Titanic


 
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 [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali

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Miss_Millie

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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Dim 18 Oct 2015 - 22:42

Canard-jaune a écrit:
"Je crois qu’on est les premiers humains à voir une soucoupe volante d’aussi près… Littéralement parlant. "

mort

J'aime beaucoup tes histoires même si je ne dois pas comprendre les private jokes et les petites subtilités des références liés au forum mais même sans ça, tes histoires sont captivantes. oui
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Sonia

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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Dim 18 Oct 2015 - 22:42

Canard-Jaune a écrit:
- Euh, sinon, personne n’a une chemise en trop ?
rire mort ... Je vois tellement bien Antoine lancer ça l'air de rien, au milieu d'un gros blanc!

J'adore la tournure de cette histoire Vincent, tu écris vraiment bien! Cependant, je suis la seule à être vraiment triste pour la mouette? Je l'avais en tête tout au long du chapitre, la pauvre... J'aurais pleuré si on avait vécu ce moment en vrai haha.

J'espère que les filles auront droit aux tenues Edwardiennes (le corset bof bof par contre), et les garçons les si beaux costumes amour ... Je m'imagine déjà clin

Miss_Millie a écrit:

mort

J'aime beaucoup tes histoires même si je ne dois pas comprendre les private jokes et les petites subtilités des références liés au forum mais même sans ça, tes histoires sont captivantes. oui
Ton tour viendra Millie, tu es bien partie pour intégrer l'équipe de choc clin
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Miss_Millie

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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Dim 18 Oct 2015 - 22:48

Sonia a écrit:
! Cependant, je suis la seule à être vraiment triste pour la mouette? Je l'avais en tête tout au long du chapitre, la pauvre... J'aurais pleuré si on avait vécu ce moment en vrai haha.


Si, j'avoue. j'ai pensé: "Oh non! La pauvre mouette! Pourquoi? Smile " (vengeance de Lightoller? fgio )

Mais si le Titanic s'est reconstitué, il y a une forte probabilité que les "morts" réapparaissent dans toute leur splendeur aussi, hein? Hein? ouah

J’attends la réaction de Tiphaine en tombant nez à nez avec Murdoch! clin (mais attention, si j'intègre la prochaine histoire, elle aura une rivale! xfgy )
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Canard-jaune

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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mer 21 Oct 2015 - 19:41

Chassez le naturel : il revient au galop! J'avais prévenu que je posterai des chapitres courts, et voilà que celui-ci fait 20 pages! J'ai même dû couper des passages... (je vais me prendre pour James Cameron moi) Résultat, je dois (encore) diviser en deux messages... Bon, ça ne devrait pas être le cas dans les suivants : il y avait beaucoup à dire dans ce chapitre... Je vous remercie pour vos avis, notamment Millie, qui s'est quand même farcie toute l'histoire depuis le début  + les 80 pages de Réminiscence! Tu as toute mon estime, tout mon respect, et toute ma considération. *_*

Chapitre 3 - Le Paquebot de Rêve

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 05h00.

Denis ouvrit les yeux. Il était assis dans un fauteuil en rotin garni d’un confortable coussin, se trouvant dans une grande pièce tendue de boiseries blanches et percée de vitraux. Il était dans le Salon de Réception. Et il n’avait donc pas rêvé… Il tourna la tête, et regarda un à un ses compagnons, détaillant leur sommeil : aucun à part lui n’était réveillé. Sonia était celle qui se trouvait juste à côté de lui : elle semblait si apaisée (et jolie) quand elle dormait qu’il la compara dans ses pensées à Aurore, du conte de la Belle au Bois Dormant. Un peu plus loin, Elodie avait pris un sofa rien que pour elle et y était lovée comme un chat, profondément assoupie. À côté d’elle, Nicolas reposait dans un fauteuil comme s’il s’agissait d’un trône : un immense sourire illuminait son visage. Un autre sofa, de l’autre côté, accueillait une scène plutôt romantique : Tiphaine dormait à poings fermés, la tête posée contre l’épaule de Guillaume, qui dormait du sommeil du juste. Beaucoup moins romantique : Antoine était en train de ronfler dans le dernier sofa, où Aurélie s’était également endormie en lui prenant la main. Souriant devant cette paisible assemblée, Denis se leva en silence et alla au pied du Grand Escalier. Après avoir longuement contemplé le candélabre (éteint, comme tout le reste), il se retourna vers le groupe de fauteuils et de canapés où se trouvaient les Titanicophiles : ils pouvaient encore dormir un moment, vu le très faible jour que laissaient filtrer les vitraux ornementés. Rassuré, il grimpa lentement le Grand Escalier jusqu’au Pont A.

Arrivé là-haut, il ne put retenir un sifflement : le spectacle était magnifique. Les larges baies vitrées et le grand dôme de verre et de fer forgé laissaient passer un peu plus de lumière matinale, et de délicates nuances de rose, d’or, et de bleu nuit (les couleurs de l’aurore) emplissaient tout le hall en se reflétant sur les boiseries de chêne et sur les rambardes de fer forgé. Sur le palier menant au Pont des Embarcations, la magnifique horloge « L’Honneur et la Gloire couronnant le Temps » faisait entendre son tic-tac rassurant. Denis grimpa alors le dernier étage, longea le piano droit de la célèbre marque Steinway, et emprunta le vestibule bâbord pour se rendre sur le pont-promenade. Dehors, il faisait un peu frais, mais c’était supportable. Il n’y avait pas de vent. Il s’approcha du bastingage et regarda en bas : de l’eau. Que ce soit devant, à gauche, ou à droite, il n’y avait qu’une immense étendue d’eau à perte de vue. Le ‘’trou dans l’Atlantique’’ semblait s’être refermé, et 4000 mètres d’eau semblaient à nouveau s’étendre au-dessus du fond océanique où se trouvait encore le Titanic la veille… Tout ceci suscitait quelques questions. Comment tout ceci était possible ? Quelle était la signification de tous ces événements ? Pourquoi, après avoir échappé contre toute attente à une mort affreuse, les avait-on conduits au Titanic qui avait subi une résurrection sous leurs yeux avant de les faire embarquer à son bord ? Et où allait justement le Titanic ? Car, oui, Denis le voyait au mouvement des vagues : le Titanic n’était pas immobile et fendait les flots vers une destination inconnue. En plus, les trois premières cheminées fumaient… Par acquis de conscience, Denis remonta le pont-promenade en passant devant le Quartier des Officiers, enjamba la barrière de séparation qui tenait normalement à distance les passagers de Première Classes du centre névralgique du navire, et pénétra sur la Passerelle de Commandement. Personne ne s’y trouvait, pas plus que dans la Timonerie.
- Il y a quelqu’un ?
Un léger écho à l’intérieur de la Timonerie lui renvoya sa question qui resta sans réponse, et cela lui fit froid dans le dos. Le Titanic n’avait pas usurpé son qualificatif : sa Timonerie était réellement plus calme qu’une morgue… Trop, même. Denis ne s’attarda pas là, et après quelques instants, se retrouva à nouveau dans le Grand Escalier au Pont A. Il ne redescendit pourtant pas vers le Pont D, et remonta la grande coursive (au milieu de laquelle se trouvait une porte-tambour) menant au Grand Salon. Il entra dans la magnifique salle de style Louis XV (aussi déserte et obscure que les autres salles), et laissa son regard errer de gauche à droite : les somptueuses boiseries de chêne sculpté, le plafond blanc piqueté de dorures sur ses contours et soutenu par des poutres majestueuses reposant sur d’élégants piliers, la moquette à motifs verts et jaunes, les confortables fauteuils, la grande cheminée de marbre… et surtout, posée sur la cheminée… Denis s’en approcha avec une humilité quasi-religieuse : il essaya d’ailleurs d’ôter devant elle son couvre-chef en signe de respect, avant de se souvenir qu’il n’en avait pas… Elle n’était pas bien grande, elle n’était pas en or massif, elle n’était d’ailleurs qu’une copie à laquelle personne ne faisait grandement attention… Mais Denis n’était pas personne, et cette statue, l’Artémis de Versailles, était à l’origine de sa passion pour le Titanic. Comme il n’osait pas la toucher, il se contenta de la couver du regard pendant une bonne vingtaine de minutes.
- Je suis content que tu sois rentrée à la maison…
Avant de tourner les talons et de quitter le Grand Salon, il avait en effet tenu à prononcer cette phrase, bien que la statue soit évidemment incapable de l’entendre. Il faisait référence au fait que l’Artémis de Versailles, dont on avait assez facilement trouvé la localisation sur le site de l’épave, avait mystérieusement disparu, probablement emportée frauduleusement au cours d’une campagne de fouilles sauvages. Mais ce n’était plus le cas : Artémis était à nouveau chez elle.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 07h30.

Nicolas ouvrit les yeux. Il était assis dans un fauteuil en rotin garni d’un confortable coussin, se trouvant dans une grande pièce tendue de boiseries blanches et percée de vitraux. Il était dans le Salon de Réception. Et il n’avait donc pas rêvé… Constatant que le jour se levait peu à peu, il se leva sans prêter la moindre attention à ses compagnons endormis, et déambula dans la salle, des étoiles plein les yeux. Il regardait (et touchait) tout avec une ferveur proche de l’adoration, et il paraissait censé (et avéré) de dire que de toutes les personnes qu’avait compté l’Humanité jusqu’ici, Nicolas avait été à cet instant précis la personne la plus heureuse ayant jamais existé. Pourtant, alors qu’il se trouvait du côté bâbord, observant le détail des vitraux, son allégresse se mua brusquement en frayeur quand il aperçut, à travers les vitres séparant le Salon de Réception et la Salle à Manger… un homme en uniforme blanc, portant une toque, et disposant des viennoiseries sur la table du Commandant (la plus grande, ovale, 12 places). Celui-ci dut sentir la présence de Nicolas, car il se tourna vers lui et… lui fit signe de la main. C’était Denis ! Soulagé, Nicolas posa une main sur son cœur qui battait la chamade, et alla rejoindre son ami dans la Salle à Manger.
- Denis, tu m’as fait peur ! Qu’est-ce que tu fais dans cette tenue ?
- Moi aussi je suis content de te voir. Je l’ai trouvée accrochée à une patère des cuisines, dont j’ai… pris possession. Après avoir trouvé l’interrupteur pour allumer les lumières dedans, je me suis amusé comme un petit fou pendant… euh… Tu es réveillé depuis longtemps ? Car j’y suis depuis 5 heures et demies…
Nicolas contempla la montagne de viennoiseries posée sur la table : il y avait aussi des corbeilles remplies de fruits à l’aspect fort agréable, un plateau de saucisses grillées, des assortiments d’œufs divers et variés, de la confiture de cassis, du miel de Narbonne, de la marmelade… Il y avait tant de choses qu’il était impossible de tout énumérer.
- Mais… Ce n’est pas possible ! Comment as-tu pu cuisiner tout ça en seulement deux heures ?! On pourrait nourrir un régiment avec tout ça !
- Deux heures ? Ah. Le Titanic doit m’inspirer…
- Attends. « Allumé les lumières » ? Les dynamos de secours fonctionnent ?
- Non, Nicolas. C’est carrément les chaudières et les machines alternatives qui alimentent les dynamos ‘’normales’’ : les cheminées fument et le Titanic avance… je ne sais où.
- Mais… C’est impossible, Denis ! Il faut une armée d’hommes d'équipage pour ça, alors qu’on n’a vu personne !
Denis haussa les épaules : il n’y pouvait rien, et se dirigeait à nouveau vers les cuisines.
- Eh ! Tu vas où ?
- J’ai oublié d’amener le gâteau Waldorf. Tu en veux ?
- Euh… le truc à la betterave ? Sans façon…
- Tu ne sais pas ce que tu rates… Tu n’as qu’à aller inspecter les chaufferies et la salle des machines, alors.
Et Denis (vexé ?) retourna dans ‘’ses’’ cuisines sans ajouter un mot. Nicolas le prit au mot : il connaissait chaque accès menant aux entrailles du navire.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 08h00.

Guillaume ouvrit les yeux. Il était assis dans un sofa en rotin garni d’un confortable coussin, se trouvant dans une grande pièce tendue de boiseries blanches et percée de vitraux. Il était dans le Salon de Réception. Et il n’avait donc pas rêvé… En tournant la tête, il put apercevoir que la tête de Tiphaine, encore endormie, reposait contre son épaule. Le visage du jeune homme s’éclaira d’un léger sourire, et il s’offrit alors le luxe… de se rendormir. Il ne voulait pas briser cet instant agréable.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 08h30.

Tiphaine ouvrit les yeux. Elle était assise dans un sofa en rotin garni d’un confortable coussin, se trouvant dans une grande pièce tendue de boiseries blanches et percée de vitraux. Elle était dans le Salon de Réception. Et elle n’avait donc pas rêvé… En tournant la tête, elle put apercevoir que sa tête reposait contre l’épaule de Guillaume, encore endormi. Le visage de la jeune femme s’éclaira d’un léger sourire, et elle s’offrit alors le luxe… de se rendormir. Elle ne voulait pas briser cet instant agréable. Et puis, Guillaume était fort confortable : autant en profiter.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 09h00.

Sonia ouvrit les yeux. Elle était assise dans un fauteuil en rotin garni d’un confortable coussin, se trouvant dans une grande pièce tendue de boiseries blanches et percée de vitraux. Elle était dans le Salon de Réception. Et elle n’avait donc pas rêvé… Elle constata en regardant autour d’elle que ses compagnons dormaient encore… à l’exception de Denis et Nicolas, qui n’étaient plus là. Et elle sourit en regardant Tiphaine et Guillaume dormant ‘’ensemble’’. Désireuse de regarder un peu aux alentours au cas où Denis ou Nicolas s’y seraient trouvés, elle se leva et s’éloigna discrètement… avant de se cogner contre le palmier en pot qu’elle avait déjà renversé la veille : elle le rattrapa avant qu’il ne tombe.
- Décidément, ce palmier ne m’aime pas…  
Constatant avec soulagement qu’elle n’avait réveillé personne, Sonia regarda un peu dans la salle de son côté puis à bâbord, mais constata qu’elle était seule : personne ne semblait être passé ici, et de toute façon, les lumières étaient éteintes. Il fallait donc chercher ailleurs.
- Voyons… Si j’étais Denis, j’irais avant tout… au Court de Squash ! C’est évident. Par contre, comment j’y vais ?...
Elle regarda autour d’elle, comme si elle espérait voir apparaître un panneau. Elle se souvint alors qu’une petite pancarte se trouvait de chaque côté de la tapisserie d’Aubusson faisant face au Grand Escalier : il s’agissait probablement d’un panneau indicateur qui lui fournirait la réponse. Elle alla donc devant pour en faire la lecture… et ne put retenir un soupir de déception.
- « Passengers are requested not to smoke in this room until after luncheon. » Pfff, tu parles d’une aide ! Andrews aurait dû penser à mettre des panneaux indicateurs au lieu de retirer le trop-plein de vis des porte-chapeaux ou de repeindre les cloisons de la promenade privée car elles étaient trop foncées, grmmbl.
Sonia était agacée par cette situation : en plus, elle commençait à avoir un peu froid. Elle se mit alors à réfléchir : le Court de Squash se trouvait au Pont F (ou G, elle ne savait plus) : il paraissait donc logique de descendre le Grand Escalier jusqu’en bas. Comme il donnait accès aux Bains Turcs et à la Piscine, elle trouverait probablement le Court à proximité. En voilà, une bonne idée ! Elle se dirigea donc vers le Grand Escalier, emprunta la volée de marches de gauche, et se retrouva au Pont E… ainsi que dans le noir. On n’y voyait quasiment rien, car contrairement au Pont D, aucune source de lumière naturelle ne pouvait filtrer. Elle constata toutefois qu’à sa droite, une porte semblait ouverte sur une grande coursive qui était complètement plongée dans le noir : était-ce Scotland Road, le surnom donné à la coursive principale de l’équipage ? (oui) Elle y pénétra, et regarda à gauche. La coursive, couvrant presque tout le côté bâbord du navire, était immense et Sonia n’en voyait un bout (plutôt un angle, car elle continuait après) que grâce à la faible lumière dispensée par un hublot, à peu près au niveau de l’arrière la troisième cheminée. Si elle regardait à droite, elle pouvait en voir l’extrémité avant grâce, là aussi, à un hublot éclairant faiblement cet endroit : ce devait être largement en avant de la première cheminée… Soudain, alors qu’elle regardait ce côté droit, elle crut voir une ombre passer rapidement du côté le plus proche de la coque pour se diriger vers l’intérieur : elle n’avait pas très bien vu, mais au vu de la corpulence, ce devait être Nicolas. Elle se mit donc à courir vers cet endroit en criant.
- Eh, Nicolas ! Nicolas, attends-moi, c’est Sonia ! Je suis un peu paumée !
Nicolas ne répondit pas, pourtant. Sonia se retrouva rapidement à l’endroit où elle avait aperçu la silhouette, et y regarda autour d’elle. Malgré la présence de lumière apportée à bâbord (où elle se trouvait) et à tribord d’un hublot et d’une portière de coque (celle où l’on avait vu le Sixième Officier James Moody faire entrer des passagers de Troisième Classe et des membres d’équipage à Southampton), elle ne voyait pas grand-chose. On distinguait très vaguement l’entrée de Scotland Road (qui paraissait encore plus interminable vu d’ici, à son extrémité avant) ainsi que d’autres coursives et des rampes d’escaliers.
- Nicolaaas ?...
Toujours pas de réponse. On n’entendait rien, et Sonia avait encore plus froid qu’avant : elle n’avait pas envie de s’attarder ici. Elle constata soudain qu’elle ne voyait plus le hublot se trouvant à tribord. C’était donc que quelqu’un se tenait devant.
- Nicolas, t’es franchement pas drôle ! Je te croyais plus mature que ça !
Elle entendait à présent des bruits de pas venant vers elle, depuis le hublot de tribord : il y avait donc bien quelqu’un ! Mais Nicolas ne disait toujours rien. En plus, la température devenait véritablement glaciale : Sonia s’était mise à frissonner. Elle perdit donc patience.
- Très bien, continue à faire ton gamin dans le noir, moi je retourne au Pont D !
Et elle planta là le vilain farceur, remontant à grandes enjambées Scotland Road. Elle craignait de ne pas réussir à retrouver la porte donnant accès au Grand Escalier, mais heureusement, elle la repéra grâce à la lumière naturelle provenant du Salon de Réception se trouvant au-dessus. Elle grimpa les marches quatre-à-quatre et retrouva ses amis.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 09h30.

Elodie ouvrit les yeux. Elle était assise dans un sofa en rotin garni d’un confortable coussin, se trouvant dans une grande pièce tendue de boiseries blanches et percée de vitraux. Elle était dans le Salon de Réception. Et elle n’avait donc pas rêvé… En tournant la tête, elle put voir Tiphaine dormant contre Guillaume, et Antoine ronflant sur Aurélie. Elodie s’étira et se leva donc de son sofa avant de réveiller ses compagnons d’une manière très délicate.
- DEBOUTS, BANDE DE MARMOTTES, ON EST SUR LE TITANIC !
Le résultat fut à la hauteur de ses espérances. Tiphaine se réveilla d’un air épouvanté et Guillaume fit un bond en arrière, ce qui eut pour effet de renverser le sofa sur lequel ils s’étaient assoupis : ils se retrouvèrent les quatre fers en l’air. Aurélie, elle, poussa un cri et glissa de son coussin pour se retrouver les fesses à terre. Par contre, Antoine ronflait toujours. Tiphaine se leva et fusilla Elodie du regard, tandis que Guillaume, choqué, se redressait en remettant le sofa s’aplomb. Aurélie, elle, le prenait moins mal même si elle n’avait guère apprécié. Elodie regarda Antoine d’un air déçu.
- Il s’est pas réveillé…
- Tu ne sais pas le réveiller, ma chatonne belge, c’est normal. Regarde.
Aurélie se pencha sur son homme, et murmura dans son oreille.
- Chips.
Antoine ouvrit brusquement les yeux. Aurélie regarda Elodie d’un air triomphal.
- Et voilà !
Denis, toujours en uniforme, arriva : il tenait une casserole et semblait déconcerté.
- Mais que se passe-t-il ici ? J’ai entendu Elodie hurler depuis la boulangerie, alors que trois cheminées nous séparent !
Tiphaine répondit froidement.
- Rien, Elodie s’est juste crue fort spirituelle en nous imposant un réveil militaire. Merci, Elodie, il ne fallait pas.
Guillaume n’ajouta rien, mais il n’en pensait pas moins. Elodie, elle, ne se laissait pas faire.
- Oh, abusez pas ! Si je ne vous avais pas réveillés, vous dormiriez encore en 2114.
Elle réfléchit un instant, puis ajouta un détail insignifiant qui semblait pouvoir clore la polémique de manière incontestable.
- Et puis j’avais faim.
Elle se tourna vers Denis.
- Tu nous as préparé quelque chose, Denis ?
- Oh, oui, une petite bricole qui nous permettra de faire un léger brunch.
Antoine le regarda, plein d’espoir.
- Il y a des chips ?...
Denis regarda Antoine d’un air surpris.
- Ah bah… Non. Mais il y a du gâteau Waldorf, vous en voulez ?
Tout le monde se regarda, dubitatif.
- Euh…
Denis leva alors sa casserole d’un air menaçant.
- J’ai fait du gâteau Waldorf, alors vous allez en manger ! Non mais dites donc ! Dès que Nicolas et Sonia sont revenus, vous… Hé, où est Sonia ?!
Il faisait tellement peur avec sa casserole brandie comme une massue qu’ils n’osèrent pas refuser. Et ils préférèrent détourner la conversation vers des eaux moins dangereuses.
- Sonia ? Elle n’était pas là quand je les ai réveillés.
Tiphaine semblait narquoise.
- À moins que tu ne l’aies si bien réveillée qu’elle en a… disparu !
- C’est pas drôle, Tiphaine.
- Ton réveil non plus n’était pas drôle.
Guillaume sauva le Salon de Réception d’une escalade verbale (qui aurait été homérique) entre les deux jeunes femmes qui avaient leur caractère.
- Hé, regardez, Sonia est là !

