[Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Manny le Mer 6 Nov 2013 - 19:46

Bravo Vincent et merci de nous faire partager ton récit fort captivant, bourré d'humour, d'émotion et d'un certain grain de folie ! livre 
Une suite ne serait pas de refus !

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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Colargol le Mer 6 Nov 2013 - 21:15

Je crois que le forum est unanime: il faut une suite... fete 

Promis je dirais rien cette fois rire 
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Historiapassionata le Jeu 7 Nov 2013 - 16:16

Une suite!!!!!!!

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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Boudi le Jeu 7 Nov 2013 - 20:11

C'est super à lire!

Vincent, une suite, ou je te transforme en nugget! rire
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Guillaume70 le Dim 8 Déc 2013 - 21:01

Bon, je l'ai lu avec pas mal de retard (désolé), mais ça m'a bien fait marrer quand même ! rire  Même si tu es odieux avec moi ! Je faisais ça pour qu'on puisse rester en vie quoi ! enervé 

Tiphaine a écrit:Bon, je passerais sur quelques incohérences, comme Antoine qui fait du vélo
Ahah ! J'ai pensé la même chose. fgio 

LittleTony87 a écrit:J'approuve les propos de Tiphaine : il nous faut un épisode sur ce qui est arrivé à Guillaume au bois de Boulogne. Obligé. fete
Moui bon, c'est pas necessaire non plus fgio 

Mais sinon j'approuve la suite ! J'aimerais aussi savoir ce qui s'est passé pour l'autre groupe !
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Canard-jaune le Ven 18 Juil 2014 - 14:06

Coming soon...


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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Joris le Ven 18 Juil 2014 - 16:00

Ah la suite tant attendue arrive bientôt  fete 

Joris

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Le Titanic coulait il y a cent cinq ans le 15 avril 1912. Une catastrophe maritime que rien
ne laissait prévoir et qui coûta la vie à plus de 1500 personnes.
Une pensée pour toutes les victimes de cet événement tragique qui a eu lieu il y a un siècle
et n'oublions jamais... coeur

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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Denis le Ven 18 Juil 2014 - 17:58

Hé bien, l'image quasi apocalyptique n'augure rien de bon pour les protagonistes de l'histoire.

Denis.
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Tiphaine le Sam 19 Juil 2014 - 0:56

YES !  fete 
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Historiapassionata le Mer 23 Juil 2014 - 21:34

Enfin! J'attendais que ça

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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 1:55

Si ce message est rouge, la publication n'est pas encore achevée. Si ce message est vert, la publication a été totalement accomplie : vous pouvez commencer à lire!

Troisième et VRAIMENT Dernière Partie.
Enfin. Après près d'un an-et-demi d'attente (et de procrastination de ma part), voici la suite que vous attendiez tant... et qui va revêtir un caractère inattendu. En effet, le Chapitre 3 devait faire une vingtaine de pages... je me retrouve au final avec près de 60 pages, 31.000 mots, 183.000 caractères (dont 30.000 espaces), 930 paragraphes, 2400 lignes. Pour résumer, ça explose vos capacités de lecture, et la limite maximale de contenu des messages du forum. Ce Chapitre sera donc divisé en 5 parties, chacune publiée dans un message différent. Je poste tout d'un coup, histoire de vous éviter d'attendre encore plus : veuillez-donc m'excuser pour le sextuple-post, mais c'est un cas de force majeure! Vous n'êtes, bien entendu, pas obligés de tout ingurgiter d'un seul coup.




Toutefois, je suis craintif. J'ai vraiment trop tardé à poster ce dernier chapitre (oui, là, c'est vraiment le dernier, vous pourrez pas dire que vous avez pas assez à lire et que je n'ai pas répondu à vos questions!) et je suis parti trèèès trèèès loin. En clair, ce chapitre mélange presque tous les genres. On pourrait le décrire comme un récit dystopique empreint de science fiction mêlant des notions historiques, des événements romantiques, de la teneur dramatique, une bonne dose d'action et de suspens, pas mal d'humour, du récit de guerre, une dimension religio-mystico-ésotérique, des éléments de géopolitique, et surtout une bonne dose de folie totale. En fait, j'ai presque l'impression d'avoir écrit n'importe quoi. J'ai donc peur que ça ne vous plaise pas... Mais au moins, j'ai enfin posté ce chapitre "promis" depuis si longtemps.

Vous remarquerez au passage que j'ai allégrement plagié que je me suis légèrement inspiré de dialogues/scènes du film Titanic et V Pour Vendetta... Désolé, leur force et leur beauté était trop puissante pour que je m'en passe! Mais c'est évidemment occasionnel, bien sûr. Je précise aussi que la façon dont apparaissent certains traits liés à la religion n'ont pas pour objectif de choquer ou blesser qui que ce soit : il s'agit simplement d'une interprétation personnelle de la chose, ancrée dans un récit fictif. Tout simplement.

Bonne lecture à vous, chers amis.
Ah, au fait. Il y a de nouveaux membres du forum, dans l'histoire... et aussi des anciens dont on a trop peu parlé!...


Sommaire :
- Le Président Gérard
- La Bataille de Paris
- Deus Ex-Machina
- Le Duel des Titans
- Aller-Simple vers le Complexe




Dernière édition par Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 9:28, édité 5 fois
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 2:04

(merci de lire l'avant-propos dans le message juste au-dessus!)
Partie 1/5 : Le Président Gérard

Une brume épaisse entourait la Tour Eiffel en cette matinée du 18 juillet 2014. La Dame de Fer avait souffert, mais malgré la destruction de plusieurs de ses poutres métalliques suite à des tirs de roquettes, elle tenait toujours debout.
La Ville-Lumière ne brillait plus, les boulevards haussmanniens étaient jonchés de débris et d’ordures, le métro était inondé, les parcs et jardins dénués de verdure, et un silence de mort régnait dans les quartiers d’affaires et magasins de luxe. Mais tout n’était pas mort. Et c’était dans la Tour Eiffel, plus précisément  dans le luxueux restaurant Jules Verne situé au deuxième étage de l’édifice, que s’était établie dès 8 heures une réunion, présidée par…
- Monsieur Piouffre, nous sommes prêts à commencer.



Gérard Piouffre, le visage creusé, était assis dans un petit fauteuil pourpre au bout d’une longue table rectangulaire, autour de laquelle étaient disposées plusieurs chaises tendues de tissu beige. Mais il souriait aux convives, bien que le terme « convive » aurait été plus adapté si ils s’étaient apprêtés à déjeuner ; or, ce n’était pas le cas. Gérard Piouffre était le Président de l’Alliance Parisienne, le groupement qui avait tenté de redresser Paris après la catastrophe survenue un an auparavant : et, si l’on pouvait se satisfaire du travail accompli, il restait encore beaucoup à faire. Leur mission était de garantir la survie de la population… et de la culture. Un lustre grésilla et s’alluma, apportant un peu de lumière bienvenue dans ces ténèbres.
- Ministre de la Sécurité Mickael, j’écoute votre rapport.
- Les rapports de force ont évolué depuis hier, Gérard. Nous contrôlons toujours toute la Rive Gauche, et elle est solidement défendue. Nous tenons toujours également le Musée du Louvres et Notre-Dame, ainsi que le Sacré-Cœur. En revanche, je suis navré de vous annoncer que nous avons perdu le Centre Pompidou au profit des Loups Blancs, cette mouvance néo-nazie qui contrôle l’Est de la Rive Droite. Mes hommes ont rapporté qu’ils avaient tout brûlé là-bas. Ils ont aussi fait tomber la Résistance Communiste située Place du Colonel Fabien, et tout incendié là-bas aussi. On ne rapporte pas de survivants, malheureusement. Ils se sont aussi attaqués à Montmartre et plus précisément au Sacré-Cœur, mais rien de grave, Joris nous en dira plus. Je crains, hélas, que nous ne perdions à présent l’Hôtel de Ville, et que nous devions défendre chèrement Notre-Dame, car ils ne s’arrêteront pas là, maintenant que notre défense a été éprouvée…
- Merci, Mickael. Je voudrais que les garnisons soient doublées d’ici midi dans le secteur allant de la Bibliothèque Nationale jusqu’à Notre-Dame, c’est possible ?
- Aucun souci. Dois-je sonner la retraite, pour les garnisons de l’Hôtel de Ville ?
- Oui, inutile de sacrifier des vies pour un bâtiment désormais indéfendable. Ah, et, surveillez bien les Gares Montparnasse et d’Austerlitz. Nous savons à présent qu’ils utilisent le métro, je ne sais comment malgré l’inondation, et je ne veux pas devoir faire face au souci qu’a connu notre voisin d’en face quand ces nazillons ont débarqué à Saint-Lazare et failli gagner la bataille qui s’en est suivie.
- Très bien, je vais tout de suite donner les ordres. Oh, à propos !  J’ai envoyé notre émissaire, Olivier, à un refuge un peu au Sud-Ouest dont j’ai entendu parler hier : ses habitants voudront peut-être se joindre à nous. Il devrait être de retour en fin de matinée, je pense.
Mickael se leva, embrassa sa femme Elodie et son fils le petit Clément, puis sortit. Tous trois formaient la famille la plus heureuse de ce qui restait de l’agglomération parisienne, et par ces temps obscurs, on ne pouvait que s’en réjouir.

Il s’en était fallu de peu, l’an passé, pour que ladite famille ne se forme jamais. Certes, lorsqu’ils étaient arrivés à l’hôpital Vaugirard, Elisabeth avait repris conscience, Elodie avait surmonté sa crise d’angoisse sans avoir de conséquences sur le bébé qu’elle portait, l’autre Elodie avait galamment récupéré une paire de lunettes à sa vue (un charmant jeune homme lui avait donné ses propres lunettes), et le saignement de nez de Joris s’était coagulé. Ils s’apprêtaient à revenir à l’exposition lorsque des hommes cagoulés avaient fait irruption dans le hall de l’hôpital, et tenté de mener une prise d’otages… sauf qu’ils avaient eu la bonne idée de tirer un peu partout pour montrer qu’ils ne plaisantaient pas… et que les balles avaient touché des bonbonnes d’oxygène, déclenchant un incendie. Les pompiers, déjà sur place, avaient alors évacué tout le monde vers le Parc George Brassens. La situation revenait à peu près à la normale lorsque les centrales nucléaires avaient explosé : la République Française avait alors été renversée par un coup d’état, les forces de l’ordre s’étaient désintégrées, et la violence ainsi que le pillage s’étaient installés dans la capitale comme dans tout le pays. C’est dans ces moments dramatiques que s’élèvent des leaders : Washington lors de la Révolution Américaine, De Gaulle lors de la Seconde Guerre Mondiale… et il y avait eu Gérard Piouffre. L’auteur avait su agir avec ordre, précision, et diplomatie, dépassant les timides efforts de l’administration française moribonde. Les alliances s’étaient mises en place, les rapports de force s’étaient établis, et Gérard et ses compagnons Titanicophiles, suivis par une poignée de Parisiens, avaient sécurisé le Champ de Mars et la Tour Eiffel. Ils avaient mis en place une ébauche d’administration et de défense locale qui avaient bien fonctionné, leur permettant, jours après jours, semaines après semaines, mois après mois, de prendre le contrôle de toute la Rive Gauche, puis de « sauver » d’autres hauts-lieux parisiens, notamment le Musée du Louvre, qui était passé très près de l’anéantissement total. Gérard, qui buvait une tasse de café que venait de lui apporter sa femme Véronique, était plutôt content de lui. Mais il ne devait pas se reposer sur ses lauriers.
- Ministre des Affaires Extérieures Elodie, j’écoute votre rapport… que le petit Clément est en train de mâchonner, d’ailleurs.
- Oh, euh, désolé, Pilou fait ses dents. Ne-mange-pas-mon-rapport-toi ! Hum, donc, il me parait nécessaire de clarifier qui contrôle quoi dans la capitale, vu les récents changements territoriaux qui se sont opérés. Nous contrôlons la Rive Gauche, le Louvres,  Notre-Dame, et le Sacré-Cœur. Les Loups Blancs ont l’Est de la Rive Droite qui s’étend de la Cité des Sciences et de l’Industrie jusqu’au Bois de Vincennes, en comptant les Gares du Nord et Est, la Bastille, et la Gare de Lyon. Ils ont capturé le Centre Pompidou, détiendront bientôt l’Hôtel de Ville, et ont pris le territoire que détenaient les Communistes, à savoir la Place du Colonel Fabien. Mes ambassadeurs n’ont plus aucun contact avec eux, on peut donc penser qu’aucun n’a survécu. Néanmoins, étant donné leur rôle passé dans la défense du Sacré-Cœur – Joris y reviendra – je pense qu’on peut leur accorder l’asile si des survivants de leurs troupes se présentent à nos avant-postes.
- Accordé. Qu’en est-il des autres factions ?
- Les Loups Blancs sont toujours aussi cinglés, j’ai entendu parler d’épuration ethnique à Bercy, et ça ne m’étonnerait pas que ce soit vrai. Je me refuse toujours autant à envoyer mes ambassadeurs auprès d’eux.
- Et tu as raison. On a peu d’ambassadeurs, inutile de les gaspiller. Je me refuse à discuter avec des gens pareils. De toute façon, nous sommes en conflit ouvert…
- Les anarchistes et antifascistes continuent de progresser dans l’acquisition de nouveaux territoires. Ils ont établi leur centre de commandement à la Défense après avoir jeté dehors les ex-banquiers et autres hommes d’affaires qui étaient restés là : ceux-ci ont quitté la région. Le territoire contrôlé par les anarchistes et antifascistes va de l’Arche de la Défense jusqu’aux Champs-Élysées, Arc de Triomphe compris ; et ils ont failli capturer le Palais de l’Élysée hier. Ils se sont beaucoup étendus vers l’extérieur, et ils contrôlent à présent Boulogne-Billancourt, Puteaux, Courbevoie, Neuilly, Levallois-Perret, et Clichy : les mercenaires mis en place dans ces villes par leurs anciens riches habitants ont tous été mis en déroute. Depuis peu, les anarchistes et antifascistes contrôlent toute la partie Ouest de la Rive Droite, à savoir du Palais des Congrès au Trocadéro : ils sont donc directement à nos frontières, mais notre position commune vis-à-vis de l’État les poussent à rester neutres auprès de nous : ils ne nous attaqueront pas, d’autant plus que nous sommes en guerre contre leurs ennemis suprêmes, à savoir les Loups Blancs.
- Effectivement. Même si nous voulions les attaquer, ce serait totalement idiot : cela reviendrait à faire comme Hitler en 41 quand il a attaqué les Russes, le poussant à se battre sur deux fronts.
- Je confirme, ce serait totalement idiot, et tout mon travail sur le terrain serait fichu. Rappelons que s’ils s’étendent sur Issy-les-Moulineaux et Malakoff, ils nous prendraient en tenaille. Je sais que nous tenons à l’Arc de Triomphe, mais il n’est pas en grand danger, et…
- … et il se serait bien trop difficilement sécurisable. Laissons-le hors de nos plans pour le moment. J’ai entendu dire qu’ils s’étaient alliés ?
- On peut dire ça comme ça. Les libertins du Bois de Boulogne et de Pigalle ont signé un traité avec eux : ils sont donc autorisés à circuler sur le territoire des anarchistes et antifascistes, et ils sont défendus par eux. En échange, ils leurs ont cédé la zone Trocadéro-Palais des Congrès.
- Libertins ?
- Euh… eh bien, ils ne le sont pas tous : à l’origine, il n’y avait que les habitants de Pigalle et les « usagers » du Bois de Boulogne. Mais quand le Marais - le quartier homosexuel -  été pris par les Loups Blancs, ses habitants ont fui pour s’y établir. Idem pour la Rue des Rosiers – le quartier Juif – avant que ses habitants ne quittent la région ou s’établissent à Montmartre. Il faut aussi compter tous les sociaux-libéraux, socialistes, les parisiens de gauche quoi. C’est plus une nébuleuse de petits groupes différents sans gouvernance qui se partagent le territoire qu’un groupement homogène et soudé, d’où le fait qu’ils s’en remettent aux anarchistes et antifascistes pour se défendre : ils ont essuyé de lourds massacres à cause des Loups Blancs.
- … comprendre le conflit israélo-palestinien semblerait presque plus facile. Des nouvelles des communautés Chrétiennes ?
- Réfugiées au Sacré-Cœur.
- Juives ?
- Montmartre n’est plus sûr, donc déplacées vers le Sacré-Cœur.
- Musulmanes ?
- La plus grande partie se regroupe sur Saint-Denis pour contrer les exactions des Loups Blancs : c’est la communauté qui a le plus souffert à cause d’eux. Les autres ont été se réfugier au Sacré-Cœur.
- Vous voulez me transformer le Sacré-Cœur en poudrière ?
- Joris fait de l’excellent travail. Il n’y a rien à signaler de fâcheux là-bas, ces trois communautés religieuses s’entendent à merveille, et les occupants originels des lieux ont été extrêmement compréhensifs. Joris n’allait pas laisser tous ces gens se laisser massacrer, et il a eu raison de le faire, malgré les risques.
Tout le monde approuva. Joris rougit un peu.
- Je croyais que Montmartre était sûr ?
- Nous le croyions aussi. Hélas, une mafia s’y est implantée depuis peu, et une guerre des drogues s’est déclenchée, chassant tous les habitants vers des lieux plus sûrs. L’ambassadeur que j’ai envoyé là-bas n’est jamais revenu. Vu que les populations déplacées se sont réfugiées au Sacré-Cœur, c’est pour ça que les Loups Blancs se sont mis en tête de faire tomber la basilique : ce serait un coup terrible pour nous, et les pertes seraient immenses.
- Bon. Triplez les garnisons en poste là-bas.
- Entendu.
- Et j’ai du nouveau concernant nos alliances extérieures, mais je vais laisser ma collègue belge en parler, car elle est concernée au premier chef ! En tout cas, au train où vont les choses, nos ennemis vont avoir droit à un joli feu d’artifice !

