devait de donner un témoignage le plus juste et vrai possible (sans quoi il risquait des poursuites qui auraient pu le mener en prison puisque Lord Bigham avait de tels pouvoirs de coercition selon son mandat gouvernemental). On peut donc en inférer, sans risque de se tromper, qu'il y avait davantage de chances qu'il mente dans une lettre à une pauvre veuve que dans une Commission d'Enquête officielle, n'est-ce pas ? Surtout si on trouve un témoignage contraire : dans la lettre, il dit avoir vu Murdoch être emporté par une vague; en répondant aux questions du procureur dans la Commission d'Enquête, il affirme qu'il lui était impossible de voir de l'autre côté. Objectivement parlant, avouez qu'on est davantage tentés de croire qu'il ne pouvait voir de l'autre côté (de simples photos ou une simple maquette du navire le signalent au bon sens!) que de croire qu'il a tout vu.

D'autre part, s'il avait vu Murdoch être emporté par une vague, on peut supposer qu'il l'aurait été à son tour, étant donné que le navire coulait "par la tête" (pour paraphraser Philips) et donc au fur et à mesure qu'il s'enfonçait, il le faisait par les deux côtés en même temps. La gîte n'était que de 5 degrés à ce moment-là, et elle n'était donc pas importante pour faire une différence marquante.
De plus, à la Commission d'Enquête, à aucun moment il ne parle de la fin de Murdoch au procureur qui l'interroge pourtant sur son collègue, et plus particulièrement sur le sujet qui nous intéresse :

voici un autre extrait de la lettre à Madame Murdoch :

"Ayant descendu les canots du toit du quartier des officiers, il n'y avait plus suffisamment de temps pour les mettre à l'eau . Je regardais alors votre mari et ses hommes. Il travaillait fort, s'impliquant personnellement rattrapant les cordages avant des canots. À ce moment, le navire a plongé et nous nous sommes tous retrouvés dans l'eau (...)"

Pourtant, à la Commission d'Enquête il a témoigné :

"13408 Alors parlez-nous de vos dernières 2 ou 3 minutes sur le navire. Qu’avez-vous fait ? ?

J’ai traversé le pont jusqu’au côté tribord du quartier des officiers, sur le dessus du quartier des officiers, afin de voir si je pouvais faire quelque chose du côté tribord, eh bien je ne pouvais pas.

13409 Et aller du côté tribord sur le toit du quartier des officiers, avez-vous pu voir d’autres officiers ?

J’ai vu le Premier Officier travailler sur les câbles du canot d’urgence du côté tribord, évidemment avec l’intention de le retenir et de le rattacher au canot pliable de l’autre côté

13410 L’autre canot pliable ?
Oui

13411 C’était monsieur Murdoch ?

Oui.

13412 Y avait-il d’autre hommes pour l’aider ?

Il y en avait un grand nombre autour pour aider.

13413 Alors qu’est-il arrivé ?

Eh bien il [le navire] a semblé prendre une plonge et j’ai marché jusqu’à l’eau

13414 Aviez-vous votre ceinture de sauvetage ?

Je l’avais.

13415 Vous devriez nous dire ce qui vous est arrivé.

Eh bien j’ai nagé vers la tête du navire, le nid-de-pie. Je pouvais voir le nid-de-pie. L’eau était intensément froide, et l’instinct naturel peut pousser quelqu’un à sortir de l’eau. Je ne sais pas si j’ai nagé vers le mât de misaine avec cette idée, mais bien sûr j’ai vite réalisé que c’était plutôt une idée folle, alors je me suis tourné pour me dégager du navire vers tribord. La prochaine chose que j’ai su, était que j’étais près des conduits d’aération sur la partie avant de la cheminée. Il y avait une grille.

13416 Montrez-nous ce que c’était

(le témoin pointe le modèle) La partie avant de la cheminée est la même que celle sur la poupe ici.
(...)".