Effectivement, Sonia venait de déboucher de la volée de marches tribord du Grand Escalier menant au Pont E. Elle avait ses bras croisés sur sa taille, ce que remarqua Denis.
- Salut Sonia ! Tu as froid ?
- Oui, c’était glacial en-dessous et on n’y voyait rien.
Elle lorgna vers l’entrée de la Salle à Manger après avoir vu la tenue de Denis.
- Oh, tu as cuisiné ? On peut aller manger ?
- Oui, on va juste attendre Nicolas.
À la surprise générale, Sonia fit alors preuve de véhémence.
- Attendre Nicolas ?! Certainement pas, il ne le mérite pas ! Ça lui fera les pieds, tiens !
Et elle se dirigea d’une allure digne et fière vers la Salle à Manger, plantant tout le monde derrière. Elodie crut entendre quelque chose qu’elle se hâta de répéter à voix basse.
- Je rêve, ou elle vient de dire « petit con » ? Qu’est-ce qu’il lui a fait ?
Guillaume tenta une hypothèse.
- Peut-être qu’elle est très à cheval sur la ponctualité ?
C’est à ce moment-là que le « petit con » déboucha du Grand Escalier : il venait du Pont C.
- Salut les copains, content de vous voir réveillés !
Il s’approcha d’eux, et livra ses conclusions à Denis.
- J’ai testé tous les accès vers les Chaufferies et la Salle des Machines… Ils sont tous verrouillés. Même la cloison étanche de la coursive des chauffeurs, tout à l’avant, alors qu’elle n’est jamais fermée d’ordinaire… Tout ce que j’ai pu faire, c’est écouter le martèlement des machines en me postant au-dessus de l’abri qui surplombe le conduit de ventilation des machines, au Pont des Embarcations… Et je confirme qu’elles martèlent sacrément bien ! Mais sinon… je n’en sais pas  plus.  Par contre, ça m’a ouvert l’appétit, on peut aller manger ?

Denis, un peu étonné par cette nouvelle, acquiesça et se dirigea vers la Salle à Manger, suivi des autres Titanicophiles. Sonia se trouvait déjà à table, et elle remuait le contenu d’une jolie tasse Wisteria avec une cuillère en argent. Tiphaine poussa presque un hurlement en voyant la table.
- « Petite bricole » ? « Léger brunch » ? Denis, tu es fou, regarde tout ce qu’il y a !
Il y avait tant de nourriture sur la table qu’on ne voyait plus la nappe. Denis haussa les épaules.
- C’est plus que ce que je mange normalement en une semaine à Crozant !
Nicolas, lui, n’était qu’à-demi surpris puisqu’il était déjà passé ici deux heures auparavant. Il salua Sonia.
- Coucou Sonia !
L’intéressée lui jeta un regard noir et posa sa tasse sur la table avec une telle animosité que la pièce de porcelaine se fendit en deux en répandant du café partout.
- Ah tiens, tu dis bonjour, maintenant !
Nicolas, qui avait tendu le bras pour prendre un croissant dans l’immense tas qu’avait confectionné Denis, s’arrêta net dans une position peu naturelle. Il regarda Sonia d’un air éberlué.
- Quoi ?
Elle se leva avec une telle force que sa chaise tomba en arrière.
- Oh, ne me prends pas pour une idiote ! Tu sais très bien ce que je te reproche !
C’était la première fois qu’ils voyaient Sonia s’énerver, alors qu’elle était habituellement d’un tempérament plutôt calme. La règle énonçant que ceux qui s’énervaient le moins souvent avaient les colères les plus énormes se vérifiait ici.  Le pauvre Nicolas s’était mis à trembler : il ne semblait rien comprendre à ce qui lui arrivait. Sonia expira profondément, puis quitta la salle à grandes enjambées sans ajouter un mot : elle sortit par les doubles-portes de tribord qu’elle claqua avec une telle force pour les refermer après son passage que la vitre de la porte de gauche vola en éclats avant que sa grille de fer forgé (celle fascinant Nicolas) tombe dans un vacarme épouvantable. Nicolas s’offusqua.
- Dis donc, c’est pas parce qu’on est sur un Titanic qui s’est réparé tout seul qu’il faut s’amuser à tout détruire à bord !!
Il alla alors ramasser la grille avec une telle tendresse qu’on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un nouveau-né. Après avoir constaté qu’il ne pouvait pas la refixer, les attaches du cadre que formait la porte ayant été brisées, il l’emmena avec lui à table et la posa sur la chaise qui était à côté de la sienne comme si c’était un convive. Il regarda alors ses amis.
- Elle est folle, ou quoi ?! Pourquoi elle fait une scène pareille ? « Dire bonjour maintenant » ? Elle fait la gueule car je suis en retard ? On n’avait même pas prévu d’heure, et je suis arrivé juste après elle : je descendais du Pont A au Pont B quand je l’ai entendue vous parler dans le Salon de Réception !
Aurélie haussa les épaules d’un air gêné. Gêne qu’essaya de dissiper Denis à sa façon…
- Alors, qui veut du gâteau Waldorf ?
Guillaume regarda sombrement Tiphaine : ils n’y échapperaient pas…

(message suivant pour la suite du chapitre)


Dernière édition par Canard-jaune le Mar 27 Oct 2015 - 2:02, édité 1 fois
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Canard-jaune

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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mer 21 Oct 2015 - 19:42

(message précédent pour le début du chapitre)

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 13h30.

Guillaume était affalé sur sa chaise, apparemment au bord de l’agonie digestive.
- C’est l’« effet Titanic » qui veut ça, ou alors on vient vraiment de passer trois heures à se goinfrer ?...
Tiphaine regardait la table, désabusée : le menu avait été pantagruélique (comme aurait dit Gérard) et on voyait (un peu) la nappe sous l’étalage de nourriture, maintenant. Elle n’avait jamais autant mangé de toute sa vie. Elodie, elle, s’était assoupie dans son assiette de gâteau Waldorf (qui s’était révélé très bon malgré la présence un peu curieuse de betterave), et Tiphaine prit donc un malin plaisir à la réveiller en sursaut en claquant le plat de sa main contre la table. Justice avait été faite : elles étaient quittes (même si le renard venimeux que lançait Elodie à Tiphaine laissait entendre que les hostilités n’étaient pas terminées). Nicolas, pendant ce temps, s’était levé et s’amusait à étudier la vaisselle posée sur la table voisine : on entendait de temps en temps ses expressions de ravissement. Seul Denis était resté calme : il n’avait, étrangement, presque rien mangé. Soudain, Antoine se leva brutalement et attira vers lui tous les regards.
- Toilettes !
Et il courut hors de la Salle à Manger. Denis en fut peiné.
- Je dois me sentir vexé ?...
Aurélie fut rassurante.
- Non Denis, ne t’en fais pas, tu cuisines très bien ! On peut dire que tu as pris tes marques avec les fourneaux de l’époque… Tiens, je me demandais d’ailleurs, comment ça se fait que les fruits… soient plus… moins…
Elle ne trouvait pas le mot qu’elle souhaitait pour qualifier les fruits, et Denis s’interrogeait donc sur ce qu’elle voulait dire. Tiphaine, par contre, semblait avoir compris où elle voulait en venir.
- Savoureux ? Nutritifs ?
- Oui… C’est comme si ils avaient plus de nutriments.
Denis avait compris.
- Ah ! Eh bien, c’est très simple. Avec l’agriculture intensive, l’usage des pesticides, le croisement de variétés pour leurs qualités de rendement et non de nutrition, etc. Ben… Les qualités nutritionnelles des fruits n’ont cessé de se réduire comme peau de chagrin depuis le début du XXème siècle. Ainsi, une orange de 1900 couvrait tous les besoins journaliers en Vitamine C, et il faudrait manger 100 pommes de 2014 pour avoir les nutriments d’une seule pomme de 1900…
Aurélie écarquilla les yeux.
- Je ne savais pas du tout ! C’est fou !
Denis résuma sombrement.
- C’est le XXième et siècle…
Ce fut à ce moment-là qu’Antoine revint, tout penaud.
- Nicolas, tu sais où sont les tableaux électriques pour allumer les lumières ?
- Euh, je devrais pouvoir les trouver, pourquoi ?
- Parce qu’il faudrait vraiment tout allumer : on n’y voit pas clair dans la moitié du bateau… et en particulier les coursives derrière le Salon de Réception. Je croyais entrer dans les toilettes…
Nicolas se leva, horrifié.
- Oh non, ne me dis pas que…
- Si. J’ai dégueulé dans la cabine de Milton Long. Et quand j’ai allumé la lumière pour… constater les dégâts… J’ai vu un truc dérangeant.
Tiphaine fronça les sourcils.
- Dérangeant ? Comment ça ? Il était dedans ?
- Non, non, encore heureux, de toute façon on a bien vu qu’il n’y avait que nous ici… Mais il y avait toutes ses affaires rangées dans sa cabine… Et les  vêtements qu’il portait quand il est mort lors du naufrage étaient sagement posés sur le lit... Ça donnait une ambiance assez glauque…  
Un silence de mort accueillit cette révélation passablement macabre. Elodie le rompit finalement.
- Sonia qui casse tout, toi qui vomis partout… Ce pauvre Titanic en voit de toutes les couleurs avec nous…
Antoine se montra un peu agacé.
- Je ne vomis pas partout, abuse pas… En plus, j’ai nettoyé la cabine avant de revenir ici. Mais Nicolas, faudrait vraiment faire quelque chose pour les lumières. Ne serait-ce que quand il fera noir dehors…
- Oui, je vais y aller tout de suite.
- Pas besoin d’y aller pour les cuisines, Nicolas, je l’ai fait moi-même.
- D’accord Denis. À plus tard, ça prendra un moment. On se retrouve dans le Salon de Réception après ?
- D’accord !
Nicolas joignit le geste à la parole. Quelques instants plus tard, les lustres de la Salle à Manger et du Salon de Réception voisin s’allumèrent, éclairant brillamment la pièce. Elodie siffla.
- Pas mal ! C’est clair qu’on voit mieux.
Denis se leva à son tour.
- Bon, vous m’aidez à ranger tout ça et à faire la plonge ?
Tiphaine se leva elle aussi.
- Volontiers.
Guillaume semblait moins volontaire, toujours affalé sur sa chaise.
- J’ai trop mangé…
- Tu feras la vaisselle comme tout le monde, allez, debout !
- Oui Commandante Tiphaine…
Elodie et Aurélie, elles, s’étaient soutenues mutuellement pour réussir à se lever (et avaient failli tomber). Denis emmena tout ce beau monde dans ‘’ses’’ cuisines.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 14h15.

Une fois la vaisselle lavée et la nourriture stockée dans une chambre-froide située à côté de la pièce de rangement des carafes et des verres  (ce qui avait pris un certain temps vu tout ce qu’il y avait sur la table), les compagnons retrouvèrent Nicolas dans le Salon de Réception. Celui-ci regardait le piano presque amoureusement et ne les avait pas entendus approcher. Elodie lui tapota malicieusement l’épaule.
- On se réveille !
Il sursauta.
- Oh, je ne vous avais pas entendus ! C’est bon, j’ai tout allumé. Vous voulez faire quoi ?
Aurélie n’avait pas trop d’idée, mais n’oubliait pas ses amies.
- Il faudrait aller chercher Sonia, non ?
Denis joua le rôle du chevalier servant.
- Asseyez-vous un moment, je vais la chercher.
Antoine haussa un sourcil.
- Tu sais où elle est ?
- Je crois que oui. Une intuition.
Il grimpa alors le Grand Escalier quatre-à-quatre. Les autres Titanicophiles s’assirent sur les confortables fauteuils de rotin, à l’exception de Nicolas qui s’amusa à se mettre à quatre pattes sous le piano pour inspecter le système de fixation lui permettant de ne pas bouger en cas de mauvais temps.  

Mû par un instinct quasi-surnaturel, Denis poussa la porte du Gymnase, et sut alors qu’il avait trouvé : on entendait le bruit d’une des bicyclettes fixes. Il entra, et regarda le coin de droite quand on entrait depuis le Pont des Embarcations (il était entré par le vestibule tribord du Grand Escalier) : Sonia se trouvait sur l’une des bicyclettes (celle aux roues rouges) et pédalait à toute allure. À ses côtés, il ne restait de la bicyclette aux roues blanches qu’un amas de ferraille tordue. Denis croisa les bras et prit un air de circonstance.
- Sonia, tu pédales depuis bientôt cinq heures. Il serait temps que tu t’arrêtes.
Sonia eut un léger sursaut et cessa son pédalage, puis se retourna vers Denis en restant assise. Elle souriait.
- Oh, désolé Denis, je ne t’avais pas entendu entrer… Je n’ai pas vu le temps passer, ça défoule vraiment, ces engins !
Il regarda le vélo détruit d’un air sombre.
- Pourquoi tu as cassé ce pauvre vélo ? Il ne faut pas t’amuser à tout détruire comme ça…
- Mais je n’ai pas fait exprès ! J’ai commencé avec celui-là, mais j’ai pédalé si fort qu’un truc s’est cassé net et qu’il s’est effondré alors que j’étais encore dessus… J’ai donc pris l’autre en y allant un peu plus doucement.
Denis était dubitatif. Il s’approcha du panneau carré faisant office d’’’horloge des distances’’ : elle permettait de mesurer la distance parcourue par les utilisateurs des bicyclettes. Il ne put alors s’empêcher de siffler.
- Mazette ! Tu t’es tellement défoulée que tu as fait l’équivalent Lille-Bruxelles ! 110 kilomètres ! C’est dingue ! Tu étais si énervée que ça ?!
Sonia quitta sa selle.
- Oui. Mais c’est passé, n’en parlons plus.  Tu me cherchais ?
- Oui. On voudrait tous faire un truc ensemble, mais Aurélie voulait t’attendre. Mais, dis-moi, qu’est-ce qu’a fait Nicolas pour te mettre dans un état pareil ? Sonia, tu peux me le dire.
Elle soupira, et lui expliqua alors ce qu’il s’était passé à l’extrémité avant de Scotland Road plongée dans le noir. Denis parut surpris.
- Ça ne ressemble pas à Nicolas. Étrange. Enfin, ça va aller quand même ? Tu veux bien venir avec vous ?
- Je te promets de ne pas l’étrangler. Pour le reste, j’aviserai…
- … C’est déjà un bon début. Allons-y.
Il lui tint galamment la porte pour qu’elle sorte et il quitta les lieux à sa suite. Ils se dirigèrent alors vers le Grand Escalier.

Une discussion animée avait lieu dans le Salon de Réception quand Denis et Sonia revinrent : il s’agissait d’Aurélie et d’Elodie qui discutaient des Penasco, un couple de passagers de Première Classe qui avaient la particularité (rare) d’être espagnols. Antoine s’était assis sur le banc du piano et regardait les touches d’ivoire, apparemment fasciné. Tiphaine, elle, se trouvait devant la tapisserie d’Aubusson et elle faisait un mini-exposé à Guillaume à propos de ce qu’elle savait de cette ville située dans la Creuse qui était devenue mondialement connue pour la qualité de ses tapisseries. Nicolas, lui était invisible... Enfin, presque : on en voyait un bout sous le piano. Aurélie fit un signe quand Denis apparut avec Sonia et elle vint vers eux avec Elodie.
- Ah, bah tu l’as trouvée ! Qu’est-ce que tu faisais ?
- Du sport, tout simplement ! Ça défoule.
Nicolas, sous le piano, aperçut Sonia et voulut se redresser rapidement. Hélas, il se cogna la tête contre le meuble, qui produisit un son un peu étrange. Antoine sursauta.
- Aïe !
Le Techie-en-chef réussit  finalement à se remettre d’aplomb en se massant le crâne, et il vint alors vers Sonia, qui le toisait d’un sourire narquois.
- Sonia, écoute, je suis désolé si ce que j’ai fait tout à l’heure a eu une incidence négative sur toi : je ne pensais pas que c’était si important pour toi que…
Sonia, qui se contrôlait à présent, répondit vertement.
- C’est juste de l’impolitesse pure et simple, Nicolas ! J’avais limite peur, moi, là-dessous !
- Peur ? Comment ça ?...
- Bon, arrête Nicolas. Tu étais là, juste à côté, à mon nez et à ma barbe ! Ne nie pas ! Y a pas photo !
Nicolas prit alors une étrange expression et répéta lentement…
- Barbe… Photo…
Et sans signe avant-coureur, Nicolas détala et grimpa le Grand Escalier à la vitesse d’un lévrier : il avait pris la volée de marche de gauche (bâbord, donc) et on l’avait ensuite entendu remonter à toute vitesse la coursive de Première Classe menant au dernier étage du Grand Escalier Arrière, situé au Pont C. Sonia haussa les sourcils.
- Il est fou ?
Tiphaine, grâce à qui Guillaume était à présent incollable sur Aubusson et ses tapisseries, rejoignit le groupe.
- Oui, il est fou à sa manière, un peu comme Vincent. Mais c’est pour ça qu’on l’aimait… euh, aime…
La mention du nom de Vincent, dont ils n’avaient pas reparlé depuis l’événement cataclysmique ayant frappé le Charon, plomba nettement l’ambiance.

Heureusement, l’ambiance se ranima lorsqu’on entendit les pas précipités de Nicolas, déjà de retour. Celui-ci, portant une boîte en bois, descendit rapidement la volée de marches gauche du Grand Escalier menant au Pont C, puis déboucha sur le palier avant de pivoter et de s’apprêter à descendre la volée de marches centrale. Seulement, il y eut un hic. Nicolas glissa soudainement sur la deuxième marche la plus haute de la volée centrale, et dégringola lourdement dans l’escalier. Il lâcha sans le vouloir la caisse en bois qu’il tenait, et celle-ci fit un véritable vol plané vers le mur faisant face à la descente. Guillaume, qui se trouvait toujours devant la tapisserie d’Aubusson, s’écarta vivement pour ne pas être fauché par la boîte. Celle-ci s’écrasa alors lourdement sur la tapisserie et vola en éclats, libérant une vingtaine de petits appareils-photos qui volèrent contre le mur puis à terre dans un fracas sonore. Le sol fut alors jonché de débris métalliques, de ressorts, de roues dentées, de lentilles de verre… Et on constata avec amertume que la tapisserie d’Aubusson avait été lacérée sous le choc : la déchirure, épouvantable, formait une diagonale partant du coin haut-droit s’étendant jusqu’au centre du bas du cadre. Tiphaine était épouvantée.
- La tapisserie !
Sonia était épouvantée aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
- Nicolas !
Toute animosité avait disparu chez elle. Elle s’agenouilla auprès du Techie, étendu sur la moquette face contre terre, et le retourna doucement.
- Nicolas ?
Denis, inquiet lui aussi, se pencha.
- Eh bien Nicolas, ne nous fais pas ta Madame Renée Harris qui se casse le bras en glissant sur un bout de gâteau trainant sur une marche du Grand Escalier ! Ça va ?
Nicolas ouvrit les yeux, apparemment un peu sonné.
- Oui, oui, juste un peu sonné… Comment vont les appareils-photos ?
Guillaume l’aida à se redresser. Tiphaine regardait toujours la tapisserie d’un air épouvanté, et Antoine n’avait pas bougé du banc de piano, semblant toujours fasciné par le massif instrument de musique. Aurélie et Elodie, elles, avaient regardé l’étalage d’appareils-photos cassés au pied du mur, mais la conclusion était sans appel : seul un seul d’entre eux semblait avoir survécu. Il fut rendu à Nicolas lorsqu’il se releva. Aurélie semblait d’ailleurs troublée.
- Où as-tu trouvé tous ces appareils ? Il y en avait à bord ?
- Oui, ils étaient en vente dans le Salon de Coiffure, avec d’autres souvenirs… Je les ai tous emportés. Après tout, si il n’y a pas de gérant, c’est qu’il n’y a pas à payer… De toute façon, il m’aurait regardé bizarre, le gérant, si j’avais voulu payer en Euros !
- Et pourquoi tu en avais besoin d’autant ?!
- Pour TOUT photographier. J’avais de quoi faire des photos détaillées de toutes les salles importantes, de toutes les coursives, de tous les endroits méconnus… Mais je vais devoir revoir drastiquement mes intentions, vu qu’il ne m’en reste qu’un seul…
Tiphaine, apparemment très mécontente, se retourna vers lui.
- Non mais on n’a pas idée de courir aussi vite ! Tes appareils n’allaient pas s’envoler, que je sache ! Regarde ce que tu as fait !
Nicolas regarda la tapisserie lacérée que lui montrait Tiphaine : il semblait désolé, mais aussi un peu énervé.
- Tu m’excuseras si les marches de cet escalier dérapent ! Tu crois que j’ai fait exprès de glisser ?! J’aurais pu me rompre le cou !
Elodie voyait la scène avec un regard plutôt amusé malgré les dégradations inqualifiables qui avaient été commises depuis leur réveil.
- Nicolas qui déchire la tapisserie, Sonia qui casse une tasse et démantibule une porte de la Salle à Manger…
- J’ai aussi flingué un vélo dans le Gymnase, sans le vouloir…
Tiphaine, choquée, reporta son indignation sur Sonia.
- Un vélo ?! Mais c’est pas possible, on ne peut vous sortir nulle part ! Il va falloir vous calmer et arrêter de tout exploser !
Aurélie ne put s’empêcher de lui lancer une phrase assassine.
- Ce serait plutôt à toi de te calmer…
Denis haussa alors la voix.
- Oh, oh, OH ! Calmez-vous, tout le monde, j’ai dit ! Calmez-vous ou je vous bâillonne tous comme des Céline Dion ! Je veux de l’ordre ici ! J’ai dit, je veux de l’ordre ! Monsieur Guillaume, faites asseoir tout le monde dans les fauteuils.
Ce sursaut d’autorité laissa tout le monde pantois et ramena un calme quasi-militaire dans le Salon de Réception. Guillaume obéit, et poussa doucement le groupe vers les fauteuils et sofas disposés près du piano à queue, à tribord : tout le monde s’y assit à l’exception d’Antoine, déjà posé sur ‘’son’’ banc.