Gérard prit des notes tandis que les deux Elodie se souriaient, puis se tourna vers Joris : parmi eux, il était celui qui avait l’air le plus fatigué, et ses cernes auraient pu rivaliser avec celles de Vincent. Il fallait dire que c’était celui dont les attributions étaient les plus larges, et les plus compliquées.
- Ministre des Ressources et la Population ainsi qu’Intendant du Sacré-Cœur Joris, j’écoute votre rapport.
Joris était en quelque sorte un « superministre » : il gérait les questions sociales, les stocks de vivres, l’accès à l’eau potable, les ressources humaines, les logements, l’enseignement, l’agriculture, la santé ; et il gérait depuis peu le Sacré-Cœur, territoire qu’ils avaient acquis récemment. C’était la pièce maîtresse de l’équipe de Gérard : sans lui, tout s’écroulait. De plus, il était très apprécié de la population. Il tendit une feuille manuscrite à Gérard.
- Voici nos chiffres pour les stocks alimentaires du mois de juillet. Il faudra peut-être songer dès maintenant à effectuer un ravitaillement, car mon ami météorologue a dit que l’hiver serait très rigoureux. Du moins, plus rigoureux que l’hiver nucléaire que nous avons à affronter actuellement. Les fermes souterraines et les serres ont de bons rendements, mais il nous faudrait plus de courant électrique… à voir avec Jean-Philippe… Quant à l’eau potable, pas de problème vu que nous détenons l’une des trois fontaines de l’Albien, qui génère de l’eau de source potable puisée dans les sous-sols sableux de Paris et exempte de contamination, dans le 13ème Arrondissement que nous contrôlons. Les deux autres fontaines sont détenues respectivement par les anarchistes et antifascistes dans le 16ème qui partagent avec les « libertins », et par les Loups Blancs dans le 18ème.
- Comment l’État survit sans eau ?
- Il faut demander à ma collègue Elodie... l’autre… elle a été redoutable en négociant notre eau auprès de l’État!
- Ah bon ? Ministre Elo…
- Un instant, je n’ai pas parlé du Sacré-Cœur !
Jean-Philippe avait eu l’excellente idée d’investir les catacombes de Paris, qui s’étaient révélées être de bons abris et lieux de stockage, en plus de permettre une circulation facile et de représenter un intérêt stratégique. Ces catacombes avaient permis de débouler dans le Sacré-Cœur en pleine nuit, alors contrôlé par les Loups Blancs : ils avaient alors réussi à capturer l’édifice après avoir éjecté les néonazis. C’était un tour de force dont tout le monde avait été fier, et c’était tout naturellement que Joris avait reçu l’intendance de la basilique, avec la bienveillance des autorités religieuses en place qui ne regrettaient pas les Loups Blancs. Et il avait fait du bon travail, empêchant la destruction de l’édifice, et implantant la paix sur les lieux.
- Les garnisons supplémentaires que tu nous envoies ne seront pas de trop après les événements de la nuit dernière : sans l’aide des Communistes, nous n’aurions pas tenu. Qu’ils reposent en paix… Les autorités en place avant notre arrivée sont d’une extrême bonne volonté, et les communautés religieuses coexistent en paix, bien que ce ne fut pas facile au début, il a fallu que j’y mette beaucoup de bonne volonté. Une fois qu’on y sera bien installés, on pourra songer à s’allier avec Saint-Denis pour espérer se débarrasser une bonne fois pour toutes des Loups Blancs… mais, euh, ce n’est pas de mon ressort. Autrement, des problèmes subsistent avec la population que nous avons en charge là-bas et sur la Rive Gauche, mais chacun reçoit assez à manger et à boire, est logé correctement, et dispose d’un accès aux soins de base et à un enseignement scolaire correct. Par contre, je n’ai plus de vaccins pour la grippe, il faudra en trouver à nouveau… et je manque de professeurs.
- Excellent travail, Joris.

Gérard gratifia Joris d’un regard bienveillant, reprit des notes, puis se tourna vers Elodie, la représentante du peuple belge.
- Ministre de la Culture Elodie, j’écoute votre rapport… on m’a caché des choses, on dirait ! Depuis quand fournissons-nous notre eau à l’État ?
Elodie (la Maman) fit un clin d’œil à son amie belge. Aaah, l’État… Le Gouvernement en place lors  de la catastrophe avait été dépassé par les événements et avait très vite était renversé par un coup d’état. Mais les autorités issues du coup d’état avaient été nullissimes et avaient été elles-mêmes renversées par une révolte populaire, et le Gouvernement légitime avait été rétabli… bien que sans Parlement (les bâtiments se trouvaient sur la Rive Gauche), sans Ministères, sans télécommunications ni courant, et avec bien peu de forces de l’ordre. Ils ne dirigeaient plus le pays, et contrôlaient difficilement une zone délimitée par l’Opéra et la Bourse au Nord, le Palais-Royal à l’Est, les Tuileries et la Place Vendôme au Sud, et l’Élysée à l’Ouest ; et ils avaient à se battre avec les anarchistes et antifascistes à l’Ouest, barons de la drogue au Nord, Loups Blancs à l’Est. Gérard avait décidé de ne pas prendre part au conflit, car il préférait voir les bâtiments historiques du centre de la capitale rester aux mains d’un pouvoir légitime qui en prendrait soin plutôt que de tomber aux mains des trois groupuscules ultra-violents qui voulaient s’en emparer. Mais il refusait également de les soutenir, car il estimait (à juste titre) que c’était de la faute de l’État si pareille situation s’était produite ; de plus, soutenir l’État revenait à déclarer la guerre aux anarchistes et antifascistes, ce qu’ils ne pouvaient pas se permettre.
- Je suis allée à l’Élysée. Le peu que contrôle ce qui reste de votre État est dans un triste… état : j’ai donc décidé de leur fournir un peu de notre eau. En échange du Musée du Louvres.
Gérard était bouche-bée.
- Ils ont toujours refusé de me recevoir ! Comment tu t’y es prise ? Je croyais qu’ils avaient cédé le Louvres car ils ne pouvaient plus s’en charger ? Et nous ne sommes pas censés les soutenir !
- J’ai menti pour ne pas te mettre en colère, tu avais déjà assez à faire comme ça sans te rajouter ça sur les épaules. Je suis entrée facilement : la Garde Républicaine n’est plus ce qu’elle était, et je sais me battre. Là, j’ai lancé un ultimatum à votre Président –enfin, si il l’est encore, j’ai rien compris à vos affaires politiques – ou ils me cédaient le Louvres, ou ils crevaient de soif. J’ai passé trois heures à négocier, mais il a finalement capitulé. Les hommes politiques français ont trop de fierté pour céder le peu qui leur reste, même quand leur pays s’est effondré : ils n’auraient rien donné gratuitement. Et rassure-toi, personne ne saura rien, j’ai prévenu que le contrat serait rompu si sa confidentialité n’était pas maintenue. Au moins, nous avons le Louvres, et il est maintenant sûr, vu que c’est moi qui le dirige. J’ai terminé l’inventaire hier, et les dégâts ou pertes sont minimes. Par contre, la Joconde a disparu… Mais je vais tout faire pour la retrouver. Pour le Musée d’Orsay, je commence l’inventaire demain.
- D’accord… Autre chose ?
- Notre émissaire Olivier est revenu de Belgique. Il m’a appris que Manon, celle de Belgique, a été rejointe par la Manon de Lorraine ainsi qu’Émeline. Elles sont toutes trois en sûreté : il y a eu une guerre civile entre séparatistes wallons et flamands, et le Roi a dû prendre un pouvoir plus important après la mort de notre Premier Ministre… et il l’a gardé… c’est pas très légal, mais bon. En tout cas, la situation va mieux depuis, surtout qu’ils ont récupéré des éoliennes qui marchent, mais ça reste un peu le bazar quand même… En tout cas, la Belgique est le pays d’Europe qui s’en sort le mieux… Et devinez quoi ? Lors des émeutes à Bruxelles, qui ont failli renverser la monarchie, nos trois amies ont soutenu le Roi au péril de leurs vies… Après ça, elles ont été nommées Chevaliers de l’Ordre de Léopold, et ont rejoint le Cabinet Ministériel comme Secrétaires d’État ! Résultat, Manon de Lorraine fait le boulot que j’accomplis ici, à savoir tenter de sauver les œuvres d’art et les monuments : elle a même été envoyée en éclaireur avec une garde rapprochée au Rijksmuseum Amsterdam pour voir ce qu’on pouvait y sauver. L’autre Manon a transformé le Palais Royal et le Parc Astrid en Terre Promise pour lapins, canards, chiens, chats… sans oublier une girafe du Zoo d’Anvers : on ne sait pas comment elle est arrivée là… le Roi a même eu la mauvaise surprise de voir que son trône avait servi de litière pour une tripotée de chatons, mais heureusement, Manon n’a pas été sanctionnée. Et Émeline… Ah, Émeline ! C’est la porte-parole attitrée du Roi : tous les matins, elle donne à la population un bulletin des dernières actualités connues sur la Grand-Place de Bruxelles… et vous la connaissez, elle est toujours aussi adorable ! Elle apaise tout naturellement les contestations et autres groupes protestataires, et tout le monde l’adore : on m’a même dit que les deux tiers des filles belges nées depuis juillet dernier ont été prénommées Émeline ! En tout cas, Olivier a conclu une alliance entre la Belgique et nous par l’intermédiaire de notre trio de jolies demoiselles, ce qui est très intéressant dans la mesure où la Belgique a pas mal de troupes massées dans le Nord-Est de la France pour protéger ses frontières : ça peut nous aider si on a besoin d’aide. J’ai aussi décidé d’envoyer Elisabeth Navratil là-bas avec une escorte, je pense qu’elle y sera mieux qu’ici…
- Heureuse nouvelle ! Pas de traces du reste de notre groupe ?
- Non… je pense qu’on doit accepter la réalité des choses…

Gérard soupira.
- D’accord… Finissons-en. Ministre des Infrastructures Andrew… euh, Jean-Philippe, j’écoute votre rapport.
- Je serai bref car on m’attend, Capit… euh, Monsieur le Président. Nos barricades et autres clôtures sont en bon état et remplissent bien leur rôle : la Rive Gauche est quasiment imprenable. De nouvelles éoliennes sont en train d’être installées, et on a déniché des panneaux solaires qui pourraient fonctionner, ce qui aidera bien Joris. La reconstruction des bâtiments avance bien… J’ai trouvé assez de vélos pour relancer le système de vélos en commun… et, comme vous me l’avez demandé, j’ai fait construire une belle statue représentant Emilie devant le Panthéon… c’est très triste, ce qui lui est arrivé… Ah, oui, et j’ai enfin fait réparer les horloges : elles refonctionnent. Je n’ai rien à ajouter : je me suis déjà arrangé avec Mickael pour qu’il me prête ses troupes car je n’ai pas assez de maçons.
- Bien, tout ceci est parfait, vous faites de l’excellent travail. Nous nous retrouvons pour le prochain conseil dans une semaine. Portez-vous bien d’ici là et…
Il venait de regarder sa montre, et il s’était aperçu… que les aiguilles allaient à l’envers. Au même instant, un des membres de la vigie postée au sommet de la Dame de Fer ouvrit la porte du restaurant à la volée.
- Président Piouffre ! On m’a signalé la venue d’un étrange individu !
- Qui est-il et que veut-il ?
- Il dit chercher Lutèce !
- … qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Sans doute un illuminé…
- Il parlait latin, et avait un drôle d’accoutrement.
- Amenez-le-moi.
- C’est que… on ne le retrouve plus… C’est comme si il s’était volatilisé.
Elodie (la Ministre de la Culture) ouvrit soudain de grands yeux.
- Moi aussi j’ai vu quelqu’un d’étrange ! En venant jusqu’à ici, j’ai fait un détour par le Musée du Louvres, et dans la Cour, il y avait un homme habillé en soie avec une perruque blanche… mais vu que j’étais pressée, je ne me suis pas attardée, et quand je me suis retournée, il n’était plus là.
Elodie (l’autre, la Ministre des Affaires Extérieures) fronça les sourcils, et y alla elle aussi de son anecdote.
- Maintenant que vous le dites… j’ai dû gérer une dizaine d’émigrés espagnols qui demandaient à être hébergés d’urgence ici : je ne sais pas comment ils sont arrivés ici, mais l’un d’eux parlait de Franco… Sauf que maintenant, impossible de les retrouver, et personne d’autre ne les a vus.
Gérard avait un air grave.
- Il ne manquait plus que ça. Qu’on me tienne au courant de toute autre activité anormale. C’est peut-être une diversion, ou je ne sais quoi pour nous désorienter.
Le patriarche sortit soucieux du restaurant pour respirer un peu. En plus, sa montre s’était arrêtée.