S'il avait vraiment vu Murdoch être emporté par une vague, il l'aurait dit au procureur qui l'interrogeait précisément sur cela. Encore une fois ici, la prudence nous dit qu'il peut s'agir d'un mensonge dans la lettre et de la vérité ici. Il était sous serment. De plus, cette fois (soit 24h après avoir dit qu'il ne voyait pas de l'autre côté du navire) il "voit de l'autre côté" !!! Ici aussi on a un paradoxe. On ne peut à 100% le résoudre, mais on est en droit de se dire que le fait est qu'il ne voyait probablement pas de l'autre côté. Puisque Murdoch est venu sur le tapis, c'est probablement à ce moment là que lui serait venu à l'esprit cette lettre à madame Murdoch, contrairement à la veille où aucune mention de Murdoch a été faite. Il aurait donc essayé de légitimé ce mensonge en lui donnant un contenant de vérité... à défaut du contenu!

Remarquez également le changement de version entre la lettre et la Commission d'Enquête : dans la première, il dit qu'Il a été emporté par une vague, tandis que dans la seconde, la Commission, il affirme avoir simplement marché à l'eau puis nagé. Encore ici une version contradictoire. Laquelle croire ? La plus plausible, bien sûr, c'est à dire là où il était sous serment, devant des officiels, alors qu'il n'avait personne à rassurer; aucune geste de compassion à faire envers une veuve.

Ainsi, en conclusion, on peut affirmer sans trop se tromper que les propos de la lettre à Ada Murdoch était en grande partie fausse, et que la motivation pour le faire était humaine et on ne peut le lui reprocher, au plan humain. Cependant, au point de vue de l'Histoire, il a embrouillé encore bien davantage une Histoire, celle du Titanic, qui l'était déjà suffisamment, et comme je crois personnellement que l'Histoire est à la Race humaine ce que la psychologie est à l'individu, il devient difficile de "faire une thérapie" alors que l'histoire clinique est parsemée de mensonges, de demies vérités et d'omissions... Ne trouvez-vous pas ?

ET

J'aurais besoin de votre aide à tous si vous êtes en mesure de le faire : j'ai lu à quelques reprises que Lightoller était considéré comme un "company man" c'est à dire qu'il protégeait son employeur bien davantage que le simple bon sens ne le permet. Bien sûr, dans son témoignage-fleuve, il a quelques prises de becs avec le procureur et l'avocat Scanlan qui veulent lui faire dire que la White Star Line a "manqué le bateau" si vous me passez l'expres​sion(lol!!) en ne mettant pas explicitement dans sa procédure en mer qu'Il est obligatoire de réduire la vitesse dans les régions réputées pour avoir de la glace, ce à quoi Lightoller répond stupidement qu'à ce compte, toutes les compagnies et tous les capitaines sont coupables et doivent être arrêtés par le Board of Trade, mais à part 2 ou 3 trucs comme ça, je ne trouve encore nulle part la justification de cette réputation et d'où elle vient.

Quelqu'un parmi vous est-il informé et pourrait-il nous éclairer sur cet aspect de Lightoller ? J'aimerais pouvoir ajouter une petite note de bas de page afin d'informer mon futur lecteur d'où vient cette réputation. Merci!