Il y avait à présent un blanc assez intimidant et personne n’osait plus rien dire. Soudainement, une mélodie commença à être jouée au piano.
Accompagnement musical.
Antoine, sans dire un mot, s’était mis à jouer avec dextérité et talent : il regardait fixement les touches et n’avait même pas de partition. De toute façon, il était peu probable qu’une partition de cette musique se soit trouvée à bord, puisqu’il s’agissait d’un extrait de la bande-son du jeu-vidéo Titanic : Adventure Out of Time. L’ensemble était plutôt joli, et correspondait bien à l’ambiance raffinée du Salon de Réception : on aurait presque pu s’attendre à voir Molly Brown venir taper la discute avec eux ou un serveur en tenue immaculée s’approcher pour leur proposer du thé et des scones. Finalement, Antoine cessa de jouer de manière un peu abrupte.
Fin de l’accompagnement musical (possibilité selon votre choix d’écouter jusqu’au bout des 3 minutes avant de continuer à lire, ou de couper directement l’écoute).
Tiphaine était un peu étonnée et rompit le silence qui s’étendait à nouveau.
- Eh bien Antoine, je croyais que tu détestais le piano ?...
Il semblait aussi étonné qu’elle.
- Non, ce n’est pas exactement ça… J’en ai fait étant gosse, mais comme je ne foutais rien et qu’on me forçait, ça m’a valu une aversion assez profonde pour l’apprentissage du piano. Par contre, maintenant que j’en écoute beaucoup plus qu’avant, ça m’aurait tenté d’en refaire… Mais je n’avais plus touché à un piano depuis le collège ! Et je n’ai jamais su les notes de cette mélodie, même si évidemment, je la connaissais puisque j’adorais le jeu-vidéo dont elle est issue… Donc, je ne comprends PAS comment j’ai pu jouer ça…
Suite à ce moment assez déstabilisant, bien qu’harmonieux, le silence se fit à nouveau. Guillaume se leva alors.
- Et si on allait faire une petite promenade digestive ? On pourrait peut-être en profiter pour effectuer une vitesse guidée sous la direction de notre très estimé Nicolas ?
Tous marquèrent leur enthousiasme et leur accord, et ils se levèrent donc pour entamer la visite-guidée du paquebot de rêve.

Mercredi 10 décembre 2014, RMS Titanic, 19h30.

L’après-midi sembla filer comme une fusée tant le temps passa vite au cours de la visite-guidée. Nicolas leur avait fait les honneurs de toutes les installations de Première et de Deuxième Classe, ainsi que du Quartier des Officiers et la Passerelle de Commandement, ne leur épargnant aucune anecdote historique ni aucun détail relatif à l’architecture ou la décoration des lieux. Il en avait aussi profité pour liquider l’intégralité de sa pellicule en effectuant de nombreuses photographies. Toutefois, le temps manqua pour visiter les installations de Troisième Classe, qui étaient dispersées tout à l’avant, tout à l’arrière, et tout au milieu. Comme les Titanicophiles n’en pouvaient plus de marcher après avoir parcouru des kilomètres dans les coursives et avoir écouté pendant des heures  les commentaires extrêmement détaillés du Techie-en-Chef, ils demandèrent grâce. Tiphaine, qui n’était absolument pas fatiguée et qui voulait beaucoup découvrir la Salle à Manger de Troisième Classe, ne cacha pas sa déception, mais fit contre mauvaise fortune bon cœur. Soit : elle irait là une autre fois… Comme Sonia, vers la fin de la visite, n’avait cessé d’avoir de plus en plus froid, et qu’ils se trouvaient au Pont E, Denis suggéra d’emprunter les ascenseurs pour qu’ils se rendent jusqu’au Pont A, où ils boiraient un chocolat chaud dans le Grand Salon. Cette intéressante proposition rencontra un accueil unanime, et les compagnons se rendirent dans le hall d’attente faisant face aux ascenseurs. Là, ils se séparèrent en trois petits groupes pour les utiliser. Denis prit les commandes de celui de droite et y accueillit Sonia, Nicolas prit les commandes de celui du centre et y accueillit Elodie accompagnée d’Aurélie et Antoine, et Guillaume prit les commandes de celui de gauche et y accueillit Tiphaine. Les ascenseurs furent très correctement manœuvrés et ils atteignirent leur destination en un rien de temps. À l’intérieur de ceux-ci, Sonia, Aurélie et Tiphaine eurent comme point de commun de s’étonner du fait que le toit des cabines était vitré et laissait donc voir la lourde machinerie se trouvant au-dessus. Lorsque les membres du groupe se furent extraits des confortables cabines d’ascenseur (décorées de boiseries blanches rehaussées de dorures), ils remontèrent la grand coursive menant du Grand Escalier au Grand Salon, dans lequel ils pénétrèrent joyeusement. Sonia, qui avait toujours froid, s’approcha de la cheminée du marbre où couvait un feu électrique et s’installa dans un fauteuil qui se trouvait juste à côté afin de se réchauffer. Elle fut rejointe par Elodie qui s’installa sur le canapé le plus proche d’elle en lui souriant, et par Nicolas, qui s’installa avec un air bienveillant dans un second fauteuil de l’autre côté de la cheminée. De leur côté, Tiphaine, ainsi qu’Aurélie et Antoine, s’étaient dirigés vers le grand meuble-bibliothèque afin d’étudier la sélection de livres qui y était proposée. Guillaume avait pour sa part entrepris de rapprocher une table (assez lourde) devant la cheminée pour que tout le monde puisse y poser sa tasse quand ils seraient assis. Denis, lui, avait quitté le Grand Salon par sa seconde entrée qui menait au Grand Escalier Arrière, mais il avait ensuite tourné à gauche juste après la porte-tambour et était entré dans un office équipé de cuisinières. Après avoir fouillé un peu l’office, il mit la main sur du lait et du chocolat, qu’il mélangea alors dans une casserole avant de la faire chauffer. Ça ne prendrait pas longtemps à cuire. Lorsque Denis revint dans le Grand Salon (il fut applaudi par ses amis qui s’étaient tous assis devant la cheminée), il portait un grand plateau d’argent sur lequel étaient posées de magnifiques soucoupes en porcelaine d’un magnifique bleu cobalt doré à l’or fin. Chacune de ces soucoupes étaient surmontée d’une splendide tasse également en porcelaine d’un très beau bleu cobalt doré à l’or fin, qui laissait fumer légèrement un chocolat chaud à l’odeur divine. Pour parfaire le tout, il y avait un éclair au chocolat et un éclair à la vanille dans chacune des soucoupes, ce qui promettait une très agréable collation aux Titanicophiles. Et ce fut le cas : pendant près d’une heure, ils échangèrent potins et plaisanteries en dégustant leurs petites douceurs sucrées confectionnées par Denis. Le chef-cuisinier et pâtissier restait d’ailleurs un peu en retrait, se contenant de regarder tendrement l’Artémis de Versailles surmontant la cheminée de marbre, comme s’il était en conversation télépathique avec elle. Nicolas résuma parfaitement l’opinion générale.
- Je ne sais pas vous, mais moi, je suis très heureux d’être ici malgré le fait que je ne comprends fichtrement rien à comment nous sommes arrivés là. Il y a de l’électricité et il y a à manger, alors profitons-en ! Surtout que nous avons le navire pour nous tous seuls, et que nous avons un cuisinier qui nous confectionne de la nourriture excellente, servie dans le cas présent avec le « service VIP » cobalt & or limité à 190 pièces ! On peut se sentir vernis. Merci Denis !
Et il applaudit, rejoint rapidement par les autres : il sembla alors que Denis avait légèrement rougi. Voyant son trouble, Sonia changea de sujet et proposa poursuivre agréablement leur soirée par une nouvelle idée.
- Dites, les copains, si on faisait des jeux de société ou qu’on jouait aux cartes ?
À nouveau, l’idée recueillit tous les suffrages, et Nicolas ajouta un complément très appréciable.
- On a qu’à aller jouer au Fumoir, y a pas mieux pour jouer aux cartes !
L’idée approuvée, tous se levèrent et se dirigèrent vers le Fumoir, accessible directement depuis le Grand Escalier Arrière : il se trouvait au même pont.

Le Fumoir de Première Classe était une splendide pièce décorée suivant le style Géorgien Ancien : panneaux d’acajou incrustés de nacre, vitraux représentant (entre autres) les neuf Muses et divers navires à voiles, larges baies vitrées donnant sur la mer, sol constitué de carreaux de linoléum bleu et rouge un peu surprenant mais non moins plaisant… Une belle cheminée de marbre, où brûlait un véritable feu entretenu par du charbon (le seul vrai feu de cheminée de toutes celles se trouvant sur le navire), était surmontée d’une belle peinture de Norman Wilkinson intitulée L’Approche du Port de Plymouth. Détail appréciable : contrairement à ce qui aurait dû être le cas, aucune (détestable) odeur de tabac ne se faisait sentir. Comme la pièce était très bien chauffée par le feu de cheminée (Sonia n’avait  plus froid), ils s’installèrent à une table rectangulaire située dans le recoin formé par une baie vitrée après que Guillaume ait tiré un canapé et deux fauteuils pour que tout le monde ait de la place. Il revint juste après avec un petit plateau où étaient posés une carafe de whisky et quelques verres ainsi qu’un jeu de carte siglé White Star Line, et sortit son porte-monnaie de sa poche. Après l’avoir ouvert, il posa de nombreux centimes d’Euros sur la table tapissée de soie verte dont les rebords étaient surélevés pour empêcher les verres de glisser et tomber en cas de mauvais temps. Tiphaine haussa un sourcil.
- Euh, Guillaume, qu’est-ce que tu fais ?
- Je nous prépare pour un petit poker ! Comme on n’a pas de jetons, ces pièces feront l’affaire. Et si quelqu’un veut boire un coup…
Denis apprécia l’idée.
- Je crois que c’est du Comber ? J’en prendrai un verre, dans ce cas. Je t’en sers un, Guillaume ?
- Volontiers.
- Quelqu’un d’autre ?
Personne ne fut tenté, et Denis remplit donc deux verres, qu’il posa à côté des centimes d’Euros. Centimes sur lesquels Nicolas louchait depuis quelques minutes.
- C’est anachronique.
Sa remarque fit rire Aurélie et Antoine. Tout le monde participa à la partie de poker, mais le niveau des joueurs était très inégal. Elodie perdit presque immédiatement après le début de la partie, et elle en parut si vexée qu’Aurélie fit exprès de perdre afin de ne pas la laisser toute seule. Sonia avait une bonne main, jusqu’à ce qu’elle fasse tomber ses cartes et qu’elle les ramasse à l’envers, permettant à tous les joueurs de voir son jeu : elle dut donc abandonner. Nicolas, lui, bénéficiait de la chance du débutant… pour l’instant… tandis qu’Antoine avait été littéralement laminé par ses adversaires et n’avait presque plus de pièces. Le trio de tête était composé de Tiphaine, Guillaume, et Denis. Une demi-heure plus tard, la situation avait dramatiquement évolué : Antoine avait piégé Nicolas en lui volant l’intégralité de ses jetons (l’intéressé ne s’en était pas offusqué et il s’était alors levé pour aller inspecter les vitraux) tandis que Tiphaine et Guillaume avaient conclu une alliance secrète pour abattre Denis. Hélas pour eux, Denis était un adversaire coriace qui ne se laissait pas jeter au tapis facilement : Guillaume chercha donc des forces dans son verre de whisky. Un peu plus tard encore, la partie n’était plus jouée que par le trio de tête : Guillaume avait réglé son compte à Antoine lorsqu’il s’était attaqué à Tiphaine, et Denis restait solide comme un roc. Les autres Titanicophiles (sauf Nicolas, qui admirait à présent les incrustations de nacre sur les boiseries) suivaient la partie avec une attention soutenue. Au terme d’un nouveau tour extrêmement serré (agrémenté d’un nouveau verre de whisky), Guillaume parvint finalement à battre Denis à plates-coutures. Celui-ci, bon joueur, reconnut la supériorité de son adversaire. Le juriste, fou de joie, leva alors les bras en signe de victoire… et balaya violemment le plateau sur lequel étaient posés la carafe et les verres. Celui-ci tomba de la table et heurta le sol dans un fracas métallique, suivi par la carafe et les verres qui volèrent en éclats. Catastrophé, il regarda ce qu’il avait provoqué alors que Tiphaine, encore souriante un instant auparavant, le fusillait à présent du regard. En plus, personne n’osait plus parler et un silence désagréable se faisait sentir… avant d’être rompu par Elodie, qui venait d’éclater de rire.
- Alors si je résume, Sonia a explosé une tasse, une porte, et un vélo ! Nicolas a détruit tous les appareils-photos du bord ainsi que la tapisserie du Duc de Guise ! Et voilà que Guillaume pulvérise une magnifique carafe et les verres assortis ! Bravo !
Son rire redoubla en voyant le regard sinistre que lui lançaient Nicolas, Sonia, Guillaume, et Tiphaine.
- Je suppose qu’après ça, Antoine va faire s’effondrer une cheminée, Tiphaine détruira un tableau, Aurélie cassera un miroir, Denis fera tomber un chérubin du Grand Escalier, et que… je sais pas, Nicolas finira par mettre le feu au bateau !
Elle ria encore plus fort et dût brutalement s’interrompre en toussant : elle avait avalé sa salive de travers et s’était à moitié étouffée. Aurélie lui tapota le dos avec une compassion à moitié feinte, car elle n’était pas mécontente qu’Elodie arrête de rire ainsi. Denis, peiné, se leva et retourna dans l’office afin de mettre la main sur un balai et un ramasse-poussière. Guillaume, lui, s’était levé et était retourné vers l’une des dessertes où se trouvaient les bouteilles d’alcool. Lorsqu’elle s’en aperçut, Tiphaine se leva immédiatement et alla l’arrêter.
- Tu ne crois pas que tu as assez bu comme ça ?! Je ne dis pas que tu es ivre, mais tu as causé assez dégâts comme ça.
Guillaume, penaud, ne chercha pas à la contredire.
- Oui Tiphaine… On termine notre partie ?
- Elle est terminée pour moi : disons qu’on a gagné tous les deux, car on n’aurait jamais réussi à battre Denis sans s’entraider. Je pense qu’on devrait aller se coucher, par ailleurs.
Nicolas retint un bâillement.
- Je suis pas contre, car je suis lessivé. Et puis, ça nous évitera de casser d’autres trucs.
Les filles acquiescèrent. Entre temps, Denis était revenu pour ramasser les tessons de verre et essuyer le whisky répandu. Antoine s’interrogea en regardant les lustres.
- Tu vas tout éteindre ?
- Oh, non, tant pis. J’éteindrai juste dans le couloir et sur le palier du Grand Escalier du pont où on sera, mais c’est tout. Je suis peut-être comme dans un poisson dans l’eau, ici, mais je n’ai guère envie de m’amuser à me balader dans le noir alors que tout est désert : ça donne une drôle d’impression.
Sonia ne put que confirmer sombrement : elle en savait quelque chose.
- Je confirme…
Ils se levèrent tous après que Denis ait fini de réparer les dégâts : il avait refusé l’aide d’Aurélie et de Sonia, prétextant que « c’était la pièce de Thomas Andrews et qu’il pouvait se débrouiller seul ».

Une fois que les Titanicophiles furent revenus au Grand Escalier, ils choisirent de séjourner au Pont C : ils descendirent donc l’escalier sur deux étages. Là, Nicolas prit le commandement des opérations.
- Bon, je vais faire mon Commissaire de Bord et vous attribuer des cabines… Je propose qu’on reste tous proches les uns des autres et qu’on se répartisse dans un seul couloir, sinon après ce sera galère.
Personne ne refusa : c’était plutôt une bonne idée. Par contre, Denis avait un commentaire à faire.
- Dîtes-donc, à propos du Commissaire McElroy, heureusement qu’il n’est pas là ! Vu tout ce qu’on a cassé ici en moins d’une journée, on aurait tous fini aux arrêts… voire à la mer.
Il y eut un éclat de rire avant que Nicolas ne choisisse la coursive bâbord.
- Bon, pour nos deux amoureux, la suite C62-64 s’impose d’office ! C’était celle de John Jacob Astor et de sa charmante Madeleine. Salon privé et chambre d’apparat !
Sonia sembla (étonnamment) un peu perdue suite à cette déclaration.
- Quoi ? Mais pourquoi tu ne la donnes pas à Aurélie et Antoine ?
Nicolas se tourna vers elle, perplexe.
- Euh… Je parlais justement d’eux… Tu pensais à qui ??
- Oh, euh, non, personne, j’avais mal compris.
Et Sonia lança alors un regard DES PLUS INUTILES vers Tiphaine et Guillaume, qui se sentirent brusquement mal à l’aise. Denis, afin de rattraper la situation qui devenait gênante, toussota pour attirer l’attention sur lui, tandis qu’Aurélie paraissait contente de sa cabine (et qu’Antoine paraissait n’en avoir strictement rien à faire).
- Et donc, Nicolas, pour les autres, que proposes-tu ?
- Hein Denis ? Ah, euh, oui. Alors, pour toi, je te propose la cabine juste en face, la C104. C’était celle du Major Arthur Peuchen. Comme elle est pile au début du couloir, tu pourras te lever tôt le matin pour aller faire la popotte sans risquer de réveiller les autres !
- Très bonne initiative !
Nicolas, en pleine réflexion, s’avança un peu plus dans le couloir, suivi par les autres Titanicophiles, mais ne semblait pas parvenir à se décider. Tiphaine choisit de l’aider un peu.
- Tu aurais une cabine simple ? Je n’aime pas trop les endroits trop ornementés.
- Hum... Peut-être la C112 ? Les cabines intérieures sont plus simples. De mémoire, je crois que c’est là où logeait Rosalie Bidois, la femme de chambre de Madeleine Astor.
- C’est parfait ! Je la prends, alors.
Le choix de Guillaume fut alors très rapide, avant même que Nicolas puisse ajouter quoi que ce soit.
- Je crois que je vais prendre celle-ci.
- La C110 ? Celle à côté de Tiphaine, donc. D’accord…
Le regard de Nicolas était éloquent, mais il s’abstint de tout commentaire. Elodie, elle, aurait juré que Tiphaine avait souri en coin. Comme Guillaume sentait que ses amis étaient sur le point de jaser, il tenta de faire penser à autre chose.
- Tu sais qui occupait cette cabine ?
- Je crois qu’elle était occupée, mais par qui, ça, je ne sais plus…
Sonia sut alors de quoi elle avait envie.
- Tu aurais une cabine qui était vide ? Je suis assez superstitieuse, c’est idiot, mais…
- … mais je comprends tout à fait. Tu n’as qu’à prendre la C66 : personne ne l’occupait et elle était fort jolie.
- Ça me va, merci Nico ! T’es un ange !
Antoine retint un ricanement en se souvenant que le matin-même, Sonia avait traité Nicolas de « petit con ». Suite au choix de Sonia, Elodie semblait aussi avoir trouvé ce qu’elle souhaitait.
- Je vais sans doute prendre celle à côté. La C68, apparemment.
- Très bon choix ! C’était celle du couple Thayer.
- Oh, c’est merveilleux !
Ne restait que la cabine de Nicolas.
- Eh bien moi, je vais m’attribuer la C70 ! Celle du fils Thayer… C’était une belle cabine de style Hollandais Moderne, semblable à celle occupée par le couple Ryerson.
Tout le monde paraissait satisfait de la répartition, mais il restait quelques précisions à apporter avant que tout le monde ne se couche.
- Bon, concernant les urgences pipi et tout ça… Sans compter les envies de prendre des bains… Aurélie et Antoine, vous avez des toilettes et une salle de bains – séparées – adjacente à votre chambre. C’est privatif, bien que partagé avec Sonia, tout comme c’est mon cas avec Elodie. Ce que je propose, pour que ce soit plus sympa pour votre petit couple, c’est que vous gardiez ça pour vous deux, et qu’Elodie utilise ‘’notre’’ espace avec  Sonia. Moi, je me contenterai des sanitaires ‘’publics’’ un peu plus loin… et d’une salle de bain collective, il y en a quatre dans le coin où on est.
- Oh, tu es sûr ?
- Oui, oui, ça ne me dérange pas. Denis, tu vas devoir faire comme moi : ça t’occasionnera un peu de marche. Et Tiphaine et Guillaume, ben, vous aussi… Mais bon, même si on y va à quatre en même temps – ce dont je doute – ça ne poserait pas de problème, vu qu’il y assez de salles de bains collectives. D’ailleurs, il faudra que je vous explique comment ça fonctionne… Ah, oui, Tiphaine : les toilettes des dames sont juste là.
Il montra le milieu de la coursive latérale juste après la cabine de celle-ci.
- Bon, par contre, pour Denis, Guillaume, et moi, c’est un peu plus loin, donc ça fait plus de trotte : vous devez dépasser…
Tiphaine le coupa.
- On est que quatre : on s’en fiche que ce soit des toilettes pour dames… On est au XXIème siècle !
Denis s’autorisa une plaisanterie.
- On ne sait plus vraiment quand on est, à vrai dire.
Il y eut quelques sourires. Nicolas tapa dans ses mains.
- Bon, ben si il n’y a pas d’autres questions, au lit !
Chacun rentra alors docilement dans sa cabine, à l’exception de Nicolas : il retournait vers le Grand Escalier. En chemin, il vit qu’Antoine et Denis n’étaient pas encore rentrés dans leur cabine et discutaient.
- Et donc, pourquoi Sonia lui faisait la gueule ?
- Une broutille, Nicolas était avec elle devant Scotland Road, mais il faisait noir et il a fait exprès de ne pas se montrer quand elle l’a appelé. Et ça l’a beaucoup énervée…
Antoine, amusé, se tourna vers Nicolas.
- Bah alors Nicolas, on fait des mauvaises blagues ?
Mais Nicolas ne blaguait pas et avait froncé les sourcils.
- Euh, dis-donc, elle est bien gentille Sonia, sauf qu’à aucun moment, je ne suis allé tout au bout de Scotland Road : je suis passé par le Grand Escalier et sur Scotland Road j’ai essayé d’ouvrir les divers tunnels d’évacuation des chauffeurs – sans succès – mais je ne suis pas allé à l’extrémité  avant ! Et puis, même, les heures ne correspondent pas. Quand elle est remontée vers vous, je revenais du Pont des Embarcations, donc j’étais carrément plus haut et largement en arrière… Je ne sais pas qui elle a vu, mais ce n’était pas moi.
Antoine fronça les sourcils. Denis ne comprenait pas plus que lui.
- Mais j’étais tout le temps dans la cuisine, et les autres dormaient encore : je les voyais par les vitres séparant le Salon de Réception et la Salle à Manger quand j’allais poser à manger sur la table…
Nicolas haussa les épaules.
- Je ne sais pas. Elle a dû rêver : dans le noir, on imagine souvent des choses.
Pour clore cette discussion qui n’avait pas lieu d’être, Nicolas souhaita bonne nuit à ses amis et les dépassa ensuite pour revenir dans le hall du Grand Escalier. Là, il fit coulisser une boiserie et fit jouer le disjoncteur se trouvant derrière : les lumières du Grand Escalier Avant au niveau du Pont C s’éteignirent, ainsi que celles des deux coursives avant et centrales de Première Classe. Quand il revint dans la coursive bâbord, à présent plongée dans le noir, il s’aperçut qu’Antoine et Denis avaient tous deux refermé la porte de leur cabine. Nicolas localisa la sienne et s’y rendit tranquillement, bien qu’il accéléra un peu sur les derniers mètres car il commençait à avoir froid. Une fois rentré, il se coucha rapidement, comme les autres Titanicophiles, et tout ce beau monde s’endormit rapidement.