Loin de là, au Sundowner, Anastasia regardait tristement l’étrange montre cassée qui lui avait sauvé la vie, mais qui avait condamné son sauveur à mort. Elle soupira tristement, puis leva la tête. Un douloureux silence s’était abattu dans la petite maison endeuillée. Aurélie avait les yeux mouillés, et Antoine la berçait doucement dans ses bras. Nicolas, assis, regardait fixement la table en bois brut sans rien laisser paraître. Guillaume avait l’air d’avoir reçu un coup de poing. Denis, totalement prostré, était assis, la tête entre les mains. Tiphaine, un peu gênée, se tenait dans son fauteuil roulant artisanal entre l’assemblée mortifiée à table, et la famille nouvellement arrivée qui restait à côté de la porte sans mot dire. Dehors, le Soleil se levait : une nouvelle journée commençait… sans Vincent. Regardant tristement par la fenêtre, Tiphaine crut voir un sanglier passer.
- CA SUFFIT !
Tout le monde sursauta. Tiphaine se leva d’un bond de son fauteuil roulant, repoussa Guillaume qui s’était précipité vers elle pour la faire rasseoir (il tomba les fesses à terre), et alla vers la cuisine, d’où elle revient en tenant la hache que Guillaume avait ramené. Le père, le Tsar Nicolas II, se mit devant sa femme et ses enfants, comme s’il avait peur que cette Tiphaine si brusquement devenue sauvage ne les découpe en tranches lui et sa famille. Tiphaine ne lui accorda pas un regard, leva sa hache, puis… démolit son fauteuil jusqu’à ce qu’il fut réduit en un tas de grossières allumettes.
- Ça fait du bien.
Le Tsar Nicolas et la Tsarine Alexandra la regardèrent, profondément choqués, en se demandant dans quelle maison de fous ils avaient atterri.
- Je demande respectueusement aux Romanov de bien vouloir s’asseoir. J’ai à leur parler. Vous… parlez français ?
Anastasia, enhardie par le fait de ne pas avoir fini comme l’infortuné fauteuil, répondit.
- Nous parlons tous français, car les relations entre la Russie et la France sont extrêmement chaleureuses depuis le règne de mon grand-père Alexandre III. Nous avons… avions… un très bon précepteur suisse, Pierre Gilliard, qui a été un professeur de français très compétent.
Tiphaine essaya d’adopter un ton un peu plus doux.
- C’est très bien. J’ai des choses à vous expliquer… car vous avez grand besoin d’explications… et nous aussi, par ailleurs.
Tout le monde s’assit alors, sauf Tiphaine, qui goûtait à la joie de remarcher enfin, et Guillaume, qui avait fui la pièce pour préparer des boissons, comme s’il avait peur que Tiphaine ne l’attaque. Des tasses de chocolat chaud (un luxe) furent distribuées à chacun : machinalement, Guillaume avait fait une tasse pour Vincent, qui resta, solitaire, au bout de la table. Il y eut un instant de malaise, puis ils trinquèrent à sa mémoire. Tiphaine fit ensuite lever Anastasia, qui leur expliqua la folle aventure dont elle avait été témoin. Tiphaine décida ensuite de reprendre la parole, après avoir regardé Denis et jugé qu’il n’était plus en état de diriger la famille pour le moment. Elle allait commencer quand…
- Euh, merci Guillaume, mais ce n’était pas la peine de me remettre du chocolat…
- Euh… Nicolas… je n’ai rien fait.
- Ben, qui a rempli ma tasse ?
- Personne ne s’est levé !
Tout le monde devait pourtant admettre que sa tasse précédemment vide était à nouveau pleine, sauf Denis, qui n’avait pas touché à sa tasse après avoir trinqué : il était finalement parti se coucher dans sa chambre, rongé par son chagrin. Tiphaine ne chercha pas à comprendre cet étrange phénomène, ayant d’autres chats à fouetter.
- Bien… euh… Donc… Nous sommes sept… six, pardon, et nos vivres et commodités sont donc adaptés à ce nombre, pas au double. Nous allons donc devoir tout rationner en attendant que vous trouviez un moyen de rebondir sur vos pieds, car nous ne pouvons décemment vous garder pendant très longtemps.
- Oui, je comprends.
Seule Anastasia répondait, le reste de sa famille restait muet. Le petit Alexis, toujours en attelle, semblait s’être endormi contre son père.
- Il faut aussi comprendre qu’un siècle entier d’événements historiques et d’évolutions technologiques nous sépare, ce qui est peu facile à occulter. Je dois aussi vous prévenir que vous allez devoir vous serrer un peu dans les chambres, et que nous n’avons rien pour soigner l’hémophilie dont souffre… Alexis, c’est ça ?
- Oui, tout à fait.
- Ce sera donc spartiate.
- Pas de souci : nous dormions sur des lits de camp, sans oreillers, et nous prenions un bain froid tous les matins.
- Eh bien, quelle vie de princesse…
- Et pendant la Grande Guerre, nous nous occupions des soldats et des orphelins. Mes deux sœurs les plus âgées étaient même infirmières.
- Ah, vous avez « participé » à la Première Guerre Mondiale ? Si jeunes…
- Comment ça, « Première » ? Il y en a eu une autre ?!
- … euh, passons.

On frappa à la porte. Denis apparut dans la pièce une seconde plus tard, et faillit renverser la table en allant ouvrir, persuadé que c’était Vincent. Mais ce n’était que la mamie russe.
- Oh… c’est vous…
Et Denis retourna tristement à sa chambre : Nicolas alla le rejoindre pour essayer le réconforter, suivi par Aurélie. Tiphaine alla accueillir la dame âgée… qui ne semblait plus si âgée que ça : ses cheveux n’étaient plus si blancs, et ses rides étaient bien moins nombreuses qu’auparavant. Avant que Tiphaine n’ait pu dire un mot, la mamie russe poussa un cri en voyant Anastasia, et manqua l’infarctus de peu en voyant le reste de la famille toujours à table. Il s’en suivit alors pendant longtemps un long échange de phrases prononcées très vites dans un russe complètement incompréhensible, avant que Tiphaine ne s’éclaircisse la voix.
- Vous vouliez quelque chose ?
- Oh. J’ai oublié… L’émotion…
Et elle repartit, apparemment très émue. Tiphaine semblait blasée. Guillaume commenta stoïquement.
- Elle a trouvé un institut de beauté, à côté de son igloo ?
Tiphaine, en refermant la porte, eut l’étrange impression que le ciel était teinté de vert, mais elle n’y fit pas attention. Elle allait reprendre son discours quand on refrappa à la porte. On entendit un « Ouille, Denis, fais attention ! » plaintif de Nicolas avant que Denis surgisse à nouveau dans la pièce et manque d’arracher la porte en l’ouvrant. Ce n’était pas Vincent. Il repartit dans sa chambre. Guillaume s’approcha de Tiphaine et s’enquit de l’identité du visiteur.
- Vous êtes ?
- Votre pompe à essence ne marche pas.
- … je vous demande pardon ? Nous n’avons pas de pompe à essence…
- Et moi je suis la Reine d’Angleterre. C’est quoi, ça ?
Il désigna, sur le côté de la maison… une pompe à essence à côté de laquelle était garée une petite motoneige. Guillaume et Tiphaine étaient bien placés pour savoir que cette pompe à essence n’avait jamais été là. Cette dernière commençait à sentir la moutarde lui monter au nez.
- Écoutez, je ne sais pas à quoi vous jouez, mais on doit accueillir une famille royale venue du siècle dernier parce qu’un canard a joué avec une montre après avoir été accidentellement dans la baignoire d’un de ses amis, alors au revoir bonne journée.
Et elle claqua la porte au nez de l’homme, qui était à présent singulièrement étonné. Guillaume jugea utile de désamorcer une éventuelle bombe avant qu’elle n’explose.
- Tiphaine, tu ne devrais pas t’emporter comme ça, tu…
- Toi, va faire une omelette, les Romanov doivent mourir de faim.
- Oui Madame.
Et Guillauma fila à la cuisine comme si il était monté sur des roulettes. Heureusement pour lui, les deux poules élevées dans la serre produisaient des œufs tous les jours. Pendant ce laps de temps, Antoine, qui était le seul à être resté assis à table, avait fait un cours d’Histoire de la Russie bref mais complet à la famille, qui avait écouté très attentivement.
- … et depuis, le régime de Vladimir Poutine a pris un tournant de plus en plus dictatorial.
Antoine avait abaissé la voix en disant « Poutine », avant de se souvenir que cela ne servait plus à rien à présent : Vincent grognait à chaque fois qu’il entendait le nom « Poutine », mais vu qu’il n’était plus là…
Le Tsar Nicolas II commenta.
- Ce Vladimir m’a l’air d’être un homme malfaisant.
- Venant d’un tsar qui a vachement plus fait dans la dictature et qui a bien plus de sang sur les mains que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-n… ah, Poutine, je ne me ferai jamais à l’idée que Vincent n’est plus là… bref, venant de vous, je trouve ça un peu hypocrite.
- Comment osez-vous ?! Qui êtes-vous pour…
- Un européen démocrate qui vit au XXIème siècle ? Et qui vous accueille chez lui, au passage.
- Antoine, Monsieur Nicolas… enfin, Romanov… s’il vous plait, ce n’est pas le moment. Et Guillaume, elle vient cette omelette ?!
- J’arrive, Mad…Tiphaine !
Guillaume arriva dans la seconde, portant une grosse poêle fumante dans laquelle se trouvaient… des œufs qu’on aurait cru tout juste pondus ?! Tout le monde regarda la poêle éberlué. Nicolas revint de la chambre de Denis à cet instant, et fronça les sourcils en voyant la drôle de scène.
- Euh, ils ont quoi ces œufs ?
- C’est censé être une omelette…
- Je crois que tu as sauté quelques étapes… genre, casser les œufs, les battre, et cuire le résultat.
Tiphaine, pensant qu’on se moquait d’elle, renvoya sèchement Guillaume en cuisine, puis essaya de reprendre la conversation… quand on frappa encore à la porte. De nouveau Denis apparut (après qu’Aurélie ait poussé un cri) dans la seconde, et cette fois-ci, arracha complètement la porte en l’ouvrant devant… LE sanglier. Tiphaine renvoya Denis dans sa chambre manu-militari avant de l’enfermer à l’intérieur,  se saisit ensuite de sa hache, et la leva haut devant le sanglier… qui tomba sur le côté. Elle abaissa sa hache, se demandant ce qu’il se passait depuis une heure: le sanglier était comme pétrifié, mais il n’était pas mort… encore un événement étrange… Au même instant, un éclair vert frappa un arbre à proximité. Le temps de cligner des yeux, l’arbre n’était plus là. Elle s’approcha lentement… pour ne trouver qu’un gland, à moitié enfoncé dans la neige. Elle rentra au Sundowner de plus en plus troublée après avoir contemplé le ciel qui, on ne pouvait plus le nier, devenait de plus en plus vert. Elle trouva Guillaume en grande conversation avec la très jolie Tatiana.
- Et cette omelette?
Guillaume retourna subito-presto dans la cuisine. Tiphaine referma, ou plutôt replaça la porte arrachée de ses gonds par Denis comme elle put, puis reprit ce qu’elle essayait de dire depuis près d’un quart d’heure.
- Je disais donc que, concernant la répartition des chambres et des tâches, nous…

On frappa à la porte, qui s’écroula par terre. Ce fut trop pour Tiphaine.
- CE N’EST PAS UN MOULIN ICI, BORDEL DE…
Elle s’arrêta net en voyant qui était dans l’entrebâillement. C’était Olivier, à côté d’un 4X4. Il paraissait aussi choqué qu’elle.
- Je viens… au nom du Président Piouffre… et voilà que je tombe sur…
- Président Piouffre ?
Olivier était l’Émissaire (un équivalent de Ministre des Affaires Étrangères) de l’Alliance Parisienne présidée par Gérard : il avait fort bien su s’adapter aux conditions de vie chaotiques de la France post-apocalyptique, et rien ne l’arrêtait quand il s’agissait de l’envoyer dans de lointaines contrées. Un mélange entre Rambo et Chuck Norris… Toutefois, son mental d’acier s’affaissa un moment pour révéler son cœur d’or lorsqu’il retrouva ses confrères, et notamment Nicolas, qui était l’un de ses plus proches amis, et qu’il croyait mort encore une minute auparavant. Les joyeuses retrouvailles qui s’ensuivirent furent assez chaotiques, bien que légèrement ternies par l’annonce de la mort de Vincent. Denis avait été complètement oublié, toujours enfermé dans sa chambre. La famille Romanov, elle, ne comprenait plus rien à une situation qu’ils ne comprenaient déjà pas le moins du monde à l’origine, ce qui n’aidait pas. Enfin, on se calma un peu. Tiphaine prit la suite des opérations pendant qu’à part, Nicolas mitraillait Olivier de questions.
- Nous retournons à Paris immédiatement. J’irai avec Guillaume.
- Euh, Tiphaine, je n’ai pas spécialement envie de…
- Tu viens.
- D’accord.
Anastasia se leva.
- Puis-je venir ? J’aime tant cette ville…
- D’accord, mais… d’après les dires d’Olivier, il n’en reste pas grand-chose d’intact.
Tatiana se leva aussi, regardant Guillaume.
- Je peux aussi ?
Tiphaine regarda Tatiana, puis Guillaume, puis Tatiana à nouveau, et répondit avec la grâce et la douceur d’une guillotine.
- Toi, tu restes ici.