PS: en passant, et désolée si ce post-scriptum est un peu "hors sujet" ici -- mea culpa, chers modérateurs -- mais il y a une théorie qui expliquerait que Fleet n'ait pas vu le iceberg à temps; pourquoi beaucoup de témoins (Beasley, Fleet, Lightoller, Boxhall, Smith, Lord, Symons, etc.) ont dit qu'en 100 ans une telle météo (mer d'un calme plat, étoiles très brillantes, température très froide, etc.) n'avait jamais été vue sur l'Atlantique Nord; et aussi, pourquoi le Californian n'est pas venu au secours du Titanic, et cette théorie est celle d'un mirage froid (documentaire de Tim Maltin, historien britannique, intitulé "Titanic : Case Closed" ou en français "Titanic : Affaire Classée" (gratuit sur youtube et complet :https://youtu.be/lMoUKQbnqCY ). J'ai presque terminé un article sur le sujet, et j'aimerais bien pouvoir vous mettre disponible cet article qui pourrait s'avérer être intéressant, cependant, je n'ai pas de site web, donc je me demandais si quelqu'un aurait une idée à ce sujet où je pourrais publier cet article ? D'ailleurs, en primeur je vous l'annonce : j'ai communiqué avec Tim Maltin et il m'autorise à étoffer les traductions de la Commission d'Enquête avec ses schémas et photos au besoin, alors je suis très contente! Je lui poserai aussi la question pour mon article et s'il l'autorise, celui-ci sera également étoffé. Voilà donc. Encore mille excuses aux modérateurs! :-)
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: Lightoller : le menteur ?   Sam 14 Jan 2017 - 12:30

Bonjour !

Voici un long article, ça fait plaisir. pou

L'histoire de la lettre à Ada Murdoch est connue de longue date du côté des recherches anglophones et il est généralement admis que, oui, Lightoller aurait mentit. Bien que l'on ne puisse pas dire à quel point. La découverte de la lettre de Lightoller à la veuve de J. Simpson, écrite sur le même modèle, presque à la phrase près, a d'ailleurs renforcé cette idée.

Quant à la question de la place de Lightoller sur le toit du quartier des officiers, elle a également été beaucoup débattue sur les forums anglophones, notamment sur Encyclopedia Titanica. Par manque de temps, je ne peux malheureusement pas entrer dans les détails, mais je t'invite à t'y rendre si ce n'est pas déjà fait. Tu y trouveras de quoi étayer ta réflexion.

En parlant de réflexion, je trouve ta manière de raisonner assez honorable, du fait que tu ne sembles pas être le genre à te laisser abuser par des théories fumeuses. Mais paradoxalement, tu passes un peu rapidement sur la théorie du suicide en affirmant qu'elle est complètement fausse. Sur ce sujet, je ne partage pas ton avis.

Tout d'abord, il y a des témoignages qui font mention de tirs envers des passagers, ainsi qu'un officier s'étant suicidé. Par exemple celui d'Eugène Daly qui affirme avoir vu le corps d'un officier (en admettant qu'il ne ce soit pas trompé dans l'interprétation de l'uniforme) gisant sur le pont.

Ensuite, il y a une anecdote selon laquelle après le naufrage du Titanic, Lightoller serait aller confier la "vérité" à un ami qu'il avait en commun avec Murdoch. Il s'agit de McGiffin, qui était avec eux sur le Medic et occupait le poste de surintendant de la White Star Line à Queenstown en 1912.
D'après une historienne, ce serait le fils de McGiffin, James Oliphant McGiffin, qui aurait partagé cette histoire avec des chercheurs bien des années plus tard. D'après sa version, Murdoch aurait accidentellement tiré sur des passagers, touchant l'un deux à la mâchoire (ce qui correspond étrangement au témoignage d'un survivant, peut-être Daly mais je ne suis plus sûre).

Nous en avons parlé sur ce topic : http://titanic.superforum.fr/t3139-james-mcgiffin-surintendant-de-la-wsl-a-queenstown

J'ai vérifié l'existence de ce fils, et il y a bien un J. Oliphant McGiffin qui apparaît sur un recensement de la famille à Queenstown. Mais les recherches mériteraient d'être poussées plus loin.
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PhilC

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MessageSujet: Re: Lightoller : le menteur ?   Dim 15 Jan 2017 - 2:42

Ça ne fera pas vraiment avancer le schmilblick, mais voici deux éléments. Je laisse intentionnellement de côté son témoignage devant le Tribunal des naufrages britannique.