Mais tout le monde ne dormait pas, à bord du Titanic. Dans la coursive, une silhouette maigre et sombre se découpant dans la pénombre l’entourant était visible : la tête légèrement penchée vers le sol, elle semblait avoir remonté la coursive depuis le Grand Escalier Arrière (toujours éclairé contrairement à celui à l’avant). Elle s’arrêta subitement devant la cabine C66 (celle de Sonia), pivota pour faire face à la porte, et leva alors la tête en ricanant légèrement. On put alors voir ses yeux. Ceux-ci étaient rouges.


Dernière édition par Canard-jaune le Mar 27 Oct 2015 - 2:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Jeu 22 Oct 2015 - 0:39

canard-jaune a écrit:
Dans la coursive, une silhouette maigre et sombre se découpant dans la pénombre l’entourant était visible : la tête légèrement penchée vers le sol, elle semblait avoir remonté la coursive depuis le Grand Escalier Arrière (toujours éclairé contrairement à celui à l’avant). Elle s’arrêta subitement devant la cabine C66 (celle de Sonia), pivota pour faire face à la porte, et leva alors la tête en ricanant légèrement. On put alors voir ses yeux. Ceux-ci étaient rouges.

Alleeeez!!! C'est pour qui les emmerdes? Pour bibi! rire ... J'imagine bien à qui ça ressemblerait dans ma tête et ça me fait flipper un tout petit peu!

En tout cas Vincent, merci de faire de moi la relou maladroite, malpolie (qui s'installe à table avant tout le monde, ne remercie pas Denis.. lol) et qui spoile sur la relation naissante des copains mort .

Nico, excuse-moi, j'ai été méchante avec toi! bise rire . Les disputes entre filles, j'ai trouvé ça génial rire . Il me tarde la suite! Ca commence à faire flipper! Vite Vinceeeent!!!!
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Jeu 22 Oct 2015 - 0:51

Ah oui, les disputes entre filles c'est pas mal ! Mais en réalité, il faut bien avouer que Elodie a bien fait de tous nous réveiller. C'est vrai quoi, on est sur le Titanic ! D'ailleurs j'irais bien continuer la visite toute seule le lendemain, sauf si j'apprend l'étrange rencontre de Sonia, car à ce moment je n'en mêlerais pas large !

En parlant de trucs flippant, ça m'a fait repenser aux bds d'une illustratrice qui se spécialise dans les contes d'horreur ou angoissant.
Je vous conseille chaudement ma préféré, autant au niveau du dessin que de l'histoire : His face all red. Un vrai coup de cœur !

Je conseille également Out of Skin et Margot's Room (ici il faut cliquer sur différents éléments de la chambre pour suivre l'histoire).
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Ven 23 Oct 2015 - 12:23

Canard-jeune a écrit:
Je vous remercie pour vos avis, notamment Millie, qui s'est quand même farcie toute l'histoire depuis le début  + les 80 pages de Réminiscence! Tu as toute mon estime, tout mon respect, et toute ma considération. *_*

Je n'ai aucun mérite car j'étais vraiment sincère quand je t'ai dit que tes histoires se lisent très facilement. le style est fluide, simple sans être simpliste et les histoires sont assez captivantes pour que l'on ait envie de connaître la suite.

En parlant de suite, j'ai beaucoup aimé ce nouveau chapitre même si je trouve Sonia assez dure, après tout elle n'avait aucune preuve que c'était Nicolas! Une simple ressemblance physique! Et c'est quoi cette manie de tout casser?! Pour des Titanicophiles, je ne vous trouve pas très respectueux! fhjoo  xfgy

Juste déçue, je l'avoue: j’espérais vraiment que les âmes perdus du Titanic reviennent aussi. ghki
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Dim 25 Oct 2015 - 21:56

Miss_Millie a écrit:


En parlant de suite, j'ai beaucoup aimé ce nouveau chapitre même si je trouve Sonia assez dure, après tout elle n'avait aucune preuve que c'était Nicolas! Une simple ressemblance physique! Et c'est quoi cette manie de tout casser?! Pour des Titanicophiles, je ne vous trouve pas très respectueux! fhjoo  xfgy

ALLEEEEEZZZ!!!Je le savais, à cause de toi Vincent, je vais passer pour la fille ultra boulet, qui est méchante avec ses amis, qui casse tout (ce qui est vrai, mais je fais pas exprès je suis méga maladroite rire ) , et qui embarasse bien ses amis à l'amour naissant! rire mort .
Alors je te rassure Millie, je ne suis pas du tout comme ça! (Sauf pour casser les choses rire ). Pour te donner une idée, je suis plutôt impulsive, mais je déteste les conflits, du coup, on peut croire que je suis calme mais en fait, nope, nope, nope! Par contre, oui, si on s'amuse à me faire peur, je peux être désagréable, voire violente ( Tiens, je demanderai des nouvelles à ce mec en 3ème qui m'avait lancé une araignée dessus rire )

Miss_Millie a écrit:

Juste déçue, je l'avoue: j’espérais vraiment que les âmes perdus du Titanic reviennent aussi. ghki
Oh attends, rien n'est joué encore, Vincent doit avoir au moins 300 pages à nous dévoiler noel
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Lun 26 Oct 2015 - 23:16

Ne t'inquiètes pas, je sais bien que dans la nouvelle de Vincent vous êtes des personnages. fkpo Et je suis assez maladroite aussi, ce serait tout à fait mon genre de vouloir tellement faire attention que je finirai par casser un truc aussi. rire

Et quand aurons-nous la suite alors? xfgy
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Canard-jaune

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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mar 27 Oct 2015 - 3:02

Vous vous souvenez quand j'avais dit que les chapitres seraient courts? Ben j'ai menti! (malgré moi) À nouveau, je suis contraint de diviser ce chapitre en deux messages (25 pages, tsss)... Donc désolé! Et merci pour vos commentaires qui sont adorables (coucou Millie (encore)). <3 En effet, Sonia se retrouve avec le mauvais rôle (c'est mieux... ou pire... je sais pas... dans ce chapitre pour elle, mais bon, ça va pas s'arranger!) mais c'est évidemment une personne adorable et formidable! (<3) Bref, vous trouvez qu'on casse tout? Ben mes gens, ce n'était que le début du commencement!
À propos, je viens de remarquer que je n'avais pas justifié le texte, donc c'était moche. C'est maintenant corrigé pour tous les chapitres! J'ai aussi posté le chapitre tard, donc j'étais fatigué : dîtes-moi si il reste des coquilles! Bonne lecture. :)


Chapitre 4 - Des Échos dans la Pénombre

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 06h00.

Denis se réveilla en baillant, mais garda les yeux fermés. Il était d’humeur morose : encore une nouvelle journée où il se rendrait à son travail peu stimulant, encore une nouvelle journée où il ne pourrait pas vraiment faire ce qu’il voudrait, encore une nouvelle journée où… il s’ennuierait, tout simplement. Mais il fallait bien s’y faire : il ouvrit donc les yeux. Et il fut étonné de constater qu’il faisait noir dans sa chambre : il ne se souvenait pourtant pas d’avoir fermé le volet ? Il se leva à tâtons et chercha l’interrupteur, mais ne rencontra… qu’une grosse armoire, ce qui l’assomma à moitié. Qui avait bougé son armoire ?! Aucune armoire ne se trouvait ici ! Partant dans une autre direction, les bras tendus en avant, Denis continua à chercher une source de lumière… et ses genoux heurtèrent une table basse. Il n’eut que le temps de se demander depuis quand il possédait une table basse dans sa chambre avant de tomber en avant et de s’écraser sur un… canapé ?! Il n’avait pas non plus de canapé ! Il n’était pas dans sa chambre, ce n’était pas possible ! En essayant de se relever, il glissa de côté et s’affala par terre en faisant un bruit sourd. Une porte s’ouvrit alors quelque part derrière lui et il entendit… Aurélie ?!
- Mais Denis, enfin, qu’est-ce que tu fais ?!
Denis, éberlué (et en caleçon), se retourna vers la porte. Aurélie, qui avait enfilé ses habits de manière négligée, se tenait dans l’encadrement de la porte, mais n’entrait pas. Elle semblait se tenir dans un couloir obscur aux murs couverts de boiseries blanches et au sol constitué de dalles blanches rehaussées de motifs noirs octogonaux. Derrière elle, une porte ouverte laissait voir une sorte de petit salon brillement éclairé qui était décoré avec de somptueux lambris de chêne sculpté et une cheminée de marbre.
- Denis, ça va ?
Et alors, Denis se rappela où il était. Vincent, Wilfried de Beauregard, le Charon, la tempête, la marche sur le fond océanique, la reconstitution du Titanic, la première journée qu’ils avaient passée dessus… Cette perte de mémoire aussi profonde que brève était étrange.
- Denis, tu me fais peur !
- Je vais bien, Aurélie. Je suis juste… J’étais ailleurs. Je ne me souvenais plus qu’on était sur le Titanic… Je me croyais dans ma chambre, donc je ne trouvais pas la lumière…
Soucieuse, Aurélie actionna l’interrupteur, éclairant la cabine de Denis. Simple, mais confortable et élégante.
- Je suis désolé de t’avoir réveillée. Est-ce que tu vas pouvoir te rendormir ?
- Non, mais ce n’est pas grave, ne t’en fais pas. Je vais descendre manger dans pas longtemps, et ensuite… J’aviserai.
Elle referma alors la porte, apparemment pas fâchée, bien que toujours un peu inquiète. Denis, qui avait à présent pleinement retrouvé ses esprits, laissa son regard courir sur la cabine qui était maintenant la sienne. Le sol était recouvert d’une jolie moquette verte à petits motifs en forme de losanges, tandis que les boiseries au mur, plutôt simples, étaient peintes en blanc. On voyait les poutres en métal et les tuyaux au plafond, et comme la cabine était intérieure, il n’y avait pas de hublot. L’ameublement, sans être ostentatoire, était de bonne facture, fonctionnel, et élégant : l’essence de bois était probablement du chêne ou de l’acajou. Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en partant de la gauche de la porte, on trouvait : une armoire dotée d’une glace sur son unique porte, un petit chauffage marron, un meuble de toilette à double-portes doté de deux vasques et surmonté d’un miroir, une coiffeuse, un grand lit, un canapé avec une table basse ovale en face, et un autre lit plus petit. Lorsqu’il était tombé sur la table basse, Denis avait renversé une coupe remplie d’oranges : il la ramassa et remit les fruits dedans. Son regard accrocha alors les habits posés sur le canapé. Les habits que le Major Arthur Peuchen avait portés durant la nuit du naufrage… Ils étaient originellement sur le lit, mais Denis les avait déplacés pour dormir. Mal à l’aise, il préféra les ranger dans l’armoire, avec les autres vêtements du passager canadien. Il fit ensuite une rapide toilette, s’habilla, et sortit finalement de sa cabine.
Le couloir était plongé dans l’obscurité, tout comme le Grand Escalier au Pont C. Denis, qui ne savait pas comment allumer les lumières, se repéra donc grâce à la lumière du Salon de Réception qui éclairait le Grand Escalier par en-dessous. Il s’y rendit, puis entra par bâbord dans la Salle à Manger, elle aussi brillamment éclairée. Alors qu’il dépassait le buffet massif se trouvant devant le conduit de la Cheminée n°3, tout près de l’entrée des cuisines, il s’arrêta brusquement. Tous les bruits et odeurs caractéristiques d’une cuisine se faisaient entendre : le bruit de casseroles posées sur le feu, le frémissement de l’eau en train de bouillir dans des marmites,  l’odeur de sauces onctueuses, le bruit d’ustensiles métalliques utilisés sur le dessus d’un comptoir, le tintement d’assiettes qu’on empile avant de les remplir… Sauf qu’il était justement anormal d’entendre ces bruits-là. Car Denis était celui qui se levait le plus tôt parmi les Titanicophiles : qui aurait pu le devancer et venir ici pour faire autant de raffut ? Méfiant, le chef-cuisinier s’approcha à pas lents de l’entrée des cuisines, dépassa les portes, et regarda derrière la cloison masquant les lieux aux yeux des passagers qui auraient l’idée de regarder par les portes. Il n’y avait personne. Il n’y avait pas un bruit. Il n’y avait pas une odeur. Denis resta les bras ballants : il était pourtant sûr de ne pas avoir rêvé…

Aurélie avait pris une petite douche : la salle de bains était austère (pour ne pas dire effrayante), mais elle était fonctionnelle. En temps normal, des stewards spécialement chargés de faire fonctionner les mécanismes de la baignoire auraient dû s’en occuper, mais comme il n’y avait pas de stewards, la juriste s’était débrouillée et avait compris toute seule comment fonctionnait la robinetterie. Elle s’était ensuite habillée, puis était revenue dans sa belle cabine de style Adam (boiseries élégantes peintes en blanc, jolie moquette, poutres décorées, meubles en bois précieux…), plongée dans le noir. Antoine dormait encore, aussi Aurélie se contenta de lui déposer un baiser sur le front avant de s’éclipser.
- Aïe !
Elle venait de se cogner contre le mur face à la porte en sortant : forcément, on n’y voyait rien ! La juriste frissonna un peu en se retrouvant dans la coursive sombre et déserte, mais comme Denis, localisa le Grand Escalier grâce à la lumière du Salon de Réception, tout de même plus chaleureux, et s’y rendit. Là, elle entra dans la Salle à Manger par son entrée bâbord, fit quelques pas à l’intérieur dans l’idée d’y prendre un thé… et s’immobilisa en entendant le vacarme venant des cuisines. On aurait dit que Denis s’amusait à sortir les piles d’assiettes de leurs étagères pour les fracasser à terre, qu’il jetait ses casseroles à travers les cuisines, qu’il lançait des bouteilles contre les murs… Les bruits de verre brisé et de fracas métalliques étaient insoutenables, et Aurélie se précipita là-bas pour voir ce que Denis faisait. Elle rentra si vite dans les cuisines… qu’elle rentra également (littéralement) dans Denis. Ils se télescopèrent tous les trois : Aurélie, Denis, et le plateau de pains au chocolat qu’il portait. Tous tombèrent, et Denis parut passablement sonné.
- Mais… Mais… Enfin, Aurélie, les cuisines du Titanic, c’est comme à la piscine ou au musée : on ne court pas !
Il se releva et aida sa comparse à faire de même.
- Mais Denis, qu’est-ce que tu faisais ?!
- Mais… Tu le vois bien, des pains au chocolat. Oh, regarde-moi ce désastre, ils vont être sales… Je vais devoir en refaire… Ou peut-être que je devrais faire des merveilleux ? Qu’en penses-tu ?
Mais Aurélie n’avait pas envie de parler de viennoiseries ou de pâtisseries : elle s’était avancée de quelque pas derrière Denis et avait brièvement inspecté les lieux. Tout était en ordre. Les piles d’assiettes étaient sagement rangées sur leurs étagères, et les casseroles se trouvaient à leur place. Qu’avait-elle donc bien pu entendre ?
- Aurélie ? Ça va ?
- Oui, je… j’ai cru entendre… Non, rien. Je vais m’asseoir.
La juriste, troublée (elle avait bien entendu ce qu’elle avait entendu…) retourna alors dans la Salle à Manger. Denis resta silencieux quelques instants, fronça les sourcils, puis posa une nouvelle question à voix haute pour qu’Aurélie puisse entendre.
- C’est parce que tu n’aimes pas les merveilleux ? Tu veux des tartelettes aux framboises ?!

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 07h00.

Tiphaine se redressa soudainement dans son lit : elle avait cru entendre quelqu’un se cogner contre un mur, ce qui l’avait réveillée. Se demandant qui avait bien pu être assez bête pour se prendre un mur dans la figure, elle se leva et chercha l’interrupteur… avant de se cogner de plein fouet contre le mur à côté du lit. Mauvais karma, sans doute… Heureusement, elle localisa rapidement l’interrupteur, qu’elle utilisa. Elle inspecta rapidement sa cabine (elle était trop fatiguée pour le faire la veille), qui était en tous points semblable à celle de Denis. La seule différence était l’absence de coupe de fruits sur la table basse, et la tenue de Madame Bidois que Tiphaine avait accrochée à une patère avant de se coucher. La demoiselle au sang celtique fit une toilette rapide et se dépêcha de s’habiller pendant qu’elle se constituait un petit programme dans sa tête : comme elle était levée tôt (plus par la force des choses que par elle-même) et que ce ne devait pas être le cas de tout le monde, elle aurait le bateau pour elle seule et pourrait donc aller où voudrait. Elle savait d’ailleurs par où elle commencerait. Ravie de son programme, Tiphaine sortit de sa cabine et ferma la porte un peu plus joyeusement (pour ne pas dire bruyamment) qu’elle ne l’aurait voulue. On ne voyait rien dans la coursive, mais Tiphaine rejoignit le Grand Escalier sans encombre, bien que plongé dans le noir lui aussi, et l’utilisa pour grimper du Pont C jusqu’au Pont des Embarcations. Là, elle sortit de l’auguste hall par le vestibule bâbord et alla s’accouder au bastingage. Ici, elle pouvait regarder les vagues, humer l’air frais et salé de l’océan, sentir le vent glisser sur ses bras et son visage… Elle pouvait aussi regarder les nuages : il n’y en avait aucun la veille, mais aujourd’hui, ils étaient nombreux et obscurcissaient le soleil par moment. Le bruit que faisait le géant des mers en avançant sur l’Atlantique était également fort agréable. Et le tintement sonore des transmetteurs d’ordres donnait un peu d’entrain à…
Tiphaine se raidit. Venait-elle d’entendre un transmetteur d’ordres ? Les appareils dorés se trouvant sur la Passerelle de Commandement qui permettaient de signaler aux divers centres principaux du navire qu’il fallait accélérer, ou freiner, ou ?... Comme pour répondre à sa question, on entendit à nouveau le bruit mécanique d’un des transmetteurs d’ordres. Tiphaine se précipita alors vers la Passerelle : peut-être y aurait-il Murdoch ! ou Lightoller ! ou Murdoch ! ou encore Murdoch ! Elle déboucha comme une folle sur la Passerelle… et ne vit personne. Elle fronça les sourcils.
- Il y a quelqu’un ?
Comme pour Denis, sa question resta sans réponse, mais elle rebondit en échos dans la Timonerie et lui revint comme si une autre personne avait posé cette question. Tiphaine ne trouva pas ça très agréable, et elle se rapprocha des transmetteurs d’ordres : ceux-ci avait bien été activés ici (et non depuis la poupe ou la Salle des Machines)… Mais par qui ? Elle aurait vu (et entendu) quelque chose si quelqu’un s’était trouvé ici et avait pris la poudre d’escampette ! Elle ne comprenait pas…

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 07h30.