Pendant ce temps, à Paris, Gérard entrait de nouveau dans le Jules Verne, toujours au deuxième étage de la Tour Eiffel, où se trouvait, en plus de la salle de réunion, son bureau… dans lequel il trouva un homme vêtu d’une armure. Il cligna des yeux, respira un bon coup, ferma la porte, et la rouvrit. Le chevalier n’était plus là.
- Véronique ? Tu as mis quelque chose dans mon café ?

Le véhicule tout-terrain filait à toute allure vers Paris pendant que Gérard se questionnait sur son café : à son bord se trouvaient Olivier (au volant), Anastasia (qui s’enthousiasmait pour cet engin appelé « 4X4 »), Tiphaine, et Guillaume.
- Vous avez de l’essence, là-bas ?
- Oui, on a de bonnes réserves. Rien n’arrêtera cette voiture !
Au même instant, LE sanglier, déparalysé, sortit d’un fourré et s’assit en plein milieu du sentier enneigé. Olivier tourna vivement le volant, et ils s’écrasèrent contre un arbre. Anastasia n’avait pas très bien compris ce qu’il venait de se passer.
- La fin est un peu abrupte, mais… j’adore ! On recommence ?
Tiphaine était de moins bonne humeur, et en plus, elle s’était cognée la tête contre le pare-brise.
- JE. HAIS. LES. SANGLIERS.
Guillaume s’approcha, soucieux.
- Tu saignes, je…
- Non.
- Tiphaine, je…
- NON, Guillaume.
- MAIS VAS-TU ME LAISSER TE SOIGNER, BOURRIQUE VA !
Tiphaine ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, mais accepta. Guillaume, qui avait un kit de premiers soins dans son sac à dos, désinfecta la petite plaie que Tiphaine avait sur la tempe, et y posa un pansement.
- Voilà. Tu auras juste une bosse.
- Merci…
- De rien, ce fut un privilège de me faire engueuler par toi ce soir ! Bien qu’il fasse jour.
Ils ne purent s’empêcher de rire à la suite de cette réplique reprise de leur film favori. Un rire trop bref, car…
- Où est le chauffeur ?
Anastasia eut beau chercher pendant plusieurs minutes : point d’Olivier parmi eux. Il avait…
- Guillaume. J’en ai marre que les gens disparaissent.
- Moi aussi. Rien ne va plus depuis que j’ai trouvé cette foutue montre… J’aimerais ne l’avoir jamais trouvée…
- On n’a plus qu’à continuer à pied… j’espère qu’il ne lui est rien arrivé.
Avant de partir pour Paris, dont on voyait déjà au loin la Tour Eiffel, Anastasia jeta la montre cassée à l’eau, en guise d’hommage à Vincent, et aussi car elle agaçait Guillaume.

Au Sundowner, on frappait à la porte. Nicolas, qui s’entretenait avec les Romanov pendant qu’Antoine était allé délivrer Denis pour essayer à son tour de le consoler et qu’Aurélie préparait une omelette (elle ne comprenait pas pourquoi Guillaume n’avait laissé que des œufs frais dans les trois poêles qu’elle avait trouvé), alla ouvrir. C’était Olivier, un 4X4 derrière lui.
- Je viens… au nom du Président Piouffre… et voilà que je tombe sur…
- Euh, Olivier ? Tu es déjà de retour ? Où sont les autres ?
- Quels autres ? Qu’est-ce que tu racontes ? Nicolas, je suis tellement content de te revoir !
Pendant qu’Olivier étreignait Nicolas, un éclair vert jaillit du ciel de couleur vert émeraude, et frappa au loin. La lumière à l’intérieur vacilla.
- Bon rentre, tu vas m’expliquer à quoi tu joues…
Olivier rentra, retrouvant avec joie Aurélie (qui se demanda s’il n’avait pas reçu un choc à la tête). Nicolas, en refermant la porte, eut une drôle de vision. Trois adolescents, l’un aux cheveux noirs ébouriffés avec des lunettes, l’autre roux et assez grand, et la dernière avec des cheveux châtains, courraient derrière les arbres avec de petites branches dans les mains. Juste après ça, il aperçut une jeune femme marcher lentement derrière les arbres, un arc à la main. Elle décocha soudain une flèche et s’approcha du renard qu’elle venait de tuer, qu’elle ramassa et mit dans son sac, avant de s’enfoncer dans l’obscurité derrière les arbres. Après ceci, Nicolas, se demandant s’il avait bu, vit passer deux petits hommes qui faisaient la moitié de sa taille : ils marchaient rapidement derrière les arbres, pieds nus, et l’un d’eux tenait dans sa main une petite bague en or qui étincelait. Nicolas referma la porte avant de voir d’autres bizarreries, et s’assit, dévisagé étrangement par Olivier et Aurélie. Dehors, un éclair vert frappa de nouveau, plus fort.  Brusquement, il se mit à pleuvoir très fort, transformant rapidement les étendues de neige immaculée en marécages boueux. Olivier ne resta pas longtemps : il repartit vers Paris à bord de son 4X4 pour annoncer la joyeuse nouvelle de la survie du « reste du groupe qu’on croyait mort», tandis que Nicolas et Aurélie se questionnaient sur l’étrange perte de mémoire qui semblait affecter leur ami.

Bien loin de là, un petit yacht couvert de panneaux solaires dérivait sur la Méditerranée, au large de Narbonne. Une jolie demoiselle monta sur le pont, munie d’un appareil-photos épargné par l’éruption solaire : il s’agissait de Marjorie. Après la catastrophe, elle et son fiancé Thomas avaient carrément volé un yacht appartenant à un Ministre : ils l’avaient ensuite amélioré pour le rendre autonome en énergie, avant d’embarquer dedans avec une grande quantité de provisions… mais aussi pas mal de nourriture canine : jamais Marjorie n’aurait abandonné ses chiens. Elle huma un bon bol d’air, avant de se tourner vers les côtes françaises afin de prendre quelques photographies. Elle poussa un cri et faillit faire tomber son appareil à l’eau : un gigantesque bateau en bois fonçait droit sur le yacht. Pire encore, des canons sortaient de ses flancs, et un inquiétant drapeau pirate venait d’être hissé au sommet de son mât avant.
- Thomas ! Monte sur le pont, va à la barre, et emmène-nous loin d’ici ! Vite !!


Dernière édition par Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 22:53, édité 3 fois
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 2:11

Partie 2/5 : La Bataille de Paris

Retour à Paris. Au sommet de la Tour Eiffel, légèrement incliné à cause des dégâts occasionnés par les roquettes sur la structure métallique de l’édifice, on pouvait trouver le Nid-de-Pie, surnommé ainsi car c’était là où les veilleurs surveillaient les alentours : il s’agissait d’un atout stratégique inestimable. Ici aussi, le ciel avait pris une étrange teinte verte. Un étrange petit point rouge apparut sur le front des deux veilleurs : il tremblota un peu, puis on entendit une détonation, et le duo tomba à terre en même temps. Des snipers. Si les veilleurs avaient vécu une seconde plus, ils auraient pu apercevoir une colonne de chars et des bataillons rangés de soldats défoncer les grilles du Pont d’Austerlitz : les troupes défendant le pont avaient été écrasées. Les veilleurs morts, l’alerte ne serait pas donnée. Rien n’empêcherait les Loups Blancs et leur nouvel attirail militaire de déferler sur la Rive Gauche, pratiquement imprenable.

Quelques minutes plus tard, Mickael, suivi de sa compagne Elodie et de Jean-Philippe, déboulaient dans la salle de réunion du Jules Verne. Joris, essoufflé, arriva juste après eux. Elodie (la Belge) était retournée au Louvres avant l’offensive, et n’était donc pas au courant des événements. Gérard, surpris, lâcha la nouvelle tasse de café que venait juste de lui apporter Véronique. Jean-Philippe tenait une grosse carte, qu’il étala sur la table de la salle de réunion. Son accroche fit l’effet d’une bombe.
- Monsieur, la Rive Gauche est perdue !
- Quoi ?!
Gérard se précipita à sa fenêtre pour voir le chaos que provoquaient les chars et le bataillon de soldats ennemis. Ils progressaient rapidement vers la Tour Eiffel, et arboraient des drapeaux ornés de signes renvoyant aux plus sombres heures de l’Histoire de France : des Svastikas. Il revint, interdit, vers la table, pendant que Jean-Philippe expliquait la situation.
- Des troupes ennemies à 14km² au-delà de nos lignes de défense en dix minutes : au Panthéon, aux Jardins des Plantes et du Luxembourg, et au Quartier Latin-Montparnasse.
Elodie s’énerva.
- Mais allons-nous bientôt contre-attaquer, bon sang ?!
Mickael resta silencieux, tandis que Jean-Philippe haussait le ton.
- Ça fait cinq arrondissements ! Nous aurions pu tenir avec quatre arrondissements capturés, mais pas avec cinq… pas avec cinq… Comme ils nous balayent par l’Est, ils vont passer par-dessus mes barricades, de quartiers en quartiers, vers l’Ouest : rien ne pourra les arrêter.
Gérard tenta de montrer qu’il maîtrisait encore quelque chose.
- Mais… nos troupes…
Jean-Philippe le coupa.
- Vos troupes vous feront seulement gagner du temps ! Mais seulement des minutes. À partir de maintenant, quoi que nous fassions… la Rive Gauche va tomber.
Elodie était sidérée.
- Mais la Rive Gauche ne peut pas tomber !
Jean-Philippe tenta de se faire comprendre une bonne fois pour toutes.
- Elle n’est protégée que par des barricades ne pouvant résister à des tanks, Elodie. Je t’assure qu’elle peut tomber. Et elle tombera. C’est une certitude mathématique.
Gérard, mortifié, sembla admettre la situation.
- Dans combien de temps ?
- Une heure. Deux au plus.
Gérard se tourna vers Joris, qui était devenu tout pâle.
- Combien d’âmes entre nos murs, Ministre Joris ?
- 12200 âmes dans nos murs, Gérard.
Gérard se tourna finalement vers Elodie.
- Je pense que vous allez avoir votre feu d’artifice, Ministre Elodie…
Un silence empli de malaise s’installa, tandis que les bruits d’explosions se rapprochaient. Il était impossible de comprendre comment les Loups Blancs avaient dégoté des Panzer, ces terribles chars d’assaut utilisés par les Nazis durant la Seconde Guerre Mondiale, mais en tout cas, ils avaient réussi. Et pire, ils savaient s’en servir. Joris, qui s’était approché des fenêtres, décela une fumée noire s’épaississant au-dessus du Sacré-Cœur, et y fila immédiatement, très inquiet. Les autres restèrent là, bras ballants, ne sachant que faire.

Au Sacré-Cœur, peu avant l’apparition de la colonne de fumée noire qui allait amener Joris, les troupes défendant la basilique songeaient à abandonner la butte, d’autant qu’aucun ordre n’avait été donné, et que les nouvelles venant du camp ennemi étaient très inquiétantes. Le Lieutenant s’entretenait par talkie-walkie (rares étaient ceux qui fonctionnaient encore) avec l’Officier-Radio.
- La surveillance détecte une escadrille d’avions de combat en mouvement en direction du Sacré-Cœur.
Des tanks, et maintenant des avions. C’était le pompon. Une division d’hommes lourdement armés suivait de près.
- Ici périmètre 1, nous avons le contact visuel !
- L’ennemi approche rapidement : quels sont les ordres, Officier ?!
- Aucune réponse du Commandement… Ni du Ministre Mickael… Ni de notre Président.
- … BAISSEZ TOUS VOS ARMES ! NOUS NOUS REPLIONS !
Et les troupes déployées là par Gérard décampèrent sans même engager le combat, livrant la population civile réfugiée dans la basilique aux assauts ennemis. Ce serait un carnage. Peu après, les avions prirent position au-dessus de la basilique… et lâchèrent des bombes incendiaires, similaires à celles utilisées lors de la Guerre du Vietnam. Joris était arrivé au pas-de-course juste après : tout le monde s’était réfugié dans le chœur, encore épargné par les bombardements, et malgré la teneur dramatique de l’instant, il fut accueilli par des exclamations de joie. Tout le monde croyait que le vent allait tourner avec son arrivée.
- Mes amis… mes frères… Je suis navré. Nous nous sommes pensés trop puissants. Nous avons perdu.
- Comment ça perdu, Monsieur Joris ? Et les troupes ?!
- Les troupes viennent de décamper en empruntant les catacombes. Catacombes qui viennent de s’effondrer, soit dit en passant. Nous sommes bloqués ici, et la division armée au-dehors a entouré la butte, exécutant toute personne fuyant la basilique. Nous sommes condamnés. Je suis désolé… de ne pas avoir pu faire plus pour vous.
De la poussière s’était mise à tomber du plafond. Il y eut un instant de silence, puis...
- M’sieur Joris, on peut qu’vous remercier pour vos bienfaits.
C’était un vieil homme en fauteuil roulant qui s’était approché de lui pour lui serrer la main. Une jolie et jeune adolescente aux cheveux roux et au visage constellé de taches de rousseur s’approcha également, et l’enlaça brièvement.
- Merci Joris, nous n’aurions pas pu être mieux traités par quelqu’un d’autre !
Un petit garçon qui avait perdu ses parents trottina vers lui, et Joris le fit grimper sur ses épaules.
- Monsieur Joris, vous nous savez tous sauvés, et on vous sera éternellement reconnaissants !
Un couple, formé d’une femme voilée et d’un homme portant la kippa qui se tenaient la main, approcha lui aussi.
- Monsieur Joris, vous nous avez amené la paix, vous nous avez apporté le respect de l’autre, sans parler que nous avons pu manger, dormir, nous soigner grâce à vous. Même si notre fin est tragique, ce qui s’est déroulé avant n’aurait pas pu être meilleur. Ne soyez pas triste, car vous avez été un héros.
Et les témoignages et remerciements se multipliaient, tandis qu’une véritable marée humaine se formait autour de Joris : tous voulaient lui serrer la main. Une partie des vitraux explosèrent tandis que les bombardements s’intensifiaient, et des cris se firent entendre : mais Joris leva la main et incita au calme.
- Des bombes incendiaires sont larguées sur ce lieu-saint en ce moment-même… et… je ne veux pas vous mentir : nous allons mourir. Mais tâchons, s’il vous plait, de rester dignes. Comme l’a dit un grand homme : après tout, pour un esprit équilibré, la mort n’est qu’une grande aventure de plus. Si certains veulent tenter leur salut par la fuite, je ne les retiendrai pas, et je leur souhaite bonne chance. Les autres qui voudront rester pourront compter sur ma présence : je ne fuirai pas.
Personne ne s’en alla. La rouquine qui avait enlacé Joris fit une suggestion.
- Je pense que le moment est idéal pour une prière finale, n’est-ce-pas ?
- Mais… Il y a parmi nous des Chrétiens, des Musulmans, et des Juifs… comment va-t-on ?...
Plusieurs personnes répondirent.
- Vous savez, on peut s’adapter, occasionnellement…
- Bon. J’ai déjà un texte en tête. Il a été prononcé par un personnage que j’admire beaucoup, et… en ce moment-même, je me sens très proche de ce personnage-là.
Et c’est ainsi qu’une scène d’une incroyable beauté, mais aussi d’une certaine tristesse se déroula sous le dôme de l’abside de la Basilique du Sacré-Cœur : l’image qui était donnée-là était celle de croyants issus de confession différentes, mais qui partageaient tous leur dernière prière en se tenant la main alors que le moment était venu de rejoindre leur créateur. Les effondrements et explosions ne touchaient pas le groupe en prière pour le moment. Après un Notre-Père et un Ave Maria, Joris entonna le texte dont il savait que c’était celui qui correspondrait le mieux à la situation, tant factuelle que symbolique.
- ... puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu. Et il n'y avait plus de mer et je vis...
Les bombes firent voler en éclats les derniers vitraux indemnes.
- ...puis j'entendis une voix clamer depuis le trône : voici la demeure de Dieu, et ils s'y installeront et ils seront tous son peuple. Et Dieu lui-même, Dieu sera avec eux... et il sera leur Dieu...
Plusieurs colonnes s’écroulèrent, mais les haut-plafonds tinrent bon.
- ... et Dieu séchera lui-même toutes les larmes de leurs yeux ; et de mort il n'y en aura plus aucune. Et de cris il n'y en aura plus aucun. Et de peine il n'y en aura plus aucune. Car l'ancien monde aura totalement disparu...
Et ce fut la fin. L’édifice, dont la première pierre avait été posée en 1875, avait vaillamment résisté aux bombes incendiaires auxquelles il n’était pourtant nullement censé résister. Mais une ultime bombe incendiaire fit s’écrouler les dernières colonnes, puis les poutres. Et là, d’un même mouvement, le plafond de la nef s’effondra. La seconde suivante, le grand dôme de l’abside, merveille de mosaïques bleues et dorées représentant le Christ, vola en une myriade de morceaux colorés. Le Sacré-Cœur avait été vaincu.