D'une part, il est certain que Lightoller a menti sur quelques points, notamment la manière dont il a quitté le Titanic. Devant la Commission sénatoriale américaine, il s'exprime de manière à faire dire au sénateur Smith que l'officier n'avait pas quitté le navire, mais que c'est le navire qui l'avait abandonné. Cette scène a été reconstituée dans le film A Night to Remember. Pourtant, dans son autobiographie écrite en 1935 (Y dit-il la vérité ou sa mémoire a-t-elle été déformée par le temps?), Lightoller a rapporté avoir sauté à la mer:

"Nous avions seulement du temps pour renverser le bateau et le laisser tomber dans l’eau qui s’était maintenant précipité sur le pont bateau, dans l’espoir que quelqu’un puisse être capable de monter dessus comme il flottait retourné. Hemming et moi-même, comme chaque bateau était parti du côté du port, allâmes du côté tribord, voir ce qu’il y avait à faire.
"Mais tous les bateaux de ce côté étaient partis, mais des gens s’entassaient encore sur le pont. Le bateau effectua un léger mais définitif plongeon – probablement une cloison ayant cédée – et la mer arriva dans une vague sur le pont, le long du pont en dessous de nous, entraînant les gens sur l’arrière, les blottissant en une masse épouvantable. Ce qui ne disparurent pas immédiatement sous l’eau, commencèrent instinctivement à grimper sur la partie du pont hors de l’eau, et marchèrent vers l’arrière qui s’élevait hors de l’eau comme la proue s’enfonçait régulièrement. Quelques-uns des plus agiles sautèrent du haut du quartier des officiers ou Hemming et moi étions en ce moment. C’était une vue qui ne portait pas la démesure – être debout sur l’abri de navigation et sur nos quartiers, regardant les luttes frénétiques pour grimper en haut du pont s’inclinant.
"Je savais trop bien la futilité absolue de suivre cet instinct. Ils ajournaient seulement le plongeon et prolongeaient l’agonie – en diminuant les chances déjà minces dans une foule. Il m’était très clair comment serait fatal de se trouver parmi des centaines et des centaines de gens qui lutteraient bientôt pour leur vie dans cette eau mortellement froide. Il n’y avait qu’une chose à faire, et je le fis. Me tournant en direction de l’avant, je sautai. Frapper l’eau fut comme si mille couteaux me poignardèrent dans le corps, et pour un peu de temps, j’étais complètement saisi, car je transpirai abondamment, tandis que l’eau était de 28° ou 4° en dessous du point de
congélation."

Dans son récit, Lightoller dit s'être rendu sur tribord et que "tous les bateaux de ce côté étaient partis". Il ne voit donc pas le radeau A. En tout cas, il ne souffle pas mot. Nous avons pourtant suffisamment de témoignages pour dire que le radeau A se trouvait sur le pont à ce moment-là. Il avait même été descendu du toit du quartier des officiers. En fait, Lightoller ne savait pas ce qui s'était produit avec le radeau A. C'est le deuxième point.

Dans son livre The Truth About the Titanic, le colonel Gracie rapporte à propos du radeau A:

"[...] L'officier Lightoller m'avait dit, et il le réitéra dans sa déposition, que, se voyant incapable de détacher ce bateau, ses hommes et lui avaient renoncé à le mettre à flot. Et il en tira la conclusion que le bateau A avait sombré avec le navire.
"Mes récentes recherches l'ont convaincu que sa supposition était erronée."

Selon moi, en me basant sur ces éléments, on peut dire que l'on ne peut rien tirer de Lightoller à propos du radeau A. Mais s'il a effectivement vu Murdoch tirer sur un passager, cela pourrait expliquer le fait qu'il ne dise rien à ce sujet. En effet, s'il s'est réellement rendu sur tribord, on peut s'étonner qu'il n'a pas vu le radeau A sur le pont et la foule désireuse d'embarquer à bord. À moins que cette même foule, ces "gens |qui] s'entassaient encore sur le pont" (c'est vague...) n'aient masqué le radeau à sa vue...