Nicolas sursauta dans son lit : une porte venait de claquer.
- Gné ! Mékéskecé c’machin ?
Il essuya ses yeux bouffis par le sommeil, puis émergea.
- Bon… Maintenant que je suis réveillé sur le Titanic… LE TITANIC !
Nicolas bondit de son lit en manquant d’arracher la couverture, attrapa ses vêtements et les enfila dans l’anarchie la plus complète (il essaya d’enfiler sa chemise par les jambes pendant près de deux minutes avant de se rendre compte de sa bévue), puis déboula dans la coursive obscure en claquant violemment la porte. Tout content de se trouver une journée de plus à bord de son paquebot préféré, le Techie-en-chef se précipita vers le Grand Escalier Arrière, qui lui était illuminé contrairement à celui se trouvant à l’avant. Toutefois, il se pressa tant qu’il trébucha et s’étala de tout son long sur le sol de la coursive dans un grand bruit. Pas gêné pour un sou, il se redressa bien vite et courut vers sa destination avec le calme, la grâce, et la délicatesse d’un rhinocéros en pleine charge. Parvenu là-bas, il se rendit compte qu’il ne pouvait pas descendre vers la Salle à Manger par ici, et il fit donc demi-tour vers le Grand Escalier se trouvant à l’avant avec toujours le même calme, la même délicatesse, et la même grâce qui l’avaient caractérisé quelques minutes auparavant. Parvenu au Grand Escalier Avant, obscur bien qu’éclairé par le Salon de Réception se trouvant en-dessous, il descendit quatre-à-quatre les marches menant au Pont D et entra par tribord dans la Salle à Manger ainsi que dans les cuisines. Il avait d’ailleurs dépassé sans répondre à son salut Aurélie, qui était attablée devant un thé et une brioche saupoudrée de sucre-glace. Il croisa Denis aux fourneaux, qui leva les yeux vers lui, un peu étonné.
- Nicolas ? Que se passe-t-il ? Tu as faim ? Tu veux du…
- Jepeurécuptoulémenudeni !
- Euh… Je crois que je n’ai pas tout compris…
- Je peux récupérer tous les menus, Denis !
- Quoi ? Comment ça ?
- L’imprimerie ! Elle se trouvait à côté de l’ascenseur des patates !
- Le… le quoi ? Nicolas, je ne comprends rien !
Nicolas inspira un grand coup.
- Il y avait au Pont E la réserve de pommes de terre, ainsi que le lieu où elles étaient épluchées et lavées. Un escalier et un ascenseur reliaient cet endroit à un petit local situé dans les cuisines du Pont D, plus précisément à proximité de la boucherie, de la boulangerie, et des offices de Deuxième Classe. Eh bien, dans ce local, on trouvait l’imprimerie ! C’était là où on imprimait les menus et l’Atlantic Daily Bulletin ! Je peux récupérer tous ces documents d’une valeur historique INESTIMABLE, Denis !
- Oh. C’est formidable. Vas-y, alors. Tu sais où ça se trouv… Oui, évidemment que tu sais, quelle question.
Denis retourna alors s’occuper de ses casseroles en laissant Nicolas vaquer à ses occupations. Le Techie-en-chef remonta tout l’espace consacré aux arts culinaires et se retrouva bientôt dans le local dont il avait parlé. Il poussa alors la porte de l’imprimerie, et ce fut alors comme s’il avait pénétré dans l’atelier du Père Noël ou la caverne d’Ali Baba : sa joie était telle qu’on aurait dit qu’il avait découvert le trésor des Templiers. Parvenant à se calmer un peu après s’être lourdement et douloureusement cogné contre la presse d’imprimerie, Nicolas repéra un casier et fouilla à l’intérieur. Lorsqu’il eut terminé, il avait en main chacun des menus distribués lors des trois différents repas quotidiens et ce pour les trois classes, pendant les six jours qu’avait duré la traversée. Il avait également récupéré chaque édition de l’Atlantic Daily Bulletin (le journal destiné aux passagers), ainsi que quelques exemplaires du vade-mecum de Première Classe (présentant les principaux lieux communs, les passagers les plus célèbres, les diverses informations à destination du public…).
Lorsque Nicolas sortit des cuisines par bâbord, il vit que Denis servait un nouveau thé à Aurélie. Il dépassait la table du commandant, où ils se trouvaient, lorsque le chef-cuisinier l’interpella.
- Hep, Nicolas ! Où tu vas comme ça ?
- Ben, j’ai plein d’endroits à visiter et de machins à faire !
- Taratata, tu n’iras nulle part sans te remplir un peu l’estomac avant !
- Mais Denis, je n’ai pas le temps ! Et je n’ai pas d’ordre…
- C’est moi qui vous évite l’inanition, alors c’est moi qui décide ! Assis !
Penaud, Nicolas s’approcha, posa tous ses papiers, et s’assit. Il resta en place approximativement six secondes (le temps de s’ébouillanter la gorge en buvant cul-sec un café brûlant, et d’avaler tout rond un croissant qu’il avait à peine mâché) avant de se relever. Aurélie le regarda avec de grands yeux.
- Déjà ?!
Le jeune homme se contenta d’acquiescer vu qu’il avait la bouche pleine. Il reprit alors ses papiers, sous le regard mécontent de Denis, et il s’approcha alors à pas précipités de l’entrée bâbord de la Salle à Manger. Il s’arrêta soudainement et tendit l’oreille.
Ambiance sonore (à écouter impérativement en poursuivant la lecture (monter le son est conseillé)).
Il entendait distinctement au loin… des choses qu’il ne devrait PAS entendre. Le clapotis de l’eau. L’orchestre en train de jouer Humoresque d’Antonin Dvorak. Le grésillement des lustres. Le grincement du métal de la coque se tordant sous l’action de l’eau pénétrant dans le géant des mers. En bref, tout ce qu’on avait pu entendre dans le Salon de Réception, pendant la nuit du 15 avril 1912, alors que l’Océan Atlantique en prenait possession. Et que Nicolas entendait à présent. Horrifié, il se retourna vers la table du commandant : Aurélie semblait n’avoir rien entendu, et Denis était retourné en cuisine. Le Techie-en-chef préféra aller vérifier avant de donner l’alerte. Très lentement, il s’avança vers l’entrée bâbord, et son cœur se serra en voyant que l’un des lustres s’allumait et s’éteignait par intermittence, alors qu’on entendait toujours des grésillements. Résolu, il se décala alors à gauche afin d’avoir une confirmation visuelle de la situation. Il put alors apercevoir le Grand Escalier… totalement au sec. Comme tout le fond de la salle. Il lui fallut plusieurs secondes pour remarquer ensuite qu’il n’entendait plus rien. En se retournant vers le lustre défectueux, il put aussi constater qu’il éclairait à nouveau correctement.
Fin de l’ambiance sonore (inutile d’écouter jusqu’au bout).
Nicolas resta là les bras ballants. Il n’avait pourtant pas rêvé…

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 07h45.

Un vacarme pas possible réveilla en sursaut Elodie : on aurait que quelqu’un avait claqué une porte, puis était tombé par terre avant de s’éloigner en courant puis de revenir en courant encore. Passablement énervée, la Belge se leva et se promit d’arracher les yeux du coupable plus tard, en l’occurrence son voisin. Mais plus tard. Pour l’heure, elle enfila ses lunettes, puis s’approcha des fenêtres : un petit jour filtrait à travers et éclairait légèrement la cabine, ce qui donnait une atmosphère esthétique et intéressante. La lumière ainsi dispensée permettait de décrire la jolie cabine qu’on lui avait attribuée : les murs étaient composés de boiseries de chêne élégamment sculptées à la française, et le sol était recouvert d’une délicate moquette aux douces nuances de bleu, tandis que les poutres du plafond étaient peintes en blanc pour donner un effet lumineux avec ses quatre lustres ronds ceinturés d’une couronne dorée. L’ameublement était semblable aux cabines situées dans le couloir d’en face, bien que son armoire soit remplacée par un véritable dressing en dur, et qu’elle bénéficie d’une jolie chaise en plus de son canapé. En bref : elle était contente. Le seul point d’ombre avait été les tenues portées par Monsieur et Madame Thayer la nuit du naufrage (posées sur le lit), qu’elle avait rangées dans le dressing avec respect avant de se coucher…
Elodie soupira un coup, puis alla allumer les lumières. Elle se lava ensuite à l’aide de son meuble de toilette, puis s’habilla et sortit dans la coursive. Il faisait tout noir, et le Grand Escalier était plongé dans l’obscurité (contrairement à celui à l’arrière). Elle referma sa porte. On n’entendait rien. Rien ?
Ambiance sonore (à écouter impérativement jusqu’au bout en poursuivant la lecture).
Non, elle entendait quelque chose. Une jeune femme, dont elle ne reconnaissait pas la voix sur le coup, semblait s’entraîner à chanter quelque part. En se tournant face à l’extrémité du couloir débouchant sur le Grand Escalier Arrière (celui éclairé), elle constata que la voix semblait venir d’une des dernières cabines avant le hall. Un peu méfiante, Elodie remonta le couloir sombre à pas lents, sans cesser d’écouter attentivement le chant qui semblait varier légèrement à chaque fois. Elle ne comprenait pas : pourquoi l’une de ses amies titanicophiles était partie s’enfermer dans une cabine isolée pour chanter ? Peut-être pour ne pas déranger les autres ? Mais alors pourquoi faire ça aussi tôt ? En plus, elle ne voyait pas Aurélie, Sonia, ou encore Tiphaine aller pousser la chansonnette… et certainement pas à une heure aussi matinale, surtout après leur journée de la veille. Non, c’était absurde. Aucune de ses amies ne pouvait se trouver dans cette cabine. Mais alors, qui était-ce ?
- Ouille !
Perdue dans ses pensées, Elodie ne s’était pas aperçue qu’elle avait légèrement dévié de son trajet : elle venait donc de se cogner en plein dans l’angle formé par la coursive principale où elle se trouvait et la troisième coursive latérale après sa cabine (qui menait à des salles de bains et aux toilettes des hommes). Fâchée, elle donna un coup de pied dans la boiserie… qui se fendit en deux et laissa échapper plusieurs éclats de bois blanc. Très gênée, Elodie décampa en vitesse et se retrouva devant la cabine d’où s’échappaient les chants, qui semblaient devenus plus… hystériques. Il s’agissait de la C90. La porte était entrouverte. Elle l’ouvrit. Personne ne se trouvait à l’intérieur. Les champs avaient cessé. Elle avait pourtant bien entendu…  

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 08h00.

Antoine ouvrit les yeux et soupira, visiblement exaspéré. On entendait des bruits de pas assez lourds juste au-dessus de sa chambre. Ce qui était étrange était le fait que ces pas allaient et revenaient, comme si quelqu’un faisait les cent pas. Qui OSAIT donc le réveiller si tôt ? Comme la nuisance sonore ne cessait pas, Antoine se redressa, agacé, et chercha ses habits qu’il distinguait faiblement dans le jour naissant emplissant sa cabine. Une fois habillé, il leva la tête : les pas se faisaient entendre juste au-dessus, au Pont B. Où se trouvait la « Suite des Millionnaires » bâbord, occupée normalement par Bruce Ismay, le Président de la White Star Line. La suite se composait d’un salon privé, de deux chambres dotées chacune d’un dressing, de toilettes et d’une salle de bains, ainsi que d’une promenade privée. C’était d’ailleurs de la promenade privée que semblaient provenir les pas… Vu que ça ne cessait toujours pas, Antoine sortit de la chambre et se retrouva dans le couloir obscur. Il prit directement à gauche, et déboucha sur le Grand Escalier du Pont C : les lumières n’y étaient pas allumées, mais celles du Salon de Réception au Pont D et du Grand Escalier au Pont B permettaient d’y voir un peu quand même. Antoine alla au pied des marches, remonta la volée centrale, puis pris la volée latérale gauche… avant de mal calculer la hauteur des marches de cette volée latérale et de s’y vautrer peu gracieusement et assez bruyamment.
- Outch !
Le souffle coupé, il se redressa en vacillant un peu, se cramponna à la rampe, puis monta prudemment les quelques marches le séparant du Pont B.
- Connerie d’escalier…
Après cette remarque très élégante, Antoine fit quelques pas vers le mur face à l’escalier et s’engagea dans la coursive bâbord menant au Grand Escalier Arrière. Elle était en tous points semblable à celle se trouvant juste en-dessous, au Pont C. Il s’arrêta devant la première porte qui se trouvait à sa droite, à savoir la B52. Il entra sans frapper. La pièce de style Louis XVI, dont les lumières étaient éteintes, était magnifique dans le jour naissant : il y avait de belles boiseries en noyer et en sycomore, une moquette majestueuse, un plafond dont les poutres croisées et boisées formaient une sorte de damier, de lourds rideaux de velours encadrant deux hautes fenêtres, de délicates appliques murales, une splendide cheminée de marbre… L’ameublement, sélectionné avec soin, comprenait une table ronde trônant au centre entourée de quatre chaises, un canapé, deux chauffages, deux buffets, un bureau accompagné d’une chaise, et quatre fauteuils plus ou moins massifs. Cette profusion de mobilier précieux ne chargeait pourtant pas la pièce. Mais Antoine n’était pas ici pour étudier la décoration : il était là pour réprimander l’indolente personne qui osait marcher si bruyamment sur la promenade privée. On entendait d’ailleurs toujours les pas. Il traversa le salon, ouvrit la porte donnant accès à la promenade privée, et sauta pour y entrer comme un chat bondissant sur une souris. Mais point de souris ici : l’endroit de style Tudor avec ses lambris bas peints en leur centre et son mobilier en osier était vide. On n’entendait plus le bruit des pas… Les doubles-portes menant à la mini-promenade publique accessible depuis le Grand Escalier, où avaient embarqué certains passagers à Southampton, étaient bien fermées et il les aurait entendues si quelqu’un avait fui par là. Il était pourtant sûr de ce qu’il avait entendu…
Haussant les épaules et ne cherchant pas à apporter une explication cartésienne à ce phénomène pourtant bien loin d’être cartésien, Antoine ressortit et emprunta le Grand Escalier pour regagner le Pont C. Là, il croisa Elodie, qui sortait de la coursive qu’il comptait emprunter pour regagner sa chambre. Elle avait un regard un peu étrange.
- Elodie ?
- AAH !!! Oh, Antoine, tu m’as fait peur !!
- Désolé, avec cette obscurité… Il faudrait que Nicolas allume tout ça, je ne sais pas si il est réveillé.
- Ce n’est pas grave, Antoine, ce n’est pas grave.
Mais Elodie semblait vraiment craintive et Antoine le remarqua.
- Tu es sûre que ça va, Elodie ?
- Antoine, tu sais qui occupait la cabine C90 ?
- Euh… Oui. C’était Berthe Mayné. Elle voyageait sous un faux nom, Madame De Villiers, pour suivre son amant, Quigg Baxter.
Elodie sentit ses pires craintes se confirmer.
- Et… Tu peux me rappeler deux ou trois sur elle ?...
- Bien sûr ! Elle était belge, et c’était une chanteuse de cabaret qui… Elodie ?
Le visage de la jeune Belge s’était décomposé. Sans attendre la fin des explications, elle avait descendu avec une allure de zombie la volée de marches tribord menant au Salon de Réception. Le chevelu s’en inquiéta.
- Elodie ? Ohé, Elodie ?!!
Elle ne répondit pas, et disparut dans le Salon de Réception. Antoine, exténué, haussa les épaules en levant les yeux au ciel, puis repartit vers sa chambre. Elodie, elle, avait remonté le côté tribord du Salon de Réception, puis était entrée dans la Salle à Manger du même côté. Aurélie, qui était si bien servie par Denis qu’elle ne trouvait pas le courage de se lever (elle en était à son troisième thé et à sa deuxième brioche), l’accueillit avec étonnement.
- Oh, ma chatonne belge, tu… mais… qu’est-ce qu’il y a ? On dirait que tu as vu un mort !
Non, elle n’avait pas vu de mort. Entendu, par contre…
Au-dessus d’eux, au Pont C, Antoine était rentré dans sa chambre en claquant la porte et s’était recouché dans son lit dans l’idée de pouvoir se rendormir. À la seconde où il ferma les yeux, il entendit à nouveau le bruit des cent pas marteler le plancher de la promenade privée du Pont B...

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 08h30.

Sonia, qui arborait des cernes épouvantables, ouvrit les yeux. Une porte qui venait de claquer juste à côté venait de la faire renoncer définitivement à trouver le sommeil. En effet, elle n’avait pas réussi à dormir de toute la nuit, se retournant sans cesse dans son lit alors qu’un froid pénétrant avait transformé ses membres en véritables glaçons. Ce n’était que vers 06h00 qu’elle était enfin parvenue à s’endormir, mais elle avait ensuite été réveillée à plusieurs reprises par des bruits de coups contre les murs ou de portes claquées… Abandonnant son espoir de s’endormir, Sonia ôta ses couvertures et se leva. Bien que sa cabine soit bien éclairée par le jour perçant les fenêtres, elle alla allumer les lumières. Son regard balaya sa cabine (identique à celle de sa voisine Elodie) et s’attarda sur la porte donnant accès à la cabine C68 (celle d’Elodie, justement). Estimant qu’elle avait bien mérité un bain bien chaud après sa terrible nuit, Sonia alla toquer à la porte pour que sa voisine la laisse accéder à sa salle de bains. Pas de réponse. Elle ouvrit la porte, et constata qu’Elodie s’était déjà levée. Sonia ouvrit alors la porte du petit couloir donnant accès aux toilettes et à la salle de bains, et rentra dans cette dernière. Là, elle ôta la tenue avec laquelle elle avait dormi (c’est-à-dire ses habits normaux, qu’elle avait gardés tant il faisait froid), et s’assit dans la baignoire dont le contact quasi-frigorifique lui fit ressentir un frisson. Elle tenta ensuite de faire fonctionner les divers robinets, mais elle ne réussit pas à en tourner un seul. Finalement, excédée, elle donna un coup sec dans les robinets… qui se cassèrent nets. Tous les quatre. Divers jets d’eau (glaciale) jaillirent des tuyaux et rebondirent contre les murs et le sol, tout en aspergeant copieusement Sonia. Celle-ci poussa un cri et se redressa brusquement, mais elle perdit l’équilibre et se cogna violemment une jambe contre le rebord de la baignoire. À moitié sonnée, elle parvint finalement à se relever et à évacuer la salle de bains en catastrophe, ses vêtements jetés en bataille sur elle. Dans le couloir (heureusement qu’Elodie ou Nicolas n’avaient pas eu le désir de venir voir ce qu’il se passait!), elle s’habilla correctement en frissonnant, alors qu’elle voyait, anxieuse, que de l’eau commençait déjà à filtrer sous la porte de la salle de bains qu’elle avait fermée. Dans l’idée d’éviter une inondation, Sonia sortit du petit couloir et se retrouva dans la cabine d’Elodie. Là, elle sortit dans la coursive plongée dans le noir, et émit un léger gémissement en sentant que le froid semblait encore plus vif ici. En plus, elle n’y voyait rien… Elle tourna la tête vers le Grand Escalier, qu’elle distinguait vaguement dans l’obscurité, et s’y dirigea en boitant un peu, sa jambe lui faisant encore mal. Heureusement que le Salon de Réception l’éclairait par en-dessous, sinon elle n’aurait rien vu… Alors qu’elle s’apprêtait à y descendre afin de prévenir quelqu’un du désastre qu’elle avait causé, elle se figea net.
Ambiance sonore (à écouter impérativement jusqu’au bout en poursuivant la lecture).
Une boîte à musique. Une petite mélodie provenant d’une boîte à musique se faisait entendre. Sonia oublia complètement ce qu’elle devait faire et leva la tête vers le Pont B, d’où provenait le son. Elle grimpa alors lentement la volée de marches centrale puis celle de gauche, comme hypnotisée, et se retrouva au Pont B, tout illuminé. Là, elle partit derrière les ascenseurs, s’avança dans l’une des coursives avant, et prit à droite via une coursive latérale. Après avoir à nouveau emprunté l’autre coursive longitudinale et une nouvelle coursive latérale, elle se retrouva devant la cabine B35. La petite musique se faisait toujours entendre. Elle ouvrit alors la porte et entra dans la cabine. Il y régnait une chaleur étouffante. Une magnifique robe était posée sur le lit. Et une boîte à musique se trouvait sur la coiffeuse faisant face à la porte. Le son avait pris fin. Et la jeune femme se retrouva brusquement tétanisée. Comme la température s’équilibrait entre la cabine surchauffée et le couloir froid, le miroir s’était couvert de buée et avait fait apparaître des lettres tracées dessus. « SONIA ». Son prénom. Elle hurla.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 08h35.

Guillaume ouvrit les yeux, étira ses bras, et bâilla. Il venait d’être réveillé par un bruit sonore émis dans les environs, mais qu’il ne parvenait pas à identifier. En se redressant, il constata qu’il se sentait un peu barbouillé et empâté, et il jugea qu’une séance matinale de sport au Gymnase lui serait grandement bénéfique pour se sentir un peu mieux après les excès culinaires dont il avait fait preuve la veille. Il se leva, trouva l’interrupteur avec bien moins de difficultés que Denis et Tiphaine (sa cabine était d’ailleurs identique à la leur, mais il s'était cogné quand même lourdement un orteil contre l’un des pieds de la table basse), alluma les lumières, et enfila ses vêtements après une rapide toilette à l’aide du meuble dédié à cet usage. Il sortit ensuite dans la coursive plongée dans l’obscurité et se dirigea vers le Grand Escalier tout aussi obscur. Il grimpa les marches rapidement jusqu’à se retrouver tout en haut, au Pont des Embarcations. Il se figea alors à quelques pas de l’entrée du Gymnase, via le vestibule tribord : on entendait des bruits mécaniques provenant de l’intérieur, comme si quelqu’un utilisait des appareils. Guillaume en fut surpris : était-ce Denis ? Il ne voyait pas qui d’autre pourrait faire du sport… Curieux, il poussa la porte et entra. Personne ne se trouvait dans le Gymnase. On n’entendait plus aucun bruit.
- Bah ?
Guillaume fut tellement surpris de ne trouver personne et de ne plus rien entendre qu’il ressortit de la salle en oubliant de faire sa séance de sport.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 08h15.