Pendant ce temps-là, l’émissaire Olivier n’avait pas chômé. Parti à toute vitesse du Sundowner pour remonter vers Paris à bord de son 4X4, il avait slalomé entre les obstacles, et après avoir dépassé la carcasse d’un véhicule tout-terrain ressemblant étrangement au sien, puis un groupe de trois personnes lui ayant fait de grands signes sans qu’il ne daigne s’arrêter, il avait franchi la Porte de Sèvres pour s’arrêter au pied de la Tour Eiffel, qu’il avait grimpée fort prestement en manquant de faire tomber Joris qui, lui, descendait l’escalier à toute vitesse. Hélas, la bonne nouvelle qu’il apportait rencontra peu d’échos dans la mesure où l’Alliance Parisienne était en pleine crise.
- Mes amis ! Nicolas, Aurélie, et les autres : ils sont vivants ! Ils habitent dans le petit refuge qu’on avait vu un peu au Sud !
- Formidable, Olivier. Nous, on va tous mourir.
- Que… quoi ?
Olivier fut rapidement mis au courant de la situation. Dès lors, sans perdre un instant, il fila dans la pièce située à côté du bureau de Gérard : c’était là où se trouvaient le peu d’équipements de télécommunications en état de marche qu’ils avaient en leur possession. Olivier s’était mis en quête d’appeler leurs alliés. Sans eux, la Rive Gauche était fichue. Il revint vers Gérard, Elodie et son compagnon Mickael, ainsi que Jean-Philippe peu après.
- Gérard ! L’Armée Belge dit qu’ils font route vers nous rapidement ! Ils sont à toute vitesse !
- C’est notre seul allié ayant répondu ?
- Le seul qui soit proche, Gérard. Ils disent qu’ils ne seront pas là avant quatre heures.
- Avant quatre heures ?! Merci, Olivier…
Histoire d’achever Gérard, ce fut à ce moment-là, alors qu’Olivier retournait à son poste, qu’ils purent voir par les baies vitrées l’effondrement du Sacré-Cœur. Les avions avaient disparu au loin.
- Mon Dieu… Joris.
Et ce n’était pas fini. La porte s’ouvrit au même-moment, révélant un lieutenant dont l’uniforme avait été salement amoché.
- Monsieur Piouffre ! Les anarchistes et antifascistes viennent de faire tomber l’État et pris le contrôle de leur territoire! Ils ont découvert notre eau concédée par la Ministre de la Culture Elodie ! Ils s’attaquent au Louvres et massent leurs troupes sur nos ponts !
Elodie (la Maman) poussa un cri.
- Elodie ! Je vais la chercher !
Mickael lui barra le passage.
- Tu restes ici ! C’est bien trop dangereux maintenant !
Elodie se tourna vers Gérard.
- Gérard, que fait-on, au nom du ciel ?!
Gérard répondit d’une voix tellement faible qu’ils faillirent ne pas entendre la réponse.
- C’est fini. Partez. Maintenant, c’est chacun pour soi.
Le lieutenant ne se fit pas prier, et décampa sur le champ. Gérard se dirigea ensuite vers le poste d’Olivier.
- Olivier. Tu peux partir. Maintenant, c’est chacun pour soi.
Olivier se retourna vers Gérard, lui accorda une seconde de regard de hibou, puis se reconcentra sur sa tâche. Son interlocuteur haussa les épaules, puis revint vers la salle de réunion. C’en était fini de l’énergique et vertueuse présidence de Gérard Piouffre : il s’était assis, l’air sonné, incapable de prononcer le moindre mot supplémentaire, et sa femme Véronique était venue lui tenir la main, gardant son inquiétude pour elle. La Rive Gauche allait sombrer… dans les ténèbres.

Après un moment de silence empli de malaise (cela devenait une habitude), Jean-Philippe prit la parole. Le remords se lisait sur son visage.
- C’est ainsi. Nous pensions la Rive Gauche quasiment imprenable, mais nous ne pouvions tout simplement pas prévoir que nos ennemis récupéreraient des tanks. Je vais tâcher de faire rajouter des barricades et de faire tenir celles qui sont encore debout pour ralentir les Loups Blancs. Bon courage et bonne continuation à vous.
Et il sortit. Mickael prit la parole à son tour.
- Bon. Je dois agir aussi. Je vais tâcher d’aller commander ce qui reste de nos troup…
- Tu es fou ? Et moi ? Et Clément ? Tu restes ici !
- Nos soldats et notre population se font massacrer par notre inaction, Elodie !
- Et tu vas laisser ta famille seule ? Et si tu te fais tuer ? Je demande à Jean-Philippe de fabriquer un nouveau Papa à Clément ?! C’est fini, Mickael, on doit s’enfuir avant qu’il ne soit trop tard !
- Je ne peux pas laisser mes hommes dans le besoin, je te rejoindrai plus tard !
- Je ne pars pas sans toi !
- Je refuse de m’enfuir en laissant les autres derrière !
- JE NE PARS PAS SANS TOI !!
Gérard s’énerva.
- Bon, vous avez fini, le couple Strauss ?! Je vous ordonne de quitter cet endroit maudit immédiatement. Mickael, je te relève de tes fonctions. De toute façon, nos troupes se sont disloquées et/ou enfuies. Pars avec Elodie. Veillez bien sur Clément. D’ailleurs, il est resté en bas avec sa nurse. Allez le récupérer avant qu’il ne lui arrive quelque chose.
Il avait à peine terminé sa phrase qu’un gros « BOUM ! » secoua la Dame de Fer. La lumière s’éteignit. Le restaurant Jules Verne sembla commencer à s’incliner. Mickael alla regarder par les fenêtres : les tanks s’étaient alignés non-loin de la Tour Eiffel et avaient commencé à la bombarder.
- Il faut s’enfuir !
Il attrapa la main d’Elodie et se précipita vers la porte, mais elle le freina.
- Gérard ? Tu… ne viens pas ?
Gérard ne répondit pas : il se leva et se dirigea vers son bureau, un bras passé autour de la taille de sa femme Véronique, et il referma la porte. C’était de son bureau qu’on avait la plus belle vue sur Paris.
- Gérard, tu plaisantes !? Tu viens avec nous !!
Elodie s’était séparée de Mickael et s’était mise à tambouriner à la porte du bureau de Gérard quand une nouvelle explosion brisa les baies vitrées et accentua nettement l’inclinaison du restaurant : on entendit un grondement de métal inquiétant, tandis que toutes les chaises dégringolaient d’un seul côté. Olivier, lui, était toujours à son poste : il avait activé son groupe électrogène… et semblait ne pas vouloir partir malgré l’anéantissement imminent de la tour. Mickael rejoignit Elodie, l’étreignit brièvement, puis la tira vers la sortie sans rajouter un mot. Gérard resterait dans la Tour Eiffel quoiqu’il arrive. L’équivalent du Capitaine refusant de quitter son navire…

Mickael et Elodie avaient à peine atteint la dernière marche des escaliers et récupéré Clément des bras de sa nounou (évanouie) qu’on entendit une forte explosion depuis la Seine, ajoutée à un flash lumineux : Gérard avait fait sauter tous les ponts de Paris pour empêcher les anarchistes et antifascistes de déferler sur la Rive Gauche. Jean-Philippe, plusieurs mois auparavant, avait placé des explosifs sous chacun des ponts en s’inspirant de l’histoire du Général allemand Dietrich von Chlotizt qui avait reçu l’ordre en 1944 de faire sauter les ponts et monuments de Paris alors que la Libération approchait ; mais le plan était différent en 2014, il s’agissait juste de ralentir la progression ennemie en cas d’invasion, et non pas de détruire gratuitement ces ponts en guise de vengeance à l’esprit allemand. L’instant d’après, une nouvelle salve de tirs provenant des tanks secoua encore une fois la Tour Eiffel : de nombreux débris issus du restaurant Jules Verne chutèrent, ainsi que de lourdes poutres métalliques. Puis, dans un grondement assourdissant, les bases de béton se fissurèrent, les pieds métalliques se brisèrent, les ascenseurs et l’escalier tombèrent comme des dominos, et la Dame de Fer s’inclina lentement d’abord, puis de plus en plus vite, dans la direction opposée à celle des chars. Elle s’effondra finalement dans un fracas assourdissant sur le Trocadéro, situé en face, qui s’écroula sous le choc. Avec le symbole de Paris avaient disparu les deux plus grands historiens du Titanic de France…

Tout était resté calme pendant un moment au Musée du Louvres. Elodie (la Belge) n’avait, en réalité, rien entendu de l’assaut mené contre le Sacré-Cœur, et elle se dirigeait vers la sortie avec la Joconde sous le bras (durement récupérée chez les barons de la drogue de Montmartre, mais il en fallait plus pour l’impressionner) lorsqu’elle fit une rencontre pour le moins désagréable. Des anarchistes et antifascistes se tenaient devant la sortie, cocktail-molotov et couteaux à la main. Elodie n’eut pas besoin de résumé : elle avait très bien compris que les gens en face d’elle avaient fait tomber l’État, et ayant découvert le contrat secret de fourniture en eau potable, avaient décidé de s’attaquer au Louvres en représailles. Le meneur du groupe s’approcha d’elle.
- Eh bien, qu’est-ce qu’elle a sous le bras, la mignonne ?
Il ponctua sa phrase d’une légère caresse sur la joue d’Elodie. Celle-ci répondit immédiatement en assénant un vigoureux coup de pied dans les bijoux de famille de l’homme, qui s’écroula à terre, plié en deux par la douleur. Avant que les autres n’aient pu faire un geste, Elodie ramassa le couteau du meneur, et le jeta droit vers l’une des alarmes-incendie, qui s’actionna sous le choc. Une sonnerie stridente retentit, et des volets métalliques descendirent devant les œuvres d’arts dans l’intégralité du musée. La seconde d’après, les sprinklers au plafond se déclenchèrent, libérant une douche d’eau dans toutes les salles : les ennemis d’Elodie finirent trempés, et leurs cocktail-molotov devinrent inutilisables. La haine se lisait dans leurs yeux : ils s’avancèrent alors d’un pas déterminé vers elle. Elodie, trempée elle aussi, recula, brisa d’un coup de coude l’une des vitrines de l’exposition consacrée aux arts de l’Islam, et en retira un cimeterre, une splendide épée à lame courbée provenant du Moyen-Orient.
- Vous voulez jouer, mes chatons ? On va jouer !
Les anarchistes et antifascistes ricanèrent lorsqu’Elodie se jeta sur eux, mais ils déchantèrent net en voyant que deux d’entre eux avaient été assommés avec une rapidité foudroyante par celle qui se battait comme une tigresse. Ils tentèrent de résister quelques instants, mais devant l’énergie démesurée que mettait Elodie pour les mettre hors d’état de nuire, ils ramassèrent leurs compagnons assommés, et se sauvèrent sans demander leur reste.  Elodie, un sourire triomphal au visage (après tout, elle venait de sauver le Musée du Louvres !), passa l’épée à sa ceinture (elle était ravie de n’avoir eu à tuer personne : le manche suffisait pour assommer), ramassa la mallette hermétique en métal contenant la Joconde (qui heureusement n’avait pas souffert de la douche), et se précipita à son tour vers la sortie. Parvenue dehors, elle frissonna à cause du vent accentuant le fait qu’elle était complètement trempée, puis franchit le Pont de la Concorde au pas de course. Au même instant, une monstrueuse explosion fit trembler le pont, qui s’écroula, et Elodie fit un vol plané. Elle réussit à articuler une phrase pour elle-même, juste pour voir si elle n’était pas morte.
- On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement !
Elle se releva difficilement, ramassa sa mallette, et constata que l’un des verres de ses lunettes s’était fendu. Elle avait à peine fait un pas que ce fut cette fois la Tour Eiffel qui s’effondra. Étouffant un cri d’horreur à la pensée qu’Elodie, Joris, Gérard, et les autres pouvaient être à l’intérieur, Elodie sprinta jusqu’au Champ de Mars, situé juste sous la Tour Eiffel. En cours de route, en passant devant le Musée d’Orsay, elle crut reconnaitre Jean-Philippe, perché sur des échafaudages et l’air un peu perdu, qui remontait la magnifique horloge du bâtiment, mais elle ne s’attarda pas et continua de courir. Elle entendit une fusillade derrière elle juste après, et se hâta, en espérant que l’architecte n’en avait pas fait les frais. C’était hélas le cas…