On pourrait qualifier Lightoller de mauvaise fois, mais peut-être ce comportement (sur cet aspect) s'expliquerait pas l'amitié (ou le respect) qu'il éprouvait pour Murdoch (et un souci de défendre la réputation de la White Star). Peut-être a-t-il vu quelque chose, mais qu'il n'a pas voulu ternir sa mémoire. Ça reste spéculatif. Mais peut-être cela aide-t-il a ne pas accorder une confiance aveugle dans le témoignage de Lightoller? Je suis d'avis qu'il a menti sur plusieurs points. En ce qui concerne la lettre adressée à Mme Murdoch, je pense que c'était pour la réconforter. Il s'agit donc, selon moi, d'un mensonge bien attentionné. Cette lettre n'était pas destinée au public ni même à une Commission d'enquête, mais à une veuve attristée. Si Lightoller a effectivement vu Murdoch tirer dans la mâchoire d'un passager, même de manière accidentelle, il valait mieux, je pense, qu'il dise à sa veuve que son mari avait trouvé la mort en héros, en faisant son devoir pour tenter de sauver des vies.

Pour ce qui est du fait que Lightoller serait trouvé à bâbord et aurait vu Murdoch être emporté par une vague alors qu'il se trouvait à tribord, c'est difficilement croyable. En tout cas, je n'y adhère pas. Il y avait une cheminée, une manche à air et des ventilateurs qui lui obstruaient la vue.

Pour le l'extrait du livre de Gracie, je me base sur la version française parue chez Ramsay en 1998. Pour l'extrait du livre de Lightoller, la traduction est de mon fait. Je t'invite donc à vérifier par toi-même et à me corriger en cas d'erreur: http://gutenberg.net.au/ebooks03/0301011h.html

Enfin, je partage le point de vue de Tiphaine en ce qui concerne le suicide. On ne peut écarter d’emblée cette version.

Pour ce qui est du company man, je suis incapable de te répondre. Mais peut-être devrais-tu jeter un coup d'œil à la Commission sénatoriale américaine? Je ne me suis jamais vraiment posé la question.

Pour la question à propos de l'iceberg (pas sûr qu'il s'agisse d'une question), je pense qu'il faisait trop sombre pour être vu de plus loin. Comme la mer était calme, il n'y pas eu de vague sur brisant à la base de l'iceberg. Ces vagues auraient provoqué une écume blanche visible bien avant l'iceberg lui-même. Durant les auditions de responsabilité limitée (quand les gens ont porté plainte contre la White Star pour toucher des dommages et intérêts à la suite du naufrage), Charles Johnston, capitaine de l’International Ice Patrol, a rapporté qu'un iceberg était sombre s'il était distant d'un mille dans la nuit. Néanmoins il pouvait être repéré sans jumelles par un homme qui avait une bonne vue. D'ailleurs il est connu que Fleet a affirmé qu'il aurait vu l'iceberg suffisamment tôt pour qu'il soit évité s'il avait eu des jumelles. Mais on rappelle moins qu'il a également dit que d'ordinaire il voyait les objets et prenait les jumelles pour s'en assurer. Sur quoi, un sénateur de la Commission US lui a demandé: "Alors vous dépendez de votre vue pour voir, avant que vous utilisiez les jumelles?" Et Fleet d'assurer: "Oui."

Pour ton article, plusieurs choix s'offrent à toi: soit t'inscrire à l'AFT pour le publier dans Latitude 41 ou sinon, mon site Titanic Cyber Web serait preneur  oui  . Ou alors, voir éventuellement sur Encylcopedia Titanica - il aurait plus d'écho que sur mon site  Smile  .
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Lili.marlene3945



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MessageSujet: Re: Lightoller : le menteur ?   Ven 27 Jan 2017 - 0:33

Tout d'abord, merci à tous les deux pour vos réponses qui sont très intéressantes également. L'internet est vraiment un outil formidable pour échanger des points de vue de tous horizons et l'Histoire en tire et en tirera sûrement un grand profit, et Piaget, sur lequel est basé toute la pédagogie moderne disait dans son "Épistémologie génétique" quelque chose qui voulait dire que prenez des gens séparément : ils seront ignorants. Mais réunissez-les tous ensemble dans la même pièce et ils en sortiront instruits!