Tiphaine était restée plus d’une heure accoudée au bastingage ceinturant la Passerelle de Navigation et donnant sur la proue. L’air marin et le bruit des vagues avaient porté ses pensées vers des sujets lointains, mais celui de la provenance nébuleuse des sons émis par les transmetteurs d’ordres était revenu à plusieurs reprises. Ce fut finalement son estomac qui la tira de sa léthargie : elle commençait à avoir faim, et il était donc souhaitable qu’elle aille manger. L’air marin, ça creusait ! Denis avait sûrement préparé un petit quelque chose à manger… ou plus vraisemblablement une profusion de nourriture suffisante pour nourrir la population d’un pays du Tiers-Monde pendant une année. La jeune navigatrice trouva intéressante l’idée de remonter le pont-promenade du Pont B jusqu’au Grand Escalier, d’où elle descendrait jusqu’à la Salle à Manger du Pont D. Joignant le geste à la pensée, elle quitta le centre névralgique du navire et emprunta l’escalier situé en arrière de l’aileron de manœuvre bâbord du navire (juste en face de la cabine du Commandant-en-Second, à savoir Henry Wilde). Elle le descendit sur deux ponts, et se retrouva comme prévu sur le Pont B. C’est alors qu’elle pesta intérieurement : elle avait oublié que contrairement à son navire-jumeau, l’Olympic, le Titanic n’avait quasiment plus de pont-promenade au Pont B ! On avait augmenté la superficie des cabines de Première Classe au détriment de celui-ci… Il fallait donc que Tiphaine remonta d’un pont pour emprunter le pont-promenade du Pont A. C’était ce qu’elle allait faire quand elle entendit soudain quelque chose qui lui fit tourner la tête. De la cornemuse.
Accompagnement musical.
Que… Comment était-ce possible ? Elle distinguait vaguement les accords de la musique irlandaise qu’on entendait dans le film Titanic, lorsque Jack Dawson emmenait Rose DeWitt Bukater danser en Troisième Classe ! Tiphaine tendit l’oreille et se rapprocha du bastingage donnant sur la proue. D’ici, la musique semblait plus audible, comme si elle venait de devant. Avisant une ouverture dans le bastingage donnant sur un escalier, mais fermée par une grille métallique, elle s’en approcha avant de piler en lisant le panneau accompagnant la grille.
- « Notice : Passengers are not allowed forward of this. »
Elle resta immobile pendant à peu près deux secondes.
- Oh, crotte, les règlements sont faits pour être désobéis. Et de toute façon, je ne suis pas une passagère, mais une clandestine. Na !
Tiphaine enjamba alors adroitement la grille, puis descendit l’escalier. Elle se trouvait maintenant sur le pont de cale avant, au Pont C, entre la superstructure centrale (qu’elle venait de quitter) accueillant les divers salons du navire, et la proue. Deux énormes grues s’y trouvaient (pour charger la cargaison), ainsi que deux larges écoutilles donnant accès aux cales. La musique était encore plus audible ici : elle venait de devant, juste sous la proue. Curieuse et un brin enhardie, Tiphaine avisa deux doubles-portes situées juste en-dessous et un peu à gauche de l’escalier bâbord donnant accès à la proue. Elles donnaient accès aux escaliers menant à l’Espace Ouvert de Troisième Classe, juste en-dessous, au Pont D. Tiphaine avança de quelques pas et posa sa main sur l’une des poignées de porte : elle SAVAIT qu’il y avait des passagers là-dessous, c’était obligé ! Mais comme elle avait peur qu’ils s’arrêtent de jouer si elle entrait, elle hésita. Devait-elle patienter jusqu’à la fin de la musique, ou pousser ces portes avant qu’elle ne se termine ? Il fallait bien prendre une décision. Et elle finit par en prendre une.
Fin de l’accompagnement musical (possibilité selon votre choix d’écouter jusqu’au bout des 3 minutes et demies avant de continuer à lire, ou de couper directement l’écoute).
Tiphaine ouvrit les portes et descendit les escaliers. Elle se retrouva dans une vaste salle aux murs blancs et au sol couvert d’un revêtement rose (on appelait ça du litosilo). Le plafond laissait voir les poutres métalliques et les tuyaux. De nombreux bancs, tables, et chaises de bois sombre étaient disposés intelligemment. Les écoutilles, entourées de barrières de séparation, prenaient beaucoup de place au milieu. Mais la salle était vide. Et silencieuse. Pas un son de cornemuse ne se faisait encore entendre. Tiphaine sidérée, resta plantée là un moment, avant de remarquer des escaliers au fond de la salle qui descendaient au Pont E (plus précisément, mais elle l’ignorait, à l’extrémité avant de Scotland Road, où Sonia avait cru voir Nicolas) : les passagers avaient dû y descendre ?  Elle marcha alors vers ces escaliers dans le but d’y descendre… avant de se raviser. Et si elle se perdait en descendant ? Elle ne connaissait pas les plans : mieux valait ne pas tenter le Diable... Se faisant violence, Tiphaine fit demi-tour et remonta au pont de cale avant, puis à l’avant du pont-promenade du Pont B après avoir à nouveau enjambé la grille de séparation, puis grimpa les deux escaliers la menant à nouveau au Pont des Embarcations. Pendant tout ce temps, elle avait songé à la cornemuse qu’elle avait entendu… et à un autre instrument particulier qui devait se trouver à bord, bien qu’elle ne sache pas où. Arrivée au sommet de l’escalier, elle longea la rangée de canots avant bâbord, puis entra dans le Grand Escalier.

En se retrouvant à nouveau en Première Classe, Tiphaine aperçut Guillaume à côté du Gymnase, apparemment perdu.
- Guillaume ?
Le jeune homme leva les yeux vers elle, apparemment plongé dans ses pensées, puis secoua la tête et s’approcha de son amie.
- Oh, Tiphaine. Tu étais allée te balader ?
- En quelque sorte… J’ai entendu…
Mais Tiphaine n’eut pas l’occasion de dire ce qu’elle avait entendu (c’était pourtant diablement intéressant), car tous eux entendirent un hurlement provenant d’en bas qui se répercuta contre les murs de chêne. Guillaume en fut presque apeuré.
- Ça vient d’en bas !
- Évidemment que ça vient d’en bas, Sherlock ! Descendons vite au lieu de dire des lieux communs, elle a peut-être besoin de nous !
Joignant le geste à la parole, les deux amis descendirent par tribord les escaliers à vive allure avant de s’arrêter au Pont B. Là, Tiphaine, qui avait une ouïe fine, devina la provenance approximative du hurlement, à savoir les cabines de Première Classe situées à l’avant. Elle s’y rendit avec Guillaume, et ce fut ce dernier qui localisa la porte de la cabine B35 laissée ouverte par Sonia. C’est là qu’ils la trouvèrent, agitée de tremblements, en train de regarde fixement le miroir de la coiffeuse faisant face à la porte. Guillaume posa sa main sur l’épaule de Sonia.
- Sonia ? Ça va ? C’est toi qui as crié ?
Tiphaine, elle, regardait attentivement Sonia et le miroir où se reflétait le visage de cette dernière.
- Sonia, qu’est-ce qu’il s’est passé ?
La voix aigüe, leur amie se contenta de pointer du doigt le miroir.
- Dans le miroir, je… j’ai vu… Il y avait…
Avec douceur, Tiphaine prit la main de Sonia.
- Voyons Sonia, on en a déjà parlé ! Tu es très jolie ! Les complexes, c’est dans ta tête !
Tiphaine croyait réconforter Sonia ainsi. Ce fut l’exacte opposée qui se produisit, car cette dernière éclata en sanglots contre l’épaule de Guillaume. Tiphaine, très gênée, ne comprenait absolument rien à la situation, et les propos incohérents de la jeune femme éplorée n’aidaient pas à mieux comprendre ce qu’il se passait.
- Miroir… avec la buée… Et puis… boîte à musique… Et voilà !
Guillaume, dont le T-shirt commençait à se transformer en éponge sous l’effet des larmes de Sonia, lança un regard d’au secours à Tiphaine, qui se tourna alors vers la coiffeuse. Avisant la boîte à musique, elle la rangea dans l’un des tiroirs du meuble, puis attrapa une serviette en coton posée à proximité pour masquer le miroir.
- Voilà, Sonia. La boîte et le miroir sont hors de vue. Est-ce que ça va aller ?
Curieusement, ces actions semblaient avoir apaisé Sonia. Séchant ses larmes, elle acquiesça pendant que le regard de Tiphaine s’attardait brièvement sur le T-shirt mouillé (et par conséquent passablement transparent) de Guillaume. Tous trois décidèrent alors de sortir de cette cabine et de se rendre dans la Salle à Manger. Ils ne pensèrent pas à refermer la cabine.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 09h00.

Sonia, Tiphaine, et Guillaume descendirent jusqu’au Salon de Réception, où ils trouvèrent Nicolas, figé comme une statue près de l’entrée bâbord de la Salle à Manger. Guillaume dût agiter la main devant son nez pour qu’il émerge.
- Oh. Euh, salut, désolé, je réfléchissais. Qu’est-ce que vous faites ici ?
- Euh, ben, on allait manger.
- Ah bon ? Ah bah oui, c’est logique. Je… je crois que je vais vous accompagner. Je crois que j’ai faim. Enfin, oui, j’ai faim. Enfin, même si je n’ai pas faim, je pense que j’ai faim quand même.
Guillaume échangea un regard avec Tiphaine, sourcil froncé.
- Je vous accompagne. Dis-donc, Guillaume, tu as un très joli transpar… T-shirt !
Tiphaine se retint de pouffer de rire, tandis que le rose montait aux joues des deux garçons. Cela eut au moins pour avantage de mettre du baume au cœur de Sonia. Ils entrèrent tous les quatre dans la Salle à Manger, et se dirigèrent vers la table du commandant. Denis y étalait continuellement moult victuailles, tandis qu’Aurélie buvait sa énième tasse de thé et qu’Elodie semblait consommer son repas de condamnée à mort. Ils s’assirent en saluant leurs amis, et le chef-cuisinier lâcha son plateau de vols-aux-vents  en rendant son salut à Sonia.
- Mais, Sonia ?! Tu as pleuré ?!
- Oh… Euh… Oui, je me suis cognée.
Tiphaine échangea un regard avec Guillaume, sourcil froncé.
- Tu t’es fait si mal ? Comment tu as fait ton coup ?
- Ben, euh… J’avais des cheveux dans les yeux.
Aurélie offrit alors une diversion inattendue.
- Ah, en parlant de cheveux ! Euh, il faudrait qu’Antoine vienne manger. Hors de question qu’il gaspille son précieux temps sur le Titanic à ronfler !
Elodie se leva.
- Je vais aller le chercher, ça me dégourdira les jambes.
- Oh, tu es sûre ? Tu ne veux pas que j’y aille ? Non, Denis, plus de thé, plus de t… erf, bon, je vais le boire… Encore. Pour la sixième fois.
La Belge s’était éloignée.

Antoine (qui n’avait pas retrouvé le sommeil depuis tout à l’heure), déjà très énervé par les cent-pas sonores effectués au-dessus de sa chambre, râla carrément quand on frappa à sa porte.
- C’est Elodie ! Aurélie veut…
- Casse-toi ! Je dors !
Loin de se « casser », Elodie ouvrit la porte avec une telle force qu’elle faillit l’arracher de ses gonds. Elle entra d’un pas impérial dans la chambre, et… attrapa Antoine avant de le jeter hors de son lit. Heureusement qu’il avait gardé son caleçon pour dormir.
- Aurélie a demandé à ce que tu descendes pour manger avec nous, alors tu enfiles tes frusques et tu viens bouffer ! Exécution !
Elodie ressortit aussitôt, et crut entendre à nouveau, au fond du couloir, le chant lugubre venant de la cabine C90.
- Bon, et toi, la chanteuse, ta gueule !
Le chant cessa aussitôt. Personne ne faisait chier Elodie la Belge.

(message suivant pour la suite du chapitre)


Dernière édition par Canard-jaune le Sam 7 Nov 2015 - 22:43, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mar 27 Oct 2015 - 3:03

(message précédent pour le début du chapitre)

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 13h00.

Tiphaine était affalée sur sa chaise, apparemment au bord de l’agonie digestive.
- C’est l’« effet Titanic » qui veut ça, ou alors on vient vraiment de passer quatre heures à se goinfrer ?...
Tout le monde autour de la table semblait au bord du coma ou de la mort. Si l’on avait qualifié le menu de la veille de pantagruélique, comment pouvait-on qualifier celui d’aujourd’hui ? L’équivalent de dix repas entiers (ainsi qu’un très copieux petit-déjeuner) avait été placé sur la table… et allégrement dévoré. Ainsi, Tiphaine, jamais avare de bons mots, employa le néologisme « denisalorique » (fusion entre « Denis » et « calorique »). Nicolas, qui avait fait des études de Lettres, approuva avec ferveur.
- Oui Tiphaine ! Ça sonne super bien, c’est musical à l’oreille !
Tiphaine sembla se souvenir de quelque chose.
- Musical… Oui, les instruments de musique ! Nicolas, je voulais te demander. Les pianos étaient fixes, évidemment, mais où étaient entreposés les instruments de l’orchestre ? Ils étaient stockés à proximité ?
- Oh, non Tiphaine. La cabine des membres de l’orchestre était située à l’arrière du Pont E, au milieu des cabines de Deuxième Classe, et une pièce attenante permettait d’y stocker leurs instruments.
- Oh, génial ! Tu sais comment on y accède ?
- Euh… Oui, évidemment. Comme les portes étanches sont ouvertes, il suffit que tu remontes vers l’arrière la coursive tribord du Pont E. Elle était alternativement de Première ou de Deuxième Classe. La famille Spedden, Francis Millet, Laura Francatelli… et l’incoulable Molly Brown s’y trouvaient ! Quand tu seras arrivée à une porte, ouvre-la, puis quand tu seras tout au bout – il y a une porte qui ferme une lingerie – tu auras juste à reculer de quelques pas et ouvrir la porte juste à gauche.
- Ah, génial Nicolas ! Merci !
- De rien ! Mais… pourquoi tu veux savoir ça ?
- Oh, comme ça.
Guillaume regarda Tiphaine d’un air soupçonneux. Dans son langage, ça voulait dire « Ne te mêle pas de ça. »… Antoine recula légèrement sa chaise, ce qui provoqua l’inquiétude d’Aurélie et de Denis.
- Ça ne va pas, Antoine ?
- Oh, si, si ! C’est juste que mon ventre est un peu coincé contre la table… Là, voilà, ça va mieux.
En effet, pour une fois, Antoine avait fait honneur au repas : des spaghettis bolognaise avaient été servis ! Il y avait également eu du flétan, du homard, du faux-filet de bœuf, des cuisses de mouton, de la gelée de groseilles (à laquelle personne n’avait touché), du riz et du chou blanc, des pommes de terre diversement assorties, de la salade (pour ne citer que ça)… sans oublier d’excellents gâteaux au caramel, de l’ananas royal, des friandises, et des crèmes glacées à la française. Tout le monde s’était donc régalé grâce aux bons soins de Denis (qui, lui, n’avait presque rien mangé encore une fois). Nicolas, toutefois, restait facétieux malgré son ventre plein.
- C’est le menu du 12 avril, ça, Denis ! Où sont donc les filets de canard ?
Denis lui lança un regard sombre, et le Techie-en-chef, apeuré, baissa les yeux en cessant de rire. Guillaume, lui venait de terminer sa deuxième coupe de crème glacée… et avait lâché par inadvertance sa petite cuillère en argent (répandant de la crème glacée sur le sol de linoléum au passage). Comme il désirait en prendre une troisième (sous l’œil amusé de Tiphaine), il la ramassa (la cuillère, pas Tiphaine), mais comme elle avait été salie (toujours la cuillère, pas Tiphaine), il se leva et s’éloigna de quelques rangs afin d’en prendre une autre sur une table située dans l’alcôve bâbord avant. Toutefois, il remarqua un détail curieux : des gouttelettes d’eau perlaient sur la cuillère, comme si elle venait de sortir de la plonge. Mais, non, ça ne s’arrêtait pas là : les verres et les assiettes étaient à moitié remplis d’eau, la nappe était humide, et une flaque s’étendait sous la table. Le juriste leva les yeux vers le plafond… et étouffa une exclamation. Une énorme tâche marron s’étendait sur le plafond blanc délicatement sculpté, et de nombreuses gouttes d’eau tombaient de cet endroit. Alors qu’il regardait ce spectacle désolant, le lustre situé à l’extrémité de la tâche s’éteignit soudain dans une gerbe d’étincelle, et un petit bout de plafond gorgé d’eau se détacha et tomba à côté de la table. Le bruit n’était pas passé inaperçu auprès des Titanicophiles, qui s’étaient tous levés. Tiphaine arriva en premier.
- Mais… Mais ?! Guillaume, qu’est-ce que tu as fait ?!
- Oh, oh, on se calme, la Gestapo ?! J’ai rien fait, c’était comme ça quand je suis arrivé !
Nicolas, inquiet, contempla le carnage qui s’étendait de minute en minute.
- Je crois qu’au-dessus, c’est la salle de bains entre ma cabine et celle d’Elodie… Elodie, tu as pris un bain ?
- Moi ? Non !
Sonia poussa alors un cri de souris, et tout le monde se tourna vers elle.
- Je… J’avais complètement oublié… J’ai cassé les quatre robinets en voulant prendre un bain en me réveillant, et je venais vous prévenir, justement, quand j’ai entendu…
Livide, Nicolas ne la laissa pas terminer ses explications et se rua vers l’entrée tribord de la Salle à Manger.
- Dépêchez-vous, vite !
Tout le monde courut à sa suite (sauf Antoine et Aurélie qui retournèrent s’asseoir), Sonia en dernière position. Juste après être rentrée dans le Salon de Réception, elle heurta un palmier en pot – le même que les deux jours précédents – et le redressa après avoir soupiré d’agacement. Comme elle s’était laissée distancer, elle accéléra et grimpa le Grand Escalier par bâbord à la suite de ses amis, avant de tous les retrouver dans la cabine C68, occupée par Elodie. La moquette y était gorgée d’eau et le bas des boiseries attaqué par l’humidité. Nicolas était rentré en catastrophe dans la salle de bains et avait coupé l’alimentation d’eau au moyen d’une valve cachée. Une fois que l’inondation fut stoppée, tout le monde le rejoignit dedans. Le Techie-en-chef fulminait.
- Sonia, au nom du ciel, qu’est-ce qui t’as pris ?! Comment peut-on casser les quatre robinets accidentellement ?! Et comment peut-on oublier d’avertir quelqu’un de la situation ?! Tu écoutes quand je te parle ?! Deux des robinets distribuaient de l’eau salée : tu as vu les dégâts dans la cabine voisine et la Salle à Manger en-dessous ?!  On dirait que tu as hérité de la poisse de Vincent !! Tu as vu ce que tu as fait ?! Il va falloir réparer les dégâts tu sais ?! C’est la propriété de la White Star Line !!
Sonia avait craqué et s’était remise à pleurer. Denis, bienveillant, la prit dans ses bras pour qu’elle se calme, mais il fut beaucoup moins bienveillant envers Nicolas.
- La ferme !!!!
Et il claqua du pied sur le carrelage pour appuyer son autorité. Bien mal lui en prit, car après un craquement sonore, le sol s’inclina brusquement. Nicolas, horrifié, fit reculer tout le monde dans le désordre vers le couloir puis la cabine.
- La structure a été fragilisée, retournez en arrière, retournez en arrière, vite !!

Antoine et Aurélie étaient toujours attablés. La demoiselle buvait ce qui devait être son trentième thé de la journée, tandis que le jeune homme grignotait un biscuit (ça ne valait pas un Pépito, mais bon). Ils avaient décidé de ne pas monter avec les autres car ils se sentaient un peu lourds après leur copieux repas. Tout était donc fort tranquille jusqu’à ce que tous les lustres situés du côté bâbord de la Salle à Manger s’éteignent dans une gerbe d’étincelles. Aurélie posa sa tasse de thé en haussant un sourcil.
- Mais, que se passe-t-il ?
L’instant d’après, des dizaines de morceaux de plafond se décrochèrent là où s’infiltrait l’eau de l’inondation et s’écrasèrent sur les chaises et les tables, cassant plusieurs pièces de vaisselle au passage.
- Que font donc nos amis ? Voilà qui est curieux.
- Crois-tu qu’on devrait aller voir ce qu’il se passe ?
- Non, non, je suis sûr que nos compagnons seront très vite de retour parmi nous.
Il y eut alors un fort grincement sonore. Médusés, les deux amoureux virent alors plusieurs planches de teck pourries et des plaques de métal fortement corrodées dégringoler du trou formé dans le plafond. Puis, des débris de carrelage se répandirent comme une pluie sur ce qui se trouvait en-dessous ; avant que finalement, une massive baignoire en émail ne traverse le trou et pulvérise plusieurs tables avec leur contenu dessus en s’y écrasant violemment. Le fracas causé par l’effondrement de la salle de bains dans la Salle à Manger se répercuta dans tout le navire. Aurélie et Antoine avaient des yeux ronds comme des soucoupes, ce qui aurait été comique en d’autres circonstances. Pourtant, la situation abracadabrantesque n’était pas terminée : deux jambes (apparemment celles de Nicolas) glissèrent soudainement à travers le trou après qu’on ait entendu un cri. L’instant d’après, Nicolas ne parvint pas à s’accrocher au rebord du trou et tomba (au complet) dans la baignoire remplie d’eau en aspergeant tout ce qui se trouvait à côté des lieux du sinistre. Sa tête, ruisselante, émergea alors et il cracha un filet d’eau avant de tousser bruyamment.
Aurélie reprit sa tasse.
- … Quelle animation, n’est-ce pas ?
Antoine reprit son biscuit.
- … Tout à fait, on ne s’ennuie pas ici.
Le reste des Titanicophiles arriva en catastrophe dans la Salle à Manger.
- Ah, tu vois, je t’avais dit qu’ils seraient vite de retour.
Tiphaine et Guillaume aidèrent le pauvre Nicolas à s’extraire de la baignoire, Denis le recouvrit d’une épaisse serviette, Sonia le frictionna énergiquement avec, tandis qu’Elodie regardait le carnage d’un air blasé. Le Techie-en-chef, déboussolé, regardait alternativement Sonia et Denis : il semblait se demander qui il devait assassiner en premier. Il opta finalement pour un compromis.
- Nous sommes d’accord : PLUS PERSONNE NE TAPE DU PIED OU N’APPROCHE D’UNE BAIGNOIRE SANS MON AUTORISATION EXPRESSE ! C’est clair ?!!
Personne ne broncha.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 14h30.