Le Bois de Boulogne était en vue. D’ici peu, Tiphaine, Guillaume, et Anastasia allaient enfin pénétrer dans Paris. Les phénomènes bizarres ne s’étaient pas arrêtés, loin de là : il s’était mis à pleuvoir à seaux juste après la disparition d’Olivier, ce qui n’avait pas facilité leur marche vers la capitale. En cours de route, ils étaient tombés face à une véritable procession de femmes vêtues à la mode de la fin du XVIIIème siècle, arborant des cocardes tricolores, portant fourches et faux, tirant des canons, et scandant « On va chercher le Boulanger, la Boulangère, et le Petit Mirliton ! ». Ils n’avaient pas cherché à comprendre, et avaient traversé la troupe de femmes comme ils avaient pu. Curieusement, le déluge cessa à la seconde où ils se retrouvèrent sous les premiers arbres du Bois de Boulogne. Ici aussi, le ciel était devenu vert. Ils entendaient maintenant des bruits semblables à des explosions, ce qui était assez peu rassurant. Ils se trouvaient devant une espèce de petite cabane entourée de part et d’autres de grilles surmontées de barbelés : il fallait traverser la cabane pour pouvoir entrer dans le bois. Un homme d’allure délurée, assis sur une chaise devant la porte et tenant un gros pistolet, les regardait avec un air particulièrement salace.
- Oh, mais revoilà notre cher… euh… Guillaume, c’est ça ? Je te l’avais dit que tu reviendrais nous voir, je savais qu’on allait te manquer, mon chéri !
Tiphaine, l’air interdit, regarda successivement Guillaume et le vigile sans comprendre. Anastasia, elle, essayait de regarder par la fenêtre de la cabane pour tenter d’apercevoir la Tour Eiffel.
- Eh bien, poupée, il ne te l’a pas dit ? Afin d’entrer dans Paris par l’Ouest, il faut passer par le Bois de Boulogne, qui est sous notre contrôle… et il y a un péage dont il faut s’acquitter !
- Mais… Guillaume n’avait pas d’argent quand…
- De l’argent, ahahah ! Comme si il avait encore de la valeur ! Non, nous faisons payer en effeuillage.
- En effeu…
Tiphaine regarda Guillaume, qui devenait de plus en plus rouge, et se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire. Elle tenta de reprendre son sérieux.
- Et si les gens refusent ?
Le vigile aux humeurs lubriques désigna son arme d’un air éloquent.
- Pan Pan. Mais bon, on n’est pas des malades, on ne fait enlever que le haut !
Tiphaine crut entendre Guillaume grommeler « Encore heureux… » et ne put s’empêcher d’émettre un ricanement.
- C’est bon, Guillaume, rhôh, ça aurait pu être pire ! Allez, hop, paye le péage, Anastasia et moi regarderons ailleurs !
Alors que Guillaume manifestait sa désapprobation (on ne pouvait pas lui en vouloir), Anastasia se détacha de sa fenêtre, et alla se planter droit devant le vigile.
- Je suis son Altesse Impériale la Grande-Duchesse Anastasia Nikolaïevna de Russie, benjamine des héritières de la dynastie des Romanov, fille du Tsar de toutes les Russies Nicolas II et de la Tsarine Alexandra Feodorovna, et je vous somme de nous laisser passer sans mettre tout nu ce pauvre jeune homme, ou il vous en coûtera !
Le vigile tomba des nues devant cette démonstration d’éloquence.
- Euh… ok.
Et il s’écarta, laissant passer Tiphaine et Guillaume, regardant Anastasia avec admiration. Guillaume garda un teint d’un rose soutenu pendant de longues minutes. Ils marchèrent sous les arbres pendant quelques instants, avant de déboucher du bois et de traverser le Jardin du Ranelagh. Ils en sortirent ensuite pour se retrouver à côté du Trocadéro. La Tour Eiffel se trouvait en face, fièrement dressée (bien qu’un peu penchée).
- Eh bien, Olivier avait tort, c’est plutôt bien conservé ! Bienvenue à Paris, Anastasia !
Une forte explosion étouffa la réponse que préparait Anastasia, et de là où ils étaient, les trois compères assistèrent à la destruction des ponts de la capitale.
- Euh… Olivier n’avait pas dit que Gérard contrôlait tous les ponts ? Il a une drôle de manière de s’en occuper, surtout que…
Une nouvelle explosion et un grincement métallique interrompit Guillaume, et frappés d’horreur, lui et les filles assistèrent en direct à l’effondrement de la Tour Eiffel, qui manqua de peu de s’écraser sur eux en s’abattant sur le Trocadéro. Anastasia regarda tristement la carcasse de la Dame de Fer.
- Est-ce que tous les Français sont comme ça ? Vous gérez votre patrimoine d’une bien étrange façon…
- Non Anastasia, je crois que nos amis ont des problèmes. C’est une guerre… Venez les filles, il faut traverser, je ne crois pas qu’on soit dans un territoire pacifique !
Tiphaine commenta ironiquement en voyant les occupants anarchistes et antifascistes du Trocadéro sortir des décombres, lance-roquettes et AK-47 à la main, lançant des menaces de mort aux occupants de la Rive Gauche.
- Ah bon Guillaume, tu crois ?... Et on traverse comment, d’ailleurs, à la nage ?
- Arrête de plaisanter et viens aux quais !
Tous trois se retrouvèrent aux quais… et Tiphaine, ne plaisantant plus du tout, pointa la Seine, effarée.
- Regarde !
Guillaume fronça les sourcils, regarda lui aussi, et se frotta les yeux. Le Nomadic, sans cheminée, mâts, ni superstructures, dérivait sur le fleuve.
- Il était amarré au pied de la Tour Eiffel, n’est-ce pas ?
- Oui, Guillaume, mais c’était dans les Années 2000… comment…
- Tiphaine, je crois que je commence à comprendre quelque chose... Mais plus tard, les explications. Grimpons dessus et passons de l’autre côté !
- Il n’a pas fière allure, votre bateau…
Tiphaine railla la jeune fille.
- Navré, votre Altesse, notre concessionnaire nautique est indisponible pour le moment !
Le trio sauta donc en même temps sur le transbordeur, et Tiphaine alla se mettre aux commandes. Quelques instants plus tard, le dernier vestige de la White Star Line accostait un peu violemment sur la Rive Gauche. La proue, défoncée, commença à faire eau.
- Désolé pour le choc, mais je ne sais pas où sont les freins : je préfère la voile, moi !
- Si on m’avait dit un jour que Tiphaine coulerait le Nomadic… Allez, dépêchons, je ne veux pas qu’on se retrouve au fond de la Seine !
- Au moins, on s’amuse, avec vous ! Le XXIème siècle est décidément très… détonant !
Ils abandonnèrent donc le transbordeur naufragé, montèrent quatre à quatre les escaliers donnant accès aux quais, et se précipitèrent vers le Champ de Mars. Même de loin, ils pouvaient reconnaître des silhouettes familières… hélas entourées par des combattants armés jusqu’aux dents.

Juste après l’effondrement de la Tour Eiffel, Mickael et Elodie s’étaient retrouvés encerclés par quelques  Loups Blancs à droite, et par quelques anarchistes et antifascistes à gauche : ils avaient réussi à passer malgré la destruction des ponts. Tous avaient un regard carnassier et étaient lourdement armés. Le chef de ceux de gauche, un grand brin filiforme, s’avança vers Elodie et cracha à ses pieds.
- Alors, petite idiote ? Tu pensais nous tromper pendant longtemps, avec ton contrat secret d’eau potable négocié par ta petite copine belge ? J’ai envoyé des hommes s’occuper d’elle. Quant à toi, tu vas payer ta trahison très cher. Attrapez-la !
Mickael se plaça devant Elodie avant que quiconque ait pu faire un geste. Il la fit reculer rapidement contre le 4X4 d’Olivier, dont le coffre avait été fouillé et retourné. Hélas pour lui, le chef des Loups Blancs, un énorme colosse blond, s’approcha à son tour, et le mit à terre d’un vigoureux uppercut.
- Voilà donc le salopiaud qui tient mes troupes en échec depuis des mois, et à qui je dois de nombreuses pertes humaines dans mes rangs. On va bien s’occuper de toi, je te le promets.
Le petit Clément se mit à pleurer. Le chef des anarchistes et antifascistes se boucha les oreilles, tandis que celui des Loups Blancs cherchait à attraper le bébé.
- Un bébé, comme c’est mignon. Dommage, là où vous allez, vous ne pourrez plus vous en occuper. On va s’en charger, nous. Je suis sûr que les poissons du fond du fleuve seront parfaits pour lui, comme nouvelle famille…
Ce fut trop pour Elodie. Il ne fallait pas sous-estimer l’instinct d’une mère acculée devant faire face à la perte de sa progéniture. Se baissant rapidement, elle se saisit d’une poêle en fonte tombée du coffre du véhicule auquel elle était adossée, et l’envoya en plein dans le nez du colosse. Celui-ci tomba à terre et ne se releva pas. Les Loups Blancs dégainèrent leurs fusils et la visèrent tandis que les autres reculaient dans le désordre. Ce fut à ce moment-là que l’autre Elodie, passablement essoufflée, arriva sur les lieux, et sans perdre un instant, envoya violemment la mallette sur les Loups Blancs puis sortit son cimeterre. Surpris, ceux-ci se retournèrent, et Elodie en profita pour utiliser à nouveau sa poêle, tandis que Mickael s’était relevé et mettait à terre les rares Loups Blancs encore debout. Les anarchistes et antifascistes décampèrent, de peur de passer eux aussi à la casserole, ou plutôt à la poêle. Guillaume, Tiphaine, et Anastasia (qui avaient tout vu) arrivèrent au même moment, et Anastasia se jeta sur le seul ennemi encore debout, lui administrant une belle volée de coups de poings. Le coup de feu atteignit la princesse en pleine poitrine, la faisant choir, tandis que Guillaume arrachait le revolver des mains du soldat et l’assommait ensuite. Tout le monde se regroupa ensuite autour d’Anastasia… qui, à leur grande surprise, se releva.
- Quoi ? Quand j’étais prisonnière à la Villa Ipatev, j’ai cousu mes bijoux dans la doublure de ma robe pour que mes geôliers ne me les volent pas… ça a fait rebondir la balle.
Tout le monde soupira, rassuré, et Clément cessa de pleurer : à présent, il gazouillait en reconnaissant Tiphaine et Guillaume. Elodie(s) étai(en)t perplexe(s).
- C’est étrange, tu ressembles à Anastasia, la princesse russe…
- C’est normal, je suis Anastasia !
Elodie (la Belge) sembla alors au bord de l’évanouissement, d’une part à cause de l’incroyable effort physique dont elle venait de faire preuve, et d’autre part par sa stupéfaction de se retrouver devant une princesse russe ayant été assassinée au siècle dernier : elle préféra s’asseoir dans la voiture pour reprendre ses esprits après avoir récupéré sa mallette. Mickael alla lui aussi à la voiture, se mettant en quête d’une trousse à pharmacie pour soulager la bosse qu’il avait au front. Guillaume, lui, couvrait Anastasia de louanges. Tiphaine (surveillant Guillaume d’un œil désapprobateur) resta deviser avec Elodie, qui tenait Clément : il essayait d’attraper le nez de Tiphaine.
- C’est bon de vous revoir… vous avez eu chaud…
- Je confirme. J’ai cru qu’on allait tous y passer…
- Je resterais bien discuter, mais on a peu de temps avant que ces dangereux zozos se réveillent. Où sont les autres ?
Le regard sinistre d’Elodie tint lieu de réponse. Tiphaine baissa les yeux. Mickael, un pansement sur le front, héla tout le monde avant de s’installer au volant du 4X4 d’Olivier.
- Tout le monde en voiture avant que les choses ne redégénèrent ! Nous devons abandonner Paris !
- Ah bah c’est malin, et nous qui avons fait tout ce chemin à pied pour repartir aussitôt… Je suis désolée que le projet de Gérard ait connu une telle fin, Elodie…
- Hélas, Tiphaine, ça nous pendait au nez. Tout était trop parfait pour durer… Filons. On va se mettre en route vers votre refuge avant qu’on se fasse attaquer à nouveau.

L’Alliance Parisienne avait vécu, et Gérard, Olivier, Joris, Jean-Philippe, et des milliers d’anonymes de tous âges et de toutes conditions reposaient désormais en paix. Le monde dont ils avaient fait partie, et qu’ils avaient aidé à façonner avec les deux Elodie et Mickael, disparaitrait aujourd’hui. Demain, un nouveau monde naîtrait, qu’une nouvelle génération – peut-être Clément ? – façonnerait à son tour, et c’était à cette relève que la décision appartiendrait de vouloir à nouveau sauver Paris. Pour l’heure, il fallait abandonner la capitale, car toute résistance était devenue futile et inutile. Ce fut chose faite quand le véhicule tout-terrain transportant Tiphaine, Anastasia, les deux Elodie, le petit Clément, Guillaume, et Mickael passa la Porte de Sèvres pour la dernière fois, et fila pleins gaz vers le Sundowner, alors que les deux factions extrémistes restant là s’affrontaient à mort pour prendre le contrôle total de la capitale. Tout n’était plus que brasiers, décombres, explosions, et mort dans la Ville-Lumière.

Le Chef des Loups Blancs finit par se réveiller au milieu de ses hommes assommés, le nez en sang, et erra jusqu’au Panthéon, un peu désorienté à cause de la douleur irradiant son nez cassé et de la fureur amenée par la fuite des membres survivants de l’Alliance Parisienne. Là, il aperçut la statue d’Emilie, et il reconnut la jeune femme qui les avaient attaqués, lui et plusieurs de ses complices, lorsqu’ils avaient tenté de dévaliser le Parc des Expositions de la Porte de Versailles un an plus tôt : c’était lui qui l’avait abattue avec son revolver. Rendu encore plus furieux par cette « apparition », il donna un gros coup de pied dans le socle de la statue pour la renverser. Au lieu de se renverser, le socle se fissura, et la statue de bronze tomba droit sur le gros colosse blond, qui n’eut pas le temps de se mettre à couvert : il reçut en plein sur le crâne la lourde effigie en métal, le tuant sur le coup. Justice avait été faite.