Mais revenons à nos moutons!

J'ai passé par dessus le supposé suicide de Murdoch parce que je voulais surtout parler de Lightoller, histoire de ne pas être hors sujet et déclencher les "foudres modératrices" mais puisque demandé, voici là où je me situe par rapport à ce sujet : tout d'abord, certes, je ne conteste pas le fait qu'il y ait bel et bien eu un officier qui s'est suicidé, et pour être honnête, je pense qu'avoir été à leur place, terrorisée par l'idée de mourir et agoniser pendant des heures dans l'eau à une température sous la barre du zéro, et si j'avais eu à portée de main une arme, j'aurais sans doute fait la même chose -- et probablement sommes-nous plusieurs ici à penser ainsi.

MAIS

Les témoignages ne sont pas unanimes quant à savoir QUEL officier l'a fait, et certains éléments apportés au cours des 5 dernières années mettent un bémol quant au fait que cet individu aurait été Murdoch. Selon moi, ça pointe davantage vers Wilde, de l'aveu même de son petit-fils, Chris Bayliss qui a fait une sortie remarquée dans les médias lors du Centième anniversaire de 2012.

En gros, Chris Bayliss a présenté une lettre provenant du Chef des Officiers Henry T. Wilde, qui avait été postée à Belfast, et a affirmé que selon lui, ça aurait été son grand-père qui se serait suicidé et non Murdoch. Voici les faits : En 1910, l'épouse de Wilde, Mary, est décédée en donnant naissance à ses fils, laissant Wilde seul avec 4 enfants à élever et une carrière pour laquelle il n'était pas souvent à la maison. En avril 1912, Wilde venait d'obtenir le grade de capitaine et d'être affecté à l'Olympic (quoique les témoignages ne soient pas concluants : certains disent que c'est le Cymric et non l'Olympic que Wilde était pour commander. D’autres, encore, parlent de l’Oceanic) mais la grève du charbon aurait flingué les projets de la WSL pour Wilde, et à la dernière minute, le capitaine Smith aurait demandé qu'il soit plutôt affecté au Titanic, reculant ainsi d'un grade pour redevenir Chef Officier. Mais il ne pouvait dire non, car ses employeurs de la White Star Line l'avaient autorisé à prendre un congé pour raisons familiale pendant presque toute l'année 1911, et cette faveur, à l'époque où il n'y avait aucune protection sociale, était de taille!