Les Titanicophiles avaient évacué la Salle à Manger après avoir mis en chambre-froide les nombreuses victuailles qui n’avaient pas été consommées, puis fait la vaisselle. Tout ceci avait donc pris un certain temps… De plus, il avait fallu éponger (littéralement) les dégâts au Pont C et au Pont D, et l’évaporation rapide de l’eau avait un peu aidé en cela. En revanche, il leur était impossible de réparer les lourds dommages occasionnés dans la salle de bains et la Salle à Manger… Ils s’étaient ensuite retrouvés dans le Salon de Réception, où ils s’étaient assis à côté du piano. Tout le monde s’était calmé, et Nicolas, toujours enveloppé dans sa serviette, avait un air grave au visage.
- Écoutez. Il faut que nous soyons prudents, attentifs, et calmes. Je ne veux plus RIEN voir de cassé à bord de ce navire, vous entendez ? Que se passerait-il si, un matin en nous réveillant, des passagers et des membres d’équipage étaient là et découvraient tout ce qu’on a détruit en seulement deux jours ? Nous ne savons toujours pas ce que nous faisons ici ni où nous allons, alors faisons attention, d’accord ?
Tout le monde exprima son accord de manière solennelle. Il ajouta un complément.
- Bon, au moins, après un tel désastre, je sais que vous ne pourrez pas faire pire… à part couler le navire, je suppose. Donc évitez ça !  
Il se leva.
- Bon, je vais aller ranger cette serviette, vu que j’ai maintenant séché… J’en profiterai pour allumer au Pont C. Ensuite, je redescends, et… Ben, je sais pas, vous voulez que je vous fasse visiter les installations de Troisième Classe ?
L’assemblée au complet, notamment Tiphaine, marqua son approbation.
- Bon, ok. Restez sages, je reviens.
Nicolas se leva et grimpa le Grand Escalier par tribord. Arrivé au Pont C, il préféra retourner à sa cabine avant d’allumer les lumières du Grand Escalier et de la coursive. Arrivé à l’intérieur de celle-ci, il posa la serviette sur le meuble de toilette, et soupira légèrement. Vivre sur un transatlantique du XXème siècle avec leurs mentalités et comportements du XXIème siècle était moins aisé que prévu… Pour se consoler un peu, il regarda d’un air presque gourmand sa jolie cabine, heureusement épargnée par l’inondation. Les murs étaient recouverts d’une tapisserie rouge foncée avec d’élégants lambris de chêne s’étendant sur ses deux-tiers inférieurs, la moquette également rouge était somptueuse, une moulure octogonale entourait le lustre au centre du plafond (elle-même entourée de moulures carrées et rectangulaires)… L’ameublement se composait de deux magnifiques lits en laiton, un canapé, une table ronde, un petit bureau, une coiffeuse, un meuble de toilette à simple vasque, trois chaises (la tenue de Jack Thayer était posée sur celle placée en face du bureau), et un chauffage. La cabine était donc fort luxueuse, et Nicolas avait été fort satisfait de son choix. C’était en tout cas ce qu’il pensait lorsqu’il referma la porte et revint dans le couloir obscur. Là, il revint au Grand Escalier, poussa la boiserie dissimulant le disjoncteur, et s’apprêtait à enclencher à nouveau la lumière (il était temps) quand son regard accrocha les arches du Bureau des Renseignements, situé à tribord. Celles-ci étaient verrouillées par un volet roulant (c’était le cas quand le Bureau était fermé), mais le Techie-en-chef venait de s’apercevoir que de la lumière filtrait par les quelques millimètres de vide entre le volet le plateau de marbre à hauteur de passager s’étendant sous les arches. Délaissant le disjoncteur, auquel il n’avait pas touché, il s’approcha des arches, puis vira à gauche pour  pencher sa tête par-dessus la rambarde.

Les Titanicophiles étaient restés sagement assis sur leurs sièges. Antoine n’avait d’ailleurs pas osé toucher à nouveau au piano de peur que Nicolas le décapite si il l’abîmait… Il y eut quelques sursauts lorsqu’on entendit Nicolas crier.
- Eh, les gars ! Quelqu’un est allé chez le Commissaire de Bord ?
Tout le monde se regarda, interloqué. Sonia, qui allait beaucoup mieux, parla pour tout le monde.
- Non, pourquoi ?
- Car c’est éclairé alors que je n’y ai pas allumé les lumières hier ! Venez voir !
Appâtés par ce nouveau mystère, les Titanicophiles se levèrent et grimpèrent au Pont C par la volée de marches tribord. Tous se retrouvèrent devant la porte du Bureau du Commissaire de Bord, attenant au Bureau des Renseignements auquel il donnait accès. Nicolas les y attendaient. Quand tout le monde fut là, le Techie-en-chef ouvrit la porte, donnant sur un bureau aux boiseries peintes en blanc et au sol couvert d’un linoléum à motifs rouges et blancs. Il y avait à l’intérieur trois bureaux avec trois sièges, ainsi qu’un chauffage et un meuble faisant office de coffre-fort. Les lampes étaient éteintes. Il entra dans le Bureau du Commissaire de Bord, puis poussa la porte du Bureau des Renseignements. Comme l’avait supputé Nicolas, ses lampes étaient allumées. Le sol était identique à la pièce voisine, mais les boiseries ici étaient les mêmes que celles du Grand Escalier. Il y avait également divers bureaux, sièges, meubles de rangement… et ?!... Tout le monde cessa la description mentale des lieux en les apercevant. Un tas de colis Colissimo très récents, posés sur le bureau situé à côté d’une grande armoire. Nicolas s’approcha d’eux, sourcils froncés.
- Alors ça, c’est anachronique…
Les autres approchèrent et prirent chacun un colis (il y en avait une dizaine). Certains étaient plutôt grands, d’autres avaient une forme cylindrique, d’autres encore avaient la taille d’une simple enveloppe. Aucune adresse ni date n’était inscrite dessus. Denis regardait le paquet cylindrique qu’il avait pris.
- Je suppose qu’on doit les ouvrir ? Il y aura peut-être dedans une raison de notre présence à bord ?
Comme Nicolas ne répondait pas, apparemment troublé, Sonia prit les choses en main et acquiesça en regardant Denis. Ils commencèrent alors joyeusement à déballer leurs colis (sauf Nicolas) comme si on était le matin de Noël et qu’il s’agissait de présents. Tiphaine fut la première à déballer son gros colis : il s’agissait d’un sac à dos de couleur kaki. Immédiatement, Sonia cria en le voyant.
- C’est le sac de Vincent ! Il l’avait avec lui quand on est allés à l’Exposition Titanic de Bruxelles !
Cette révélation fut accueillie avec un sentiment étrange. Comment le sac de Vincent s’était-il retrouvé ici ? Antoine ne paraissait pas convaincu.
- Tu es sûre, Sonia ?
- Tu me prends pour une conne, ou quoi ? Si je te dis que c’est le sac de Vincent, c’est que c’est le sac de Vincent !
- Mais, c’est pas normal !
- Et tu trouves normal qu’on se soit baladés au fond de l’océan avant de nous la jouer « Thriller » dans un Titanic qui s’est réparé tout seul ?
Il y eut un blanc. Tiphaine en profita pour regarder dans le sac… et elle trouva dedans un livre. Intriguée, elle le sortit et le contempla. Sur la couverture pourpre, une illustration montrait un homme aux yeux rougis assis sur un lit défait et serrant contre lui un gros nounours beige à nœud-papillon. Au-dessus de l’illustration se trouvait un titre inscrit en lettres dorées : « Le Chat en Peluche ». En-dessous, des caractères plus petits indiquaient « Tome 1 ». Tout en bas, un nom indiquait que l’auteure s’appelait Marie Chessire.
- Vous connaissez ?
- Non.
- Non, pas du tout.
- Du tout !
- Essaye de regarder à l’intérieur ?
Tiphaine s’exécuta. Un indice sur la page de garde capta son attention : le copyright, daté de… 2021. Plus troublant encore, une signature était inscrite sous le titre.
- Jer… Jer Tollien ?
Antoine regarda par-dessus son épaule.
- J.R.R. Tolkien ?! Hein ?! Mais comment un livre sorti en 2021 peut être signé par Tolkien ?!
Guillaume regarda la page de garde à son tour.
- Ça ressemble à un autographe, ce n’est pas lui l’auteur…
Antoine n’en démordait pas.
- Je sais bien que Tolkien s’appelait pas Marie, mais comment pourrait-il dédicacer un livre – qui n’est pas le sien – 50 ans après sa mort ?! C’est absurde !
Tiphaine, fort interrogative, rangea le livre dans le sac et le passa à son épaule. Elodie s’en étonna.
- Pourquoi tu prends le sac de Vincent ?
- Parce que.
Sur cette réponse vachement explicative, Aurélie ouvrit à son tour son petit colis rectangulaire. Il contenait un livre lui aussi, mais plutôt ancien. Couverture grise, titre noir en caractères gothiques (« Never Again »), image d’illustration représentant en noir et blanc le camp d’extermination d’Auschwitz… La date de publication indiquait 1947, et l’auteur s’appelait Stanley Applewhite.
- Euh… Je crois que je préfère le livre de Tiphaine…
Cela n’empêcha tout de même pas la juriste de le feuilleter rapidement.
- Alors apparemment, ce cher Stanley a voyagé sur le Titanic ! Bizarre, je n’en ai jamais entendu parler… C’était un gros antisémite et il a d’ailleurs insulté Henry Frauenthal, qui était juif, avant de se faire rappeler à l’ordre par un autre passager qui se faisait appeler « Docteur ». Trente ans plus tard, il a été envoyé par le Président Truman à Auschwitz, juste après la capitulation allemande… C’était pour confirmer officiellement les rumeurs quant à la Shoah… Applewhite en a été tellement retourné qu’il a complètement changé d’avis sur les Juifs et qu’il a créé une fondation pour honorer leur mémoire et lutter contre l’antisémitisme…
Il y eut un nouveau blanc. Aurélie posa le livre sur un des bureaux, tandis que Guillaume ouvrait un colis en forme d’enveloppe très fine. Il en tira deux morceaux de papier qui semblaient avoir été découpés dans des journaux.
- Ah bah c’est joyeux… Des faits divers. Une fleuriste poignardée à mort à Nantes alors qu’elle retirait un billet de 10€ d’un distributeur… Et un adolescent tué aussi d’un coup de couteau à Lille car il avait posé sa tête contre l’épaule de son petit ami…
Aurélie parla d’une voix blanche.
- On connait les noms ? Pour Nantes, vu qu’on…
- Seulement les prénoms. Nantes, c’est Flore, et y a pas la date. Pour Lille, c’est Lucas,  et la date était… ah… sera le 18 avril 2015…
Denis n’avait toujours pas dit un mot, mais cette dernière information le poussa à s’interroger.
- Vous croyez qu’on est coincés dans un truc entre passé et futur ?
Personne ne fut capable de répondre. Antoine, curieux, déballa alors le lourd colis qu’il avait récupéré. Il en tira des centaines de tracts politiques sur lesquels apparaissait… Vincent ?! Avec quelques années en plus… et un regard flippant.
- Qu’est-ce que c’est que ces slogans ?! « Mieux valait Marine que Vincent ! », « Assassin, Corrompu, Dictateur ; qui nous débarrassera de lui ?! », « Pourri par le fric, pourri par le pouvoir ; à nous de le pourrir par la mort ! »… MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE TRUC DE MALADE ?!
Tiphaine intervint.
- Ça exclut une prédiction de l’avenir. Je vois mal Vincent devenir dictateur s’il est mort. Et là, on n’est plus au stade des anachronismes, mais de l’anticipation. Une anticipation qui fait pas super envie, d’ailleurs.
Ambiance de mort à nouveau. Sonia ouvrit alors son petit colis. Elle en sortit une sorte de pochette en cuir noir, qui contenait deux seringues remplies d’un liquide rouge.
- Qu’est-ce que c’est que ça ?... Ah, il y a une étiquette à l’intérieur… « Propriété du Dr. Kasparoff, Clinique Ambroise Paré de Lille. » Mouais, ça nous aide pas. Il y a quoi dans ces seringues ?
Denis regardait les seringues d’un air extrêmement soupçonneux.
- Je ne sais pas, mais je crois qu’on ne devrait pas chercher à savoir.
- Pourquoi ?
- J’en sais rien, mais j’ai l’intuition que connaître la réponse pourrait ne pas du tout te plaire.
- Comme tu veux.
Sonia haussa les épaules et posa la pochette sur le bureau. C’était au tour d’Elodie d’ouvrir son colis en forme d’enveloppe, et elle semblait appréhender l’instant. Finalement, elle déchira l’emballage et en sortit… une simple photographie. Qui, fort heureusement, était plutôt joyeuse : on y voyait le selfie d’une fille et deux garçons serrés les uns contre les autres et le visage souriant au cours d’un événement festif se déroulant dans une rue. La fille, de taille moyenne et de silhouette fine et à la peau claire, avait des yeux bleus et de longs cheveux ondulés châtains foncés : elle portait un débardeur gris, une jupe noire, et des bottines noires, ainsi qu’un pendentif argenté orné d’une gemme de lapis-lazuli. Le premier garçon, de même taille et silhouette mais plus pâle, avait aussi des yeux bleus et des cheveux châtains foncés dont une touffe à l’avant formait une mèche à la Tintin : il portait un T-shirt blanc, une veste légère bleue, un jean gris, et des Bensimon rouges, ainsi qu’une gourmette en argent à son poignet. L’autre garçon, plus petit mais paraissant un peu plus costaud et avec une peau plus hâlée, avait des yeux verts et les cheveux bruns courts et en bataille : il portait un T-shirt blanc, une veste en jean, un foulard parme, un jean bleu ciel, une ceinture de cuir noire à boucle argentée, et des Converse roses. En retournant la photographie, Elodie put lire quelques mots inscrits au crayon de bois : « Clarisse, Théo, et Medhi. Lille, le 7 juin 2014. ». Comme elle ne connaissait pas ces gens, elle montra le cliché à tout le monde.
- Vous savez qui c’est ? Des amis de Vincent ?
Personne ne semblait les connaître, ni les avoir déjà vus. Pas Denis, en tout cas.
- Vincent poste… postait… beaucoup de choses sur Facebook, et il y avait souvent des réactions, mais je ne crois pas avoir déjà vu ces prénoms ou ces visages dans les commentaires qu’il recevait. Pourtant, à force, j’ai mémorisé les noms et visages de ses principaux contacts…
Antoine avait un avis plus tranché sur la question.
- C’est nul Facebook, il faut en partir.
Tiphaine leva les yeux au ciel.
- C’est pas le moment, Antoine !... Nicolas, allez, ouvre-en un.
Nicolas, rendu nerveux par tant d’anachronismes, ferma les yeux en ouvrant son paquet de taille moyenne. Il y trouva plusieurs paquets de cartes de visites blanches où de nombreuses informations étaient écrites en bleu foncé.
- « Laboratoire de recherches sur les énergies alternatives, Genève.
Professeur Klaus Schmerz, Docteur en Physique Nucléaire, Enseignant-Chercheur à l’Université Louis-et-Maximilien de Münich & de Genève, Docteur Honoris Causa de l’Université Libre de Berlin, Scientifique habilité auprès du CERN.
Professeur Delia Medlidan, Docteur en Physique Nucléaire, Enseignant-Chercheur à l’Université d’Oslo & de Genève, Scientifique habilitée auprès du CERN, Conseillère en Énergie auprès du Gouvernement du Danemark. »
… Merde, c’est qui ces gens ?
Personne ne connaissait la réponse. Il ne restait que Denis avec un paquet (de forme cylindrique)  intact dans les mains. Il l’ouvrit finalement, et il en sortit une sorte de toile roulée. Une fois dépliée, il y eut des exclamations de ravissement : il s’agissait d’une peinture représentant la Cathédrale de La Plata, en Argentine. Tiphaine était particulièrement émerveillée.
- C’est magnifique ! Voilà qui plairait à Emeline !
Denis trouvait le tableau joli, mais semblait moins sensible à l’art. Il regarda la signature apposée au bas de l’œuvre.
- Laelynn Esperar, Janvier 2024. Je suppose que personne ne connait ?
Dénégation générale. Nicolas résuma la situation.
- Tout ceci est un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme…
Antoine compléta avec malice.
- Tu pourrais préciser que c’est de Churchill, petit coquin !
Il avait attrapé un nouveau paquet un peu curieux : il s’agissait en fait d’un paquet cylindrique et d’un paquet rectangulaire scotchés ensemble. Il arracha donc l’emballage… et tomba sur deux objets encore plus déconcertants que tous ceux qu’ils avaient déjà découverts dans cette pièce. Une boîte de Pringles (goût nature), et une boîte de Pépitos. Un post-it, dissimulé sous l’emballage et qu’Antoine n’avait pas vu tout de suite, indiquait dans une écriture brouillonne et désordonnée…
- « Au cas où »… C’est pas l’écriture de Vincent ?
Denis regarda le post-it, mais ne put donner un avis définitif.
- C’est très mal écrit… donc c’est peut-être lui. Décidément, je n’y comprends rien…
Sonia, elle, ne participait pas à la réflexion portant sur la graphologie de Vincent et s’était mise à quatre pattes par terre pour une raison obscure. Elle tendit soudain le bras sous l’un des bureaux.
- Eh, regardez ça ! Vous en aviez oublié un ! Heureusement qu’il y a quelqu’un de malin, ici !
Elle se releva en tenant un paquet cylindrique, et elle l’ouvrit donc. Ce qui en sortit laissa tout le monde estomaqué. Il s’agissait d’un bâton d’argent plaqué or surmonté d’un pommeau constitué d’une boule d’or pur incrustée de sept pierres précieuses de forme identique mais de couleur différente (blanche, bleue, jaune, orange, rouge, verte, violette). Tiphaine poussa un cri.
- Le bâton de Magdalena !
Denis sentit brusquement qu’il avait compris quelque chose.
- Ce ne sont pas des morceaux du passé ou du futur ! Ce sont des éléments venant des histoires créées par Vincent ! Ce truc en or vient de Réminiscence ! Et le reste vient d’autres nouvelles !
Aurélie haussa un sourcil.
- C’est quoi Réminiscence ? C’est qui Magdalena ?
Elodie lui répondit vertement… avant de sauter sur Sonia.
- Tu n’avais qu’à lire son histoi… NON SONIA TOUCHE PAS À ÇA !  TU VAS TOUT FAIRE EXPLOSER !!
Sonia, apeurée, lâcha le paquet et le bâton doré qu’elle avait presque totalement déballé.
- Si quelqu’un autre que Magdalena utilise ce truc, ça créé une explosion !
Antoine paraissait excédé, et il se pencha pour ramasser le bâton doré.
- Ça suffit, vos âneries, oui ?! On est pas dans une des histoires débiles de Vincent, mais dans la VRAIE VIE ! On ne va pas exploser car je tiens ce truc, regardez !
Il posa ses mains en plein sur le manche du bâton, qu’il pointa vers le haut. Immédiatement, une intense boule de feu en jaillit et frappa violemment le plafond dans une détonation sonore. L’onde de choc pulvérisa les lustres (ce qui fit disparaitre l’éclairage de la pièce) et ouvrit un trou béant dans le sol du petit pont-promenade du Pont B situé juste au-dessus. Des débris de planches de teck et de plaques métalliques dégringolèrent sur eux, ainsi qu’une des lourdes poutres peintes en blanc, sans oublier une pluie de rivets. Puis, plus rien. Tiphaine, qui s’était jetée à terre comme presque tout le monde, se redressa.
- Tout le monde va bien ?
Diverses réponses positives lui parvinrent de ses compagnons qui se relevaient à son tour. Antoine, qui venait allégrement de détrôner Sonia dans le palmarès des Titanicophiles ayant le plus attenté à l’intégrité du paquebot, tenait toujours le bâton et tremblait comme une feuille.
- Oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain…
Nicolas, fulminant, lui arracha le bâton doré et le jeta à terre (le bâton, pas Antoine).
- MAIS ON PEUT SAVOIR CE QUI TOURNE PAS ROND CHEZ VOUS ?! J’AVAIS DIT PLUS DE DESTRUCTION, BORDEL !! ARRÊTEZ DE DÉMOLIR MON BATEAU, MERDE !!!!
Il respira profondément, et se calme (légèrement).
- Tout le monde dehors avant que quelqu’un n’explose encore un truc, ou bien que je tue quelqu’un. Vous avez quartier-libre, et je ne veux plus vous voir avant ce soir !
Tout le monde sortit sans demander son reste. Nicolas, avant de faire de même, regarda la pièce qui semblait avoir subi les ravages d’une bombe : la grande armoire, qui abritait en réalité le coffre-fort principal, avait été éventrée et laissait échapper des kilos entiers de bijoux et de diamants par terre. Furieux, Nicolas sortit en claquant la porte, puis abandonna sans regret ses amis en empruntant la coursive tribord qui menait au Grand Escalier Arrière.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 16h30.