Du début du trajet menant au Sundowner, qui se déroula sans encombre (il ne pleuvait plus), on ne retiendrait que le dernier exploit du petit Clément, qui avait vomi sur la belle robe de l’infortunée Anastasia pendant que celle-ci racontait ce qu’il s’était passé avec Vincent à ceux qui ne savaient pas encore. Mais, un kilomètre avant la fin, ils aperçurent un homme en uniforme coloré gisant sur la route à côté d’une sorte de canon, et ils durent s’arrêter. Guillaume sortit de la voiture, et s’approcha de lui. On entendit alors un sifflement aigu venant du canon, puis il y eut une explosion qui souleva un nuage de terre, et la voiture fut éjectée en arrière, faisant un tonneau avant de s’immobiliser roues en l’air. Les occupants ne furent pas blessés, mais Clément se remit à pleurer. Tiphaine, devenue comme folle, arracha complètement la portière en tentant de s’extraire du véhicule, et se précipita comme une furie vers Guillaume, qu’on devinait adossé contre un arbre à travers le nuage de terre qui se dissipait. Il ne semblait pas blessé, mais il avait les yeux fermés.
- Guillaume ! Guillaume !! Réveille-toi ! Ne pars pas, reste avec nous, reviens à toi ! Guillaume !! S’il te plaît !
Guillaume ne se réveillait pas, et il ne semblait pas respirer. Tiphaine prit une voix étrangement aiguë et sembla totalement paniquer.
- Guillaume, tu ne vas pas me… nous laisser !!! Réveille-toi, je t’en supplie !!!
Guillaume ne bougea pas d’un cil. Il était…
- GUILLAUME !!!!
Tiphaine, ne sachant que faire, et sentant qu’elle allait finir par pleurer sans vraiment comprendre pourquoi, finit par mettre une gifle monumentale à Guillaume sans trop savoir ce qu’elle faisait. Le jeune homme ouvrit grand les yeux.
- AÏÏÏE ! Non mais t’es complètement folle ou quoi ?!
Tiphaine passa près du malaise, et une fois remise du choc de voir Guillaume en vie, elle se sentit devenir toute rouge : elle devinait la présence des autres dans son dos, et elle eut soudainement l’impression que le comportement éploré qu’elle venait d’avoir allait faire jaser.
- Je… désolée… j’ai eu peur que tu sois mort car… car euh… Je...
Les yeux de Guillaume devinrent soudainement brillants. Les membres du groupe derrière Tiphaine se détournèrent vivement et semblèrent tous s’intéresser avec passion à une boîte de conserve rouillée près d’un arbre.
- Car je t’… euh… Je t’ai…
Tiphaine, ressemblant de plus en plus à une tomate, toussa un bon coup.
- HEM, car je t’ai demandé de réparer les volets.
- Quoi ?
Guillaume regarda Tiphaine, incrédule. Le reste du groupe, oubliant la boîte de conserve, tourna vivement la tête vers elle, même Clément, qui prit un air choqué passablement comique. Tiphaine se releva, reprenant son calme et son caractère posé alors que le rouge quittait ses joues embrasées.
- Eh bien, oui, je t’ai demandé de réparer les volets avant-hier, car ils ne ferment plus et laissent passer le froid : ça gaspille la chaleur ! Comme aurait dit Vincent, le bois coûte cher, ça ne poussa pas sur les arbres !
Toute trace de brillance avait disparu des yeux de Guillaume. En fait, l’air abasourdi qu’il arborait actuellement n’aurait pas été différent si Tiphaine l’avait giflé une deuxième fois. Il se releva lentement, tandis que Tiphaine tournait les talons, contemplait la voiture inutilisable et le groupe regardant en l’air, avant de marcher à grands pas vers le Sud.
- Allez, en avant. Le Sundowner est droit devant !
Le groupe s’ébranla et marcha à sa suite, pendant que Mickael finissait de relever Guillaume et vérifiait qu’il n’avait rien de cassé, avant de récupérer la trousse à pharmacie dans la voiture et de rejoindre le groupe. Guillaume, encore un peu sonné par l’explosion – et par Tiphaine – resta quelques instants derrière et regarda les débris du canon et de l’obus qui s’était déclenché dedans, avant de tourner les yeux vers le corps de l’homme qui avait été soufflé vers l’un des buissons : son uniforme était constitué de la livrée de l’armée Napoléonienne. Songeur, Guillaume rejoignit rapidement le groupe qui s’était mis en marche.

La marche du dernier kilomètre avant le Sundowner passa plutôt rapidement, et ce dans la bonne humeur. Elodie (avec les lunettes), digne représentante de la monarchie belge, parlait avec Anastasia – digne représentante (on pouvait difficilement trouver meilleure représentante) du régime impérial russe – comme si elles étaient les meilleures amies du monde ; tandis que l’autre Elodie avançait gaiement en tenant la main de Mickael tout en portant Clément, celui-ci s’émerveillant du paysage forestier. Tiphaine menait toujours la marche et Guillaume la terminait, mais tous deux avaient un air un peu sombre, qui leur était venu après que cette dernière lui ait demandé comment il allait – ce à quoi il l’avait sèchement envoyée paître. Le groupe allait bientôt arriver, les retrouvailles se faire, et l’histoire se terminer. Du moins, c’est ce qu’ils pensaient…


Dernière édition par Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 22:53, édité 1 fois
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 2:21

Partie 3/5 : Deus Ex-Machina

Au Sundowner, l’ambiance était calme. Les Romanov étaient tous partis se coucher, épuisés par leur voyage – dans le temps – et la matinée un peu folle qu’ils avaient vécu. Nicolas était parti pédaler pour alimenter leur batterie, pendant qu’Aurélie faisait les cents pas dans le séjour ; Antoine, lui, avait été mandé par Alexis, le fils du Tsar, pour lui expliquer le fonctionnement des voitures, trains électriques, et autres avions à réaction. De son côté, Denis, les yeux rouges et l’air hagard, lavait une assiette dans l’évier pour la cent-vingt-cinquième fois consécutive quand celle-ci lui échappa des mains et se fracassa contre le plan de travail avant de tomber par terre. Denis haussa les épaules et s’accroupit pour ramasser les morceaux, quand son regard tomba sur une petite bouteille de whisky rangée sur une étagère basse. Il s’en saisit, et, se sentant un peu honteux, en prit une bonne rasade – qui avait un goût très étrange – directement au goulot, avant de la reposer sur le plan de travail pour plus tard. Hélas pour lui, il n’y avait plus de plan de travail. Ledit plan de travail était recouvert par un entrelacement de tiges et de feuilles sur lesquelles poussaient de gros haricots. Cet entrelacement  était passé par la porte de la serre, restée entrouverte. Denis recula en se demandant si il était déjà ivre, et tourna la tête vers la serre avant d’étouffer une exclamation de surprise : on ne voyait plus rien d’autre dans la serre qu’un foisonnement de tiges, de feuilles, et de fruits et légumes de taille anormalement élevée. Au même instant, plusieurs des vitres de la serre éclatèrent, par lesquelles s’étendirent les plantes qui semblaient pousser à vue d’œil : on se serait cru dans une mauvaise parodie du film Jumanji. Denis jeta la bouteille à la poubelle et s’apprêtait à aller se recoucher quand Aurélie, intriguée par le bruit, entra au même moment et poussa un hurlement.
- Denis, qu’est-ce que c’est que ça ?!
- Que… tu les vois toi aussi ? Ce n’est pas le whisky ?
- Le whisky ? Qu’est-ce que tu racontes ? La bouteille, là ? C’est du sirop pour la toux ! Pourquoi, tu y as… AAAAAH !
Aurélie avait poussé un hurlement en s’apercevant qu’une des tiges s’était enroulée autour de sa cheville et remontait à présent le long de sa jambe. Denis, content de ne pas avoir à répondre, l’en débarrassa, puis sortit avec elle après avoir fermé le foyer de la cheminée côté-cuisine (la cheminée communiquait entre cuisine et séjour). Il verrouilla la porte de la cuisine à clé.
- Je ne comprends pas comment c’est… possible…
Nicolas passa les rideaux menant au couloir des chambres au même instant. Il évita soigneusement de regarder Denis, qui se dirigea vers sa chambre.
- Aurélie ? Il y a un… problème. Avec le vélo.
- De quoi ? Il ne fonctionne pas ?
- Si, si… au contraire…
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Viens voir…
Aurélie suivit Nicolas, qui la mena au vélo. Celui-ci semblait parfaitement normal… si l’on exceptait que les pédales tournaient toutes seules, comme si quelqu’un d’invisible faisait aller le vélo. Stupéfaite, elle allait commenter quand on frappa à la porte – réparée par Nicolas depuis que Denis l’avait arrachée du mur en croyant que c’était Vincent qui revenait. Denis passait d’ailleurs à toutes jambes devant eux quand Nicolas l’arrêta.
- Non Denis. Ce n’est pas Vincent. Il ne reviendra pas. Il ne reviendra même jamais. Et je ne veux pas ENCORE devoir réparer cette porte. Je suis étudiant en lettres, pas serrurier, zut à la fin !
- Désolé, Nicolas…
Et Denis retourna tristement au lit tandis que Nicolas s’en voulait d’avoir été aussi direct.

Aurélie alla ouvrir. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant le reste du groupe à la porte – et sa peine en voyant qu’il manquait du monde – alors qu’un soleil brillant resplendissait, en dépit d’un ciel devenu étrangement vert ! Tiphaine, Guillaume, et Anastasia – dont la robe était couverte d’une substance douteuse – étaient revenus avec les deux Elodie, Mickael, et Clément ! Aurélie accueillit tout le monde à bras ouverts, et les retrouvailles furent chaleureuses, surtout entre elle et son amie belge. Tiphaine, fatiguée, se laissa tomber sur la chaise la plus proche d’elle, tandis que Guillaume, un air sombre au visage, alla dans sa chambre. Il avait à peine ouvert qu’un fort cri féminin lui frappa les oreilles ; puis ce fut une main qui le frappa sur la joue, avant que la porte ne se referme. Personne n’avait prévenu que Tatiana squattait sa chambre en petite tenue. Tiphaine arriva, inquiète.
- Guillaume, ça va ?
- Non ça va pas ! Je suis pas un punching-ball, merde à la fin ! Et puis tu m’énerves !
Et il planta Tiphaine là pour aller se calmer dehors après avoir claqué la porte, dont plusieurs vis sautèrent, à la consternation de Nicolas qui alla rechercher sa boîte à outils. Tiphaine revint à pas lents vers le séjour : elle n’avait strictement rien compris à ce qui venait de se passer. Les joyeuses retrouvailles continuaient (Clément gazouillait dans les cheveux d’Aurélie) quand Antoine revint dans le séjour, apparemment exténué.
- Eh bah, être prof particulier, ça demande de la motivation ! Dire que l’une des filles, Olga, ou Maria, je sais plus, m’a demandé un cours sur l’évolution de la monarchie en Europe… j’ai pas fini d’être sollicité.
- C’est le lot de tous les historiens, mon amour ! Mais, euh, tu as vu que nous avions de la visite ?
Antoine releva la tête sans comprendre, puis remarqua les nouveaux venus. Un air ravi apparut alors sur son visage, et il alla enlacer Elodie et Mickael. L’autre Elodie était partie fureter dans le couloir pour voir d’autres membres de la famille Romanov. Aurélie, après avoir interpelé son homme, avait ouvert la mallette de son amie belge et découvert la Joconde à l’intérieur, ce qui l’avait passablement troublée : on ne voit pas tous les jours un tableau estimé par certains à 500 milliards d’Euros sous son toit. Guillaume rentra soudainement, l’air épouvanté et les vêtements trempés par la pluie qui tombait dehors, et tout le monde le regarda.
- Je… J’ai cru voir une de nos poules, mais immense, qui… euh… a essayé de me bouffer… là. Maintenant. Tout de suite. Je vous assure que…
Anastasia, elle, pendant tout ce temps, avait placidement regardé le contenu des bibliothèques et des cadres accrochés aux murs. S’apercevant qu’un tas de feuilles maintenues par des agrafes était tombé, elle le ramassa, en lut la première page, et coupa Guillaume pour poser une question à Aurélie.
- C’est toi, Aurélie, il me semble ? Tu as écrit ça ? Tu as dû beaucoup travailler !
Aurélie s’approcha, sourcils froncés, tandis que Guillaume levait les yeux au ciel pour avoir été zappé. Elle se saisit… d’un mémoire. La première page manqua de la faire défaillir.



Regardant rapidement à l’intérieur, et reconnaissant son style d’écriture ainsi que les noms présents dans la page des remerciements, elle balbutia en regardant Antoine.
- Je n’ai… Je n’ai jamais écrit ça… Regarde l’année… et l’université…
Guillaume, oubliant son poulet géant, s’approcha du mémoire et s’en saisit comme s’il examinait une tablette couverte de hiéroglyphes. Anastasia passa au second round lorsqu’Elodie revint de sa mini-visite auprès des Romanov.
- Oh, elle est mignonne, cette photographie ! Vous avez été à Bruxelles ensemble? J’aurais bien aimé visiter cette ville un jour…
Tous répondirent que non. Anastasia se borna pourtant à leur montrer un cliché accroché au mur.



On n’entendit plus un mot. Le mémoire, passe encore, mais une photographie de certains d’entre eux dont personne n’avait aucun souvenir, ça dépassait l’imagination. Les commentaires fusèrent soudain en même temps, si bien qu’on ne pouvait pas savoir qui disait quoi.
- On n’a jamais accroché ça au mur !
- L’expo Titanic à Bruxelles ? Mais… comment ?
- Comment ça à partir de mai 2014 ? On a récupéré toute la collection en juin 2013 !
- C’est qui le p’tit blond ? D’où il sort lui ?
- Le p’tit blond c’est mon fils…
- Ahem, désolé Mickael.
- Mais je n’ai jamais posé sur cette photo !
- Mon Dieu, vous avez vu comment je suis coiffée ?
- Oh, Pilou regarde pas l’objectif!
- C’est qui la jolie blonde ?
- La jolie blonde c’est Boudi et elle a cinq ans de moins que toi, Guillaume.
- On est jalouse, Tiphaine ?
- Bon ça suffit oui ?
- C’est Vincent là, non ?
- Mais non, c’est Joris ! Vincent il est en jaune !
- C’était pas à Paris ?
- Bah non c’est pas à Paris, pauv’ truffe, y a marqué Bruxelles !
- Mais j’ai jamais été à Bruxelles moi !
- Et elle, c’est qui ?
- Sonia, non ?
- Très jolie, cette Sonia !
- Guillaume, ça suffit oui de draguouiller une photo ?
- Et toi Tiphaine, ça suffit tes crises de jalousie ?
- MOI, jalouse ?!
- Vous allez arrêter vous deux ?!
Tiphaine commençait à s’énerver. Elle se tourna vivement vers Guillaume.
- Mais je m’en fiche moi, qu’il aime Sonia, ou Manon, ou Antoine, ou…
- Euh, aimer Antoine ?
- Il faudra demander la permission à Aurélie, Guillaume !
- Il fait ce qu’il veut Guillaume, il est grand, non ? Je ne suis pas jalouse, non mais franchement ! Comme si…
Elle prit à partie Sonia, qui se tenait à côté des rideaux menant au couloir des chambres.
- N’est-ce pas Sonia ?
Sonia acquiesça timidement.
- Bon alors vous voyez, Sonia dit que… SONIA ?!
Et de nouveau, ce fut le silence. Sonia était là, dans le séjour. Avec eux. Elle portait un beau manteau noir et une écharpe pourpre à rayures dorées. Tout le monde la regarda effaré. Elodie s’approcha d’elle en portant Clément.
- On ne m’avait pas dit que tu étais avec eux ! Je suis contente de te rencontrer !
Clément appuya les propos de sa mère en tendant les bras vers Sonia, comme si il la connaissait depuis longtemps. Celle-ci lui sourit faiblement, avant de répondre d’une manière assez confuse.
- Mais… je suis pas avec eux, je… J’étais chez moi… Enfin, je veux dire… Là où je suis, dans l’appart’ avec Nadine et mes hiboux… Et j’ai été aux toilettes… Et quand je suis ressortie, je me suis retrouvée ici ! Comment c’est possible ?!
Tiphaine s’approcha également.
- On se le demande… Mais… Dis, comment as-tu élevé ces hiboux ?
- Oh, en fait, c’est simple ! Tout le secret est de…
Ce fut à ce moment-là qu’on frappa à la porte, empêchant Tiphaine d’apprendre le fameux secret. Guillaume alla ouvrir, suivi de Tiphaine. La personne qui avait frappé était une jolie jeune femme rousse portant une robe noire et olive, et il neigeait très fort.
- Excusez-moi, ma sœur s’est enfuie parce que je l’ai mise en colère, et là je suis tombée de mon cheval. Elle n’est pas ici ? Je ne pensais pas qu’elle aurait une telle réaction parce que je me suis fiancée à un homme que je viens de rencontrer, mais c’est le grand amour ! Je regrette vraiment d’avoir fait ça, je ne voulais pas qu’elle plonge tout le pays dans un hiver éternel, vous voyez, et…
Guillaume lui claqua la porte au nez.
- C’est quoi, ce truc encore ? C’était qui ?
- Guillaume, ton sens de l’accueil et de la politesse mérite un Oscar !
- Silence, Tiphaine.
Sonia, qui avait été accueillie par tout le monde avec ferveur pendant que Guillaume était à la porte, et à qui on avait brièvement résumé la situation – qui devenait de plus en plus compliquée de minute en minute – s’approcha de la fenêtre alors qu’elle portait Clément.
- Arrête de gigoter, terreur ! Il est adorable ce gosse, je veux le même… Hum, donc, je voulais dire… Je connais cette fille. Et sa présence ici est encore plus bizarre et inexplicable que la mienne… car elle vient d’un Disney. C’est Anna, de La Reine des Neiges. Il devait sortir en décembre 2013, mais il a été piraté et finalement, il a été diffusé en mai 2013, même que Vincent et moi étions fans… Euh. Il est où Vincent ?
- Mort…
- … Ah, oui, c’est vrai, vous venez de m’expliquer... Désolée, je ne m’y fais pas…

On entendit un sanglot déchirant. Denis était revenu dans le séjour – particulièrement bruyant – sans qu’on le remarque et il avait aperçu la photographie au mur où l’on voyait Vincent, avant d’entendre la phrase « Vincent est mort. » qui le transperçait à chaque fois comme un poignard. Il s’effondra dans un fauteuil et sanglota. Il demeurait inconsolable malgré tous les efforts entrepris dans ce sens par Aurélie, Antoine, et Nicolas. Sonia s’approcha d’un air résolu, se plaça devant lui, lui écarta les mains qu’il avait devant ses paupières closes et humides, et le força à la regarder, face à face.
- Denis. On a parlé, toi et moi, tu te souviens ? Et tu réconfortes toujours ceux à qui tu parles. Je ne l’ai pas oublié. Tu es un ami formidable. Aujourd’hui, qu’est-ce que je vois de cet ami ? Une épave ! Denis, tu ne peux pas te laisser abattre comme ça ! Imagine comment réagirait Vincent si il te voyait ! Vincent était un gars bien, et j’aurais adoré le rencontrer en vrai. On parlait parfois, lui et moi, et je sentais bien qu’il détestait se projeter dans le futur, comme si il ne se voyait pas vivre jusque-là. Oui, ça a été finalement le cas, et c’est triste. Mais il est mort comme un type bien l’aurait souhaité, c’est-à-dire avec honneur et dévouement, pour sauver quelqu’un. Il s’est sacrifié. Est-ce que son sacrifice doit te mettre dans cet état ? Il a fait ça pour qu’une famille vive, et toi, qu’est-ce que tu fais ? Tu t’effondres sur toi-même en abandonnant ta famille Titanicophile ! Si tu ne tiens pas pour cette famille, tiens au moins pour Vincent ! Il voudrait que tu sois un Thomas Andrews aidant au mieux l’équipage pendant le naufrage, et non un Thomas Andrews prostré dans un fumoir en train de remonter une horloge ! Cesse de vivre dans le passé, et vis enfin le présent ! Tu dois te reprendre en main ! D’accord ?
Et là, elle prit la main de Denis, et le fit lever. Il ne pleurait plus. Il ne tremblait plus. Il avait enfin trouvé le calme.
- Tu as raison.
- Bien sûr qu’elle a raison ! Il ne fallait pas te mettre dans des états pareils !
Tout le monde tourna vivement la tête – Antoine se fit un torticolis – vers un garçon d’une quinzaine d’année aux cheveux châtains coupés courts – et, avouons-le, à la bouille d’ange – qui était attablé. Il mangeait un Pépito. Tiphaine s’approcha.
- Euh… tu es qui, toi ?
Aurélie s’approcha à son tour.
- Paul ? C’est toi ?
- Bah oui !
Antoine rattrapa Aurélie juste à temps alors qu’elle tombait dans les pommes. Immédiatement, Denis, reprenant –enfin – le commandement des opérations, l’installa dans le fauteuil qu’il venait de quitter. Anastasia se chargea de la ranimer. Denis partit ensuite au bout de la table pour préparer un énergique – mais frugal – repas, la cuisine étant envahie par les plantes de la serre. Guillaume, lui, alla regarder par la fenêtre comme si ce qu’il se passait-là n’était pas digne de son attention. Antoine regarda le dénommé Paul droit dans les yeux.
- Mini-Ismay ?
Aurélie reprit connaissance grâce aux soins experts d’Anastasia.
- Vas-tu arrêter de l’appeler comme ça ?!
- Papa, si tu m’as donné le deuxième prénom du Sixième Officier du Titanic, qui est aussi le prénom d’un de tes chanteurs préférés, c’est pour que tu t’en serves, non ?
Le très cartésien Antoine fut obligé de s’asseoir, KO. Son fils avait pris quinze ans en une minute. Guillaume semblait, aussi bizarre que ça puisse paraître, énervé. On frappa à la porte.
- Je vais faire poser des pièges à loups devant cette foutue porte…
Il ouvrit. C’était Vincent.  Guillaume haussa les épaules.
- C’est Vincent. J’imagine que Joris et les autres morts arriveront après.
Pendant que tout le monde croyait que Guillaume était devenu fou,  avant de déchanter en voyant entrer Vincent qui referma la porte, une silhouette passa les rideaux du couloir et s’assit à table. C’était… Vincent aussi. Juste après, un troisième Vincent sortait de la pièce aux cartons. Denis semblait au bord de l’apoplexie, sa tête tournoyant entre les trois Vincent, se regardant chacun d’un air perplexe. Guillaume resta devant la porte d’entrée, et résuma toute la situation.
- Tout ceci devient grotesque.
Comme personne ne répondait, Guillaume continua.
- Non mais… Réfléchissez. C’est à la portée du premier abruti venu.
Nicolas répondit.
- Grotesques, abrutis… tu vas nous insulter pendant encore longtemps ?
Guillaume ignora Nicolas.
- C’est très clair. Je fais des omelettes qui redeviennent des œufs. La mémé russe rajeunit. Le ciel et les éclairs verts. Une pompe à essence apparait à côté de notre refuge. Le sanglier paralysé. Olivier nous emmène à Paris, disparait après l’accident, puis nous le revoyons passer à côté de nous en voiture peu après sans qu’il ne s’arrête. Des femmes marchent vers Versailles en hurlant des slogans révolutionnaires. Le déluge qu’on a traversé cesse pile quand on arrive à Paris. On trouve le Nomadic version 2002 dérivant sur la Seine. Les ennemis de Gérard démolissent son œuvre avec des chars d’assaut Nazis et des avions de guerre incendiaires. On croise un soldat et un canon datant de Napoléon sur la route. Nicolas dit avoir vu des gens bizarres dans les bois ressemblant à des héros de livres. La cuisine est remplie de plantes en mode Monsanto. Le vélo qui pédale tout seul. Les poules géantes dehors. On trouve ici un mémoire et une photo semblant venir d’une dimension parallèle. Sonia débarque. J’ouvre à une idiote sortie d’un dessin animé. Paul grandit de 15 ans. J’ai vu à la fenêtre que la météo passe de la canicule à la tempête de neige toutes les deux minutes depuis notre retour ici. Et maintenant, Vincent revient d’entre les morts. Vous savez ce que ça veut dire ?
- Que si nous étions dans un livre, on pourrait dire de l’auteur qu’il est complètement cinglé ?
- Tais-toi Tiphaine. Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que tout ça, c’est à cause de la montre que j’ai ramené ! Elle s’est cassée quand Anastasia est revenue – c’est là que les trucs bizarres ont commencé – et ensuite elle l’a balancée à la flotte, là où tout a dégénéré ! On a tout simplement détraqué le Temps !
Une voix inconnue retentit.
- Enfin quelqu’un qui a compris !

Une femme, qui avait prononcé ces dernières paroles, sortit à son tour du couloir. Elle était très belle, ressemblant à l’actrice australienne Cate Blanchett. Probablement âgée d’une trentaine d’années, assez grande, plutôt pâle, les yeux bleus, une longue chevelure dorée lui descendant en cascade sur les épaules, elle était vêtue d’une belle robe toute blanche et tenait une sorte de bâton en argent plaqué or dont le pommeau  était constituée d’une boule d’or pur incrustée de de sept pierres précieuses de la même forme mais de couleur différente : blanche, bleue, jaune, orange, rouge, verte, violette. Elle portait aussi un petit sac noir ressemblant étrangement à celui de Mimie Mathy dans une célèbre série française. Guillaume leva un sourcil, puis attrapa le fusil qui était resté à côté de l’entrée.
- Vous êtes qui, vous ?
- Quel accueil… Eh bien… Je suis Dieu.
- Je vois. De mieux en mieux. Moi, je suis Charles de Gaulle. Fichez le camp.
Il pointa le fusil vers elle.
- J’en ai marre de toutes ces histoires. Je n’hésiterai pas à tirer. Dégagez d’ici !
Pour toute réponse, la femme s’assit entre Anastasia et Elodie, puis dévisagea chacun des convives, qui ne disaient pas un mot. Guillaume, qui avait oublié que le fusil n’était pas chargé, amplifia ses menaces.
- Vous êtes sourde ? On ne veut pas de vous ici ! Je ne sais pas comment vous êtes entrée, mais je vais compter jusqu’à trois, et si vous n’êtes pas partie, je…
La femme éleva alors son bâton doré, dont les pierres précieuses s’illuminèrent, puis le fit claquer lourdement sur le sol. Une intense lumière blanche emplit la salle et aveugla tout le monde, qui cligna des yeux. Guillaume découvrit après cela qu’il tenait… une grande baguette de pain.
- Bien. Maintenant que ce jeune homme quelque peu impulsif est pacifié, je vous propose de tous vous asseoir.
Guillaume, sonné, se laissa tomber sur le tabouret situé à côté de celui où était assise Tiphaine, qui lui tapota l’épaule. Elle semblait ne plus sourciller devant tant d’événements bizarres.
- Tu as subi pas mal d’émotions aujourd’hui. Essaye de te calmer un peu, d’accord ? Je crois que cette dame un peu fol… spéciale ne nous veut pas de mal, et qu’elle a même des réponses à nous apporter.
Elle lui tendit ensuite la tisane que Denis lui avait donnée pendant le monologue de Guillaume : il avait servi chacun avec sa boisson préférée jusqu’à ce qu’il soit paralysé par l’arrivée des trois Vincent. Anastasia, les deux Elodie, Mickael, Sonia jouant avec Clément, Aurélie et Antoine qui bombardaient Paul de questions il y a encore un instant, Nicolas qui buvait son thé avec un flegme tout britannique sans que la situation ne paresse beaucoup l’étonner, Denis dont la tête faisait penser à un ventilateur à force de dévisager tour à tour les trois Vincent, Tiphaine qui calmait lentement Guillaume : tous étaient assis. Les trois Vincent s’assirent l’un à côté de l’autre, et la femme se tourna vers eux : ils n’avaient toujours pas dit un mot depuis leur arrivée.
- Oh. Bien sûr.
La femme refit sa manipulation avec son bâton doré, et de nouveau, une intense et aveuglante lumière blanche en émana. Lorsque les yeux des personnes attablées purent voir à nouveau, il n’y avait plus qu’un seul Vincent, passablement perplexe.
- Euh… Je me souviens de mon exécution par balles, qu’est-ce que je f…mmmmfff !
Denis venait de se jeter sur Vincent et l’étreignait à présent au risque de lui rompre la cage thoracique. Il fallut un certain temps pour faire lâcher prise à Denis, et Vincent avait pris une curieuse