Dans une conversation – ou une lettre, il y a plus de six mois que j’ai lu cela, la mémoire étant une chose non fiable, parfois – Wilde affirmait que s’il y avait un naufrage dans l’un des navire qu’il commanderait, qu’Il préférerait mettre fin à ses jours plutôt que de mourir dans un océan presque gelé. De plus, y disait-il, plus rien ne le retenait sur cette Terre, étant donné que le grand amour de sa vie était morte. Il n’avait donc plus de raisons de vivre.
L’historien Geoff Whitefield, après étude de la presse, a affirmé que cette hypothèse où c’était Wilde qui se suicidait était davantage crédible pour lui que Murdoch qui n’avait aucune raison de le faire. Selon la légende, Murdoch se serait suicidé sur le pont des embarcations après avoir tiré sur un passager. Mais il ne fait que du bon sens pour raisonner que cette affirmation est fausse sans quoi TOUS les passagers présents auraient rapporté ce suicide. De surcroît, Murdoch a travaillé sur les canots de sauvetage pendant tout le temps du naufrage, tandis que Wilde a eu un rôle plus effacé, alors qu’en tant que chef officier, il aurait dû être l’intermédiaire entre les autres officiers et le capitaine Smith. Or, à 2 reprises, Lightoller est allé de lui-même interroger le capitaine sur différents sujets (mise à l’eau des canots, entre autre) et idem pour Boxhall lorsqu’est venu le temps de sortir les feux de détresses qu’il a tiré par la suite, comme on s’en souvient très certainement. Beaucoup de passagers ont témoigné avoir entendu un coup de feu, et non d’avoir vu un officier tirer… Chose très différente.
Et pour les rares ayant affirmé que Murdoch était le responsable de la chose, rappelons que le changement d’officiers s’est fait à la dernière minute, et la White Star Line n’avait pas eu le temps de changer les uniformes de ses officiers. Cela étant, Wilde avait l’uniforme de capitaine; Murdoch avait celui de chef officier et Lightoller celui de premier officier. Donc il est possible, comme le dit un article que j’avais lu, que les passagers aient confondus les officiers, attribuant le suicide au « chef officier » supposé, c’est-à-dire Murdoch plutôt qu’au véritable chef officier, qui était Wilde. D’ailleurs, à titre d’exemple, le Quartier-maître qui était à la barre lorsque le Titanic a frappé l’Iceberg, Robert Hitchens, qui a témoigné à la Commission d’Enquête, a dit que « Le chef officier qui était sur l’aile droite du navire a accouru vers la passerelle lorsqu’il a entendu les vigies crier qu’il y avait un iceberg droit devant! ». Donc, la confusion existait, et pas que parmi les officiers et employés, mais aussi chez les passagers qui ont témoigné par la suite. Et lors de la Commission sénatoriale américaine, Smith, le Sénateur lui-même appelait Murdoch « chef officier ».

Pour ceux qui lisent l’anglais, je les invite à consulter l’article « Circumstantial evidence » sur le site « William McMaster Murdoch » : http://www.williammurdoch.net/mystery04_circumstantial.html

En fait, si Lightoller n’a pas vu Murdoch être emporté par une vague, ça ne veut pas dire que celui-ci n’a pas terminé ses jours de cette façon, puisqu’un passager – dont je ne retrouve plus le nom mais sur demande je pourrai le faire sans problème – a bel et bien vu une vague l’emporter. D’ailleurs, on peut penser que c’est sur ce témoignage que Lightoller s’est basé pour raconter son « énormité » lors de la Commission d’enquête.

Cependant, bien sûr, il serait tout à fait malhonnête de discarter d’emblée la théorie selon laquelle Murdoch peut s’être suicidé. Cependant, pour beaucoup de chercheurs, cela ne « colle pas » avec sa personnalité. Mais quand on pense qu’il se sentait probablement très responsable de la situation et qu’il savait que des pertes de vies énormes seraient à déplorer, peut-être a-t-il choisi de se suicider pour ne pas affronter ce qui s’en suivrait. Car s’il avait survécu, on peut penser que pour lui les promotions étaient bel et bien terminées et même, peut-être aurait-il perdu son emploi. Mais ce ne sont là que des conjectures puisque son corps n’a jamais été retrouvé, probablement dévoré par un requin dans les heures suivant le naufrage, tout comme le capitaine, Moody, et Wilde. Mais une question que je me pose depuis que j’ai vu les photographies sous-marines du champ de débris près de l’épave : tous se rappelleront les chaussures une à côté de l’autre, ce qui indique qu’Il y avait probablement un corps à cet endroit. Je me demandais si à l’époque la White Star Line fournissait les chaussures de ses officiers. Si oui on pourrait penser qu’il s’agit là des souliers de l’un des officiers disparus, et le cas échéant, pourquoi ne les remonte-t-on pas pour faire des analyses d’ADN ? Les chances sont minces, mais peut être en resterait-il un peu même après tout ce temps dans l’eau…

Sur ce, à bientôt!
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Lightoller : le menteur ?
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