Après que le groupe se soit séparé (par exemple, Antoine étaient parti lire au calme (pour ne pas dire s’isoler) dans le Salon de Lecture et de Correspondance du Pont A), Tiphaine était descendue au Pont E et était passée de la Première Classe à la Deuxième Classe. Elle avait ainsi trouvé la porte de l’endroit où étaient hébergés les membres de l’orchestre. Réfléchissant encore quelques minutes avant d’accomplir son dessein, elle poussa finalement la porte… et se retrouva dans un minuscule corridor. Une porte se trouvait devant elle, et une se trouvait à droite. Elle essaya celle devant, et se retrouva dans une petite cabine où se trouvaient (entre autres) six lits (et six uniformes posés dessus…) mais où il n’y avait aucun instrument. Trouvant qu’il y régnait une chaleur étouffante, elle ouvrit le hublot afin d’apporter un peu d’air frais. Elle retourna ensuite dans le petit corridor et ouvrit l’autre porte, qui donnait accès à un petit local où se trouvaient plusieurs étuis à instruments de musique. Elle avait trouvé ! Alors, avec un infini respect, elle ramassa un étui à violon. Dessus se trouvait une étiquette « Wallace H. Hartley »… Tiphaine sortit du local dont elle referma la porte, puis revint dans la cabine. Elle posa l’étui sur la table rectangulaire entourée de deux bancs, au milieu de la pièce, puis l’ouvrit. Elle en sortit alors un très beau violon, et des étoiles semblèrent miroiter dans les yeux de la demoiselle au sang celtique. Elle avait toujours rêvé de jouer du violon, mais… des circonstances avaient empêché qu’elle réalise son rêve. C’est pour ça qu’elle avait tenu à venir admirer ce magnifique instrument de musique, qui avait accompagné les dernières heures du violoniste qui avait continué à jouer jusqu’à sa mort afin de rassurer les passagers et membres d’équipage. Lightoller avait même dit qu’il n’était pas fan de musique, mais que cette nuit-là, celle-ci avait bien aidé… Voilà, Tiphaine avait vu le violon. Elle le rangea donc cérémonieusement dans son étui… Mais une autre idée venait de jaillir dans son esprit alors qu’elle avait admiré l’instrument de musique… Alors, avec des gestes hésitants, elle ressortit le violon et son archet de l’étui, puis se plaça en position pour jouer. Elle avait l’étrange impression de ne plus contrôler ses gestes. Que lui arrivait-il ? Elle ne savait même pas comment on jouait…
Accompagnement musical.
Elle savait jouer. Cela ne se pouvait, mais pourtant cela était. Voilà que Tiphaine, qui n’avait jamais pris un seul cours de violon, était en train d’exécuter avec maestria The Rains of Castamere, l’une des compositions musicales les plus emblématiques de l’histoire des séries télévisées, plus précisément ici Games of Thrones. Une composition musicale qui avait, au passage, durablement choqué toute une génération de téléspectateurs qui n’avaient pas été prévenus avant d’assister à la fin de l’épisode 9 de la saison 3 de la série… Elle ne connaissait fichtrement pas les notes de cette musique, mais ça ne semblait pas la déranger. Avait-elle un don ? Elle ne savait pas. Tiphaine ferma les yeux et continua à laisser ses doigts courir sur les cordes du violon, alors que la composition devenait plus vive et plus passionnée. Bientôt, la violoniste amateure en perdit la notion du temps, tant elle se confondait avec ‘’son’’ instrument…
Fin de l’accompagnement musical (possibilité selon votre choix d’écouter jusqu’au bout des 2 minutes et demies avant de continuer à lire, ou de couper directement l’écoute).
Tiphaine ouvrit brusquement les yeux. Combien de temps avait-elle joué ?! Elle l’ignorait, mais en tout cas, on pouvait dire qu’elle avait profité de ce moment musical… Un courant d’air créé par le hublot toujours ouvert (il faisait maintenant assez froid) fit soudain claquer la porte de la cabine, et Tiphaine, surprise, lâcha le violon qui vola en éclats lorsqu’il toucha le sol.
- Oh putain, mais quelle conne !
Elle s’agenouilla pour regarder le désastre, mais le mal était fait : d’un des plus célèbres instruments de musique au monde, il ne restait qu’un tas de fins éclats de bois et un enchevêtrement de cordes. Si Sonia et Antoine méritaient bien leur place de plus grands destructeurs matériels du navire, voilà qu’elle-même entrait en première place du palmarès des destructeurs de patrimoine historique du navire… Comble de l’ironie pour une médiatrice culturelle de centre d’interprétation du patrimoine (non, on ne disait pas musée)… Rendue très mal à l’aise par sa gaffe, Tiphaine préféra quitter les lieux sans attendre après avoir regardé tristement les restes du violon. Il n’aurait plus manqué que Nicolas passe par là par hasard et voit ça : elle n’avait pas envie qu’il la défenestre par le hublot…

Pendant ce temps, Denis était redescendu au Pont D, mais – une fois n’est pas coutume – il n’avait pas eu envie de retourner tout de suite dans les cuisines. Il s’était donc baladé, tout seul, dans les coursives de Première Classe se trouvant à l’avant du Salon de Réception. Alors qu’il passait à côté d’un escalier menant au Pont E, il crut entendre un son très déconcertant. Le bruit de quelque chose rebondissant contre un mur après un choc sourd. C’est-à-dire le type de bruit typique d’un match de… squash… Le chef-cuisinier tendit l’oreille, et eut confirmation de ce qu’il pensait : oui, c’était bien ça ! Peut-être étaient-ce Karl Howell Behr et Richard Norris Williams en train de disputer une partie endiablée ! Oubliant complètement qu’il n’y avait pas de passagers sur ce Titanic ressuscité, Denis descendit l’escalier quatre-à-quatre et se retrouva au Pont E, face à un nouvel escalier. Il le descendit également, et se retrouva alors au Pont F, face à une porte qui menait, il le savait, à la salle de tri postal. Mais Denis n’avait aucune envie de trier du courrier, et il partit donc derrière l’escalier, où une coursive étroite permettait l’accès à la tribune dont l’ouverture grillagée donnait sur le Court de Squash. Le son du match était ici extrêmement fort : on entendait même les exclamations des sportifs ! Denis se posta alors à la tribune… et terriblement déçu, ne vit personne. On n’entendait plus rien. Presque rendu en colère par la situation, il descendit alors l’escalier au bout de la coursive, poussa une porte, et se retrouva dans le Court de Squash proprement dit. Il parla alors tout seul, comme si il espérait que les murs allaient l’écouter. Et répondre.
- Je suis déçu. Très déçu ! Je m’attendais à voir mes chers Karl ou Richard, moi ! Ce n’est vraiment pas drôle de faire des blagues pareilles !
Fort heureusement, les murs ne répondirent pas. Ses paroles étaient pour le moins incongrues. Mais la situation ne l’était-elle pas tout autant ? Le passionné de squash ne voulut pas rester ici et décida de remonter.

Denis n’avait pas été le seul à se dégourdir les jambes. Guillaume avait grimpé au Pont A puis était sorti sur le pont-promenade tribord pour respirer un peu. Il avait dans l’idée d’aller fumer un peu au Fumoir afin de se changer les idées, les émotions récentes ayant été un peu trop fortes. Parvenu au niveau du Grand Escalier Arrière, il y rentra et allait ouvrir la porte du Fumoir quand il vit Nicolas sortir d’une alcôve située du côté bâbord. Il tenait deux carnets.
- Nicolas ? Qu’est-ce que tu fais ?
- Euh… Je… Je suis allé chercher le carnet de notes de Thomas Andrews… Tu comprends, c’est un témoignage précieux et une pièce archéologique inestimable, et…
- Je ne comprends pas trop pourquoi tu te justifies. C’est une bonne idée que tu as là.
- Ah. Merci ! J’ai aussi pris un carnet vierge, pour noter des machins ou faire des croquis, vu que je ne peux plus utiliser mon appareil-photos.
- C’est bien pensé. Tu m’accompagnes au Fumoir ? Il y aura sûrement des trucs à dessiner.
- Ouais, je vais faire ça. Merci de l’invitation !
Le Techie-en-chef rejoignit le juriste, et ils entrèrent en même temps dans le Fumoir… avant de s’arrêter net et de froncer les sourcils.
- Pouah ! Mais… Qu’est-ce qui s’est passé ici ?! Je suis fumeur, mais j’ai jamais senti une telle odeur de tabac froid !
Nicolas, lui, n’avait rien pu articuler car il avait été pris d’une violente quinte de toux. Les deux amis ressortirent donc immédiatement après être entrés. Guillaume, tapotant le dos de Nicolas, ne comprenait pas.
- Je ne comprends pas. Je suis le seul à fumer sur ce bateau. Qui est donc venu pour fumer ici… et surtout, fumer autant ?! Ça pue tellement la clope que même moi, je ne peux pas respirer à l’intérieur !

Pendant que Guillaume formulait des suppositions et que Nicolas constatait amèrement que plus personne ne pourrait entrer dans le Fumoir avant un bon moment, Aurélie et Elodie avaient grimpé d’un niveau dans l’idée de se rendre au Café Parisien afin de discuter tranquillement de ce qu’il venait de se produire. Mais dès qu’elles avaient débouché sur le Pont B, depuis la volée de marches bâbord venant du Pont C, elles avaient commencé leur (longue) discussion sans sièges confortables ni pâtisseries délicieuses. Alors qu’elles abordaient le sujet épineux de la signification des choses trouvées dans le Bureau des Renseignements, Elodie leva soudainement la main pour faire taire Aurélie.
- Eh, Elodie ! Je sais que tu n’es pas d’accord avec le fait que je défende Antoine, mais quand même, il n’a pas fait exprès de faire sauter le bureau!
- Je m’en fiche de ça, écoute !
Toutes deux tendirent l’oreille, et au bout de quelques secondes, elles perçurent une dispute qui semblait provenir de l’avant du pont où elles se trouvaient.
- C’est bizarre. Tu crois que Nicolas engueule quelqu’un ?
- Non, il est parti dans l’autre sens… Allons voir.
Elles entrèrent alors dans la coursive bâbord et commencèrent à la remonter. Au fur et à mesure de leur avancée, elles percevaient mieux les éclats de voix : un couple semblait se disputer pour une banale histoire de jalousie. Elodie ne put s’empêcher de commenter malicieusement ce qu’elles entendaient.
- Au moins, on est sûres que ce n’est pas Nicolas ! Je le vois mal rouspéter l’une d’entre nous car on aguiche des garçons…
- Guillaume, peut-être ?
- Avec Tiphaine ? Oui, mais non, vu que Tiphaine est descendue pour… je ne sais même pas pourquoi elle est descendue, en fait.
- Ah, mais je sais ! C’est sûrement Aurélie et Antoine !
Aurélie s’arrêta net et lança un profond regard de commisération à son amie belge.
- Elodie, si je suis ici en train de te parler, comment pourrais-je être là-bas en train de me disputer ?
- Ah. Oui. Fort juste… Je crois qu’on doit tourner là, ça a l’air d’être cette cabine.
Elles s’engagèrent dans une petite coursive latérale terminée par une fenêtre, et s’arrêtèrent devant la cabine B20, dont la porte était entrouverte. À présent, elles entendaient tout de la dispute.
- C’est pas la cabine d’Albert et Véra Dick ? Ceux qui se disputaient tout le temps ?
- … Si…
Interloquée, Elodie regarda Aurélie, puis, prise d’une pulsion de courage, elle poussa la porte. La cabine qui se trouvait derrière était vide, et plus aucun écho d’une quelconque dispute n’était audible…

Un pont plus bas, Sonia, qui était restée toute seule dans le noir (et dans le froid qui recommençait à se faire sentir auprès d’elle), avait elle aussi entendu quelque chose. Les pleurs d’un bébé. Fronçant les sourcils, elle alla derrière les ascenseurs, puis s’engagea dans la coursive bâbord, elle aussi plongée dans le noir. Les pleurs du bébé avaient redoublé d’intensité. Après avoir atteint la troisième coursive latérale, elle remarqua un peu de lumière. En se tournant vers l’origine de celle-ci, elle put voir qu’elle venait des deux portes (entrouvertes) de gauche auxquelles donnait accès la petite coursive, qui se terminait par un hublot dispensant une faible lumière naturelle alors que le jour déclinait. Alors que Sonia approchait des portes, marquées C22 et C24, les pleurs de bébés cessèrent pour laisser place à des rires de petite fille. Troublée, Sonia ouvrit en grand la première porte, mais bien évidemment, il n’y avait personne dedans. Elle referma alors la porte, puis alla voir la deuxième, d’où semblait provenir le rire qui se faisait toujours entendre. Il cessa lorsqu’elle ouvrit, et elle constata que la cabine était aussi vide que la précédente, à moins que la jolie poupée de porcelaine posée sur un des lits ne compte pour un occupant… Sonia, qui recommençait à avoir assez froid, fit demi-tour et revint lentement vers le Grand Escalier. Elle hésitait à parler de ce qu’elle avait vécu le matin-même, puis à nouveau en cette fin d’après-midi : elle avait peur qu’on la prenne pour une folle.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 19h30.

Les Titanicophiles s’étaient retrouvés dans le Grand Salon, bien au chaud. La dispersion du groupe avait permis de calmer les esprits, et tout le monde était d’humeur cordiale même si Nicolas regardait parfois Sonia et Antoine un peu trop fixement pour que ce soit naturel. Denis avait ressorti le service de porcelaine VIP, le chocolat chaud, et les petits éclairs. Les conversations, aidées par la bonne chère, étaient donc joyeuses et animées. Après quelques heures, un sujet peu joyeux finit pourtant par venir sur le tapis, porté par Denis.
- Donc, si on résume… Nous dispersons les cendres de Vincent. Juste après, nous faisons naufrage, et nous retrouvons au fond d’un océan sans eau, puis sur le Titanic qui s’est reconstitué sous nos yeux. Personne ne se trouve à bord à part nous, mais le navire fonctionne pleinement et avance vers une destination inconnue après que l’eau soit revenue durant notre sommeil. Si l’on excepte le fait que nous sommes tous incroyablement maladroits, il ne s’était rien passé d’extraordinaire à bord jusqu’à ce que nous tombions sur tous ces colis postaux modernes contenant des éléments ‘’échappés’’ des histoires de Vincent. Or, je pense que l’on peut dire que nous ne sommes pas dans une histoire, mais dans la vraie vie, n’est-ce pas ?
Tout le monde acquiesça.
- Mais alors, pourquoi tout ça ? Pourquoi sommes-nous ici ? Que devons-nous faire ?
Tiphaine fournit alors la réponse la plus adaptée à la question.
- Nous n’en savons rien, hélas…
Sonia, bien proche de la cheminée, lorgna vers les horloges encadrant le grand meuble-bibliothèque au fond de la salle puis bâilla.
- Dîtes, les copains, on n’irait pas se coucher ?
Denis fut d’accord.
- C’est une bonne idée. On a tous besoin de bien dormir après cette journée riche en émotions. Si personne n’a rien à ajouter sur un truc étrange ou notable à signaler, je propose qu’on se lève et qu’on regagne nos pénates.
De raconter ce qu’ils avaient vu (ou entendu) de bizarre, tous en brûlaient, à commencer par Denis. Mais personne n’osait le faire, par peur d’attirer des moqueries. Tout le monde garda donc le silence. Le chef-cuisinier claqua alors dans ses mains.
- Très bien, les jeunes : au lit !
Les jeunes se levèrent de leurs sièges docilement.

Jeudi 11 décembre 2014, RMS Titanic, 23h00.

Les Titanicophiles pénétraient dans la coursive donnant accès à leurs cabines respectives du Pont C. Nicolas s’attarda quelques secondes dans le hall du Grand Escalier, contemplant le disjoncteur dissimulé derrière une boiserie.
- Finalement, je n’ai même pas eu l’occasion de rallumer les lumières ici depuis ce matin… Bon, bah, ce sera pour demain.
Et lui aussi se dirigea vers sa cabine après cet aparté.

Les Titanicophiles s’installèrent tous confortablement dans leurs lits et ne tardèrent pas à trouver le sommeil, notamment Sonia qui s’endormit comme une bûche dès qu’elle ferma les yeux. Seul Antoine mit un peu plus de temps que les autres. Il allait enfin s’endormir quand il entendit quelque chose qui lui fit rouvrir les yeux. Pas le bruit de pas sur le plancher de la promenade privée au-dessus, heureusement (il aurait pété un câble, sinon), mais… des bruits de piano et de conversations semblant venir d’en-dessous, du Salon de Réception. Agacé, Antoine quitta son lit sans réveiller la douce Aurélie qui dormait comme une princesse, et quitta sa chambre en caleçon. Là, il se dirigea vers le Grand Escalier, croyant que plusieurs Titanicophiles avaient fait le mur pour poursuivre la soirée dans le Salon de Réception. On entendait beaucoup plus distinctement les discussions et les accords de piano. Après avoir descendu quelques marches, Antoine eut une vision globale du Salon de Réception… désert. Il n’entendait plus rien.
- Bah, j’ai dû rêver.
Antoine, qui était très fort pour ne pas vouloir reconnaître ce que ses sens avaient pourtant très bien capté, retourna vers la coursive en frissonnant : il ne faisait vraiment pas chaud. De retour devant sa chambre, il ne lui fallut que quelques secondes pour refermer la porte et se glisser à nouveau dans les draps. Il s’endormit presque aussitôt, comme tous ses voisins.

Mais, encore une fois, tout le monde ne dormait pas à bord du Titanic. Dans la coursive, la silhouette maigre et sombre, dont la tête était légèrement penchée vers le sol, était remontée depuis le Grand Escalier Arrière. Elle s’arrêta devant la porte de la cabine C104, occupée par Denis. Elle pivota pour faire face à la porte, et leva la tête en ricanant légèrement. Ses yeux rouges luirent dans l’obscurité. Sa main, dotée de doigts ressemblant à des griffes, se posa sur la poignée de la porte qu’elle ouvrit alors avant de rentrer dans la cabine.


Dernière édition par Canard-jaune le Lun 9 Nov 2015 - 17:42, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mar 27 Oct 2015 - 13:29

Vincent... Ton histoire est de plus en plus géniale, drôle (La scène où Aurélie et Antoine papotent tranquillement alors que tout s'écroule autour d'eux m'a fait éclater de rire, surtout avec le très posé "Quelle animation n'est-ce pas? mort )

canard-jaune a écrit:
- Aurélie a demandé à ce que tu descendes pour manger avec nous, alors tu enfiles tes frusques et tu viens bouffer ! Exécution !
Elodie ressortit aussitôt, et crut entendre à nouveau, au fond du couloir, le chant lugubre venant de la cabine C90.
- Bon, et toi, la chanteuse, ta gueule !
Le chant cessa aussitôt. Personne ne faisait chier Elodie la Belge.
rire mort mort . J'imagine tellement bien cette scène!

La scène finale est méga flippante! Je remarque que cette fois, on le sait que la créature est rentrée dans la chambre de Denis! Oh là là Vincent, la suite, la suite!!!!  Tu la postes ce soir bien sûr hein! content rire (Genre, tu n'as pas de vie en dehors de ça!) On te met la pression, mais c'est parce que c'est trop bien! En tout cas, je suis ravie d'avoir mouillé le T-Shirt de Guillaume pour le plaisir de Tiphaine noel rire

Antoine, je crois qu'on va former le club des gros relous! mort , Nicolas est méchant avec nous en plus! Heureusement que Denis est là clin
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mar 27 Oct 2015 - 18:18


canard-jaune a écrit:
- Aurélie a demandé à ce que tu descendes pour manger avec nous, alors tu enfiles tes frusques et tu viens bouffer ! Exécution !
Elodie ressortit aussitôt, et crut entendre à nouveau, au fond du couloir, le chant lugubre venant de la cabine C90.
- Bon, et toi, la chanteuse, ta gueule !
Le chant cessa aussitôt. Personne ne faisait chier Elodie la Belge.

Oh mon Dieu , j'ai tellement ri ( je ne m'attendais pas à ça) , il faut que tu arrêtes d'entrer dans ma tête Vincent !

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Les rais de lune baisent la mer,
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MessageSujet: Re: [Nouvelle d'Halloween] Les Limbes de Kali   Mar 27 Oct 2015 - 23:05

Canard-jaune a écrit:
Tiphaine arriva en premier.
- Mais… Mais ?! Guillaume, qu’est-ce que tu as fait ?!
- Oh, oh, on se calme, la Gestapo ?! J’ai rien fait, c’était comme ça quand je suis arrivé !

Je suis vraiment une chieuse en fait. rire

Canard-jaune a écrit:

Le Techie-en-chef fulminait.
- Sonia, au nom du ciel, qu’est-ce qui t’as pris ?! Comment peut-on casser les quatre robinets accidentellement ?! Et comment peut-on oublier d’avertir quelqu’un de la situation ?! Tu écoutes quand je te parle ?! Deux des robinets distribuaient de l’eau salée : tu as vu les dégâts dans la cabine voisine et la Salle à Manger en-dessous ?!  On dirait que tu as hérité de la poisse de Vincent !! Tu as vu ce que tu as fait ?! Il va falloir réparer les dégâts tu sais ?! C’est la propriété de la White Star Line !!

Ici j'ai envie de citer la phrase préférée d'une amie : "Oh, tu te calmes !" (à prononcer d'un air entendu en insistant sur le "calmes").


Canard-jaune a écrit:
- Bon, au moins, après un tel désastre, je sais que vous ne pourrez pas faire pire… à part couler le navire, je suppose. Donc évitez ça !

Oh, ça va venir...

Canard-jaune a écrit:
Tout le monde cessa la description mentale des lieux en les apercevant. Un tas de colis Colissimo très récents, posés sur le bureau situé à côté d’une grande armoire. Nicolas s’approcha d’eux, sourcils froncés.
- Alors ça, c’est anachronique…

Alors ça, j'ai adoré. En plus c'est vrai que ça fait un peu Noël.


Canard-jaune a écrit:
Antoine avait un avis plus tranché sur la question.
- C’est nul Facebook, il faut en partir.

rire

Canard-jaune a écrit:
Il arracha donc l’emballage… et tomba sur deux objets encore plus déconcertants que tous ceux qu’ils avaient déjà découverts dans cette pièce. Une boîte de Pringles (goût nature), et une boîte de Pépitos. Un post-it, dissimulé sous l’emballage et qu’Antoine n’avait pas vu tout de suite, indiquait dans une écriture brouillonne et désordonnée…
- « Au cas où »… C’est pas l’écriture de Vincent ?

rire rire

Canard-jaune a écrit:
- MAIS ON PEUT SAVOIR CE QUI TOURNE PAS ROND CHEZ VOUS ?! J’AVAIS DIT PLUS DE DESTRUCTION, BORDEL !! ARRÊTEZ DE DÉMOLIR MON BATEAU, MERDE !!!!

Je prend note du "mon bateau".


Canard-jaune a écrit:
Voilà que Tiphaine, qui n’avait jamais pris un seul cours de violon, était en train d’exécuter avec maestria The Rains of Castamere

Je te remercie de m'avoir offert la possibilité de jouer enfin (et en bien) du violon ! rire Après tout, si Antoine peut jouer du piano comme Mozart, il n'y a pas de raison que je m'amuse pas un peu à mon tour. J'approuve d'ailleurs le choix de la musique, mais j'espère que ça n'annonce pas une suite aussi sinistre que dans la série.


Canard-jaune a écrit:
tout le monde était d’humeur cordiale même si Nicolas regardait parfois Sonia et Antoine un peu trop fixement pour que ce soit naturel.

C'est ce genre de petits détails subtils glissés dans le texte qui me font le plus rire ! rire

Canard-jaune a écrit:
Si personne n’a rien à ajouter sur un truc étrange ou notable à signaler, je propose qu’on se lève et qu’on regagne nos pénates.
De raconter ce qu’ils avaient vu (ou entendu) de bizarre, tous en brûlaient, à commencer par Denis. Mais personne n’osait le faire, par peur d’attirer des moqueries. Tout le monde garda donc le silence.

Holala, la bande de glands ! rire On devrait se faire un peu plus confiance.
En tout cas j'ai adoré les passages où les uns et autres entendent les fantômes du Titanic. Après un truc pareil je n'oserais plus me promener seule dans les coursives perso... Tiens, je m'étonne de ne pas encore être allée fouiner dans les cabines des officiers.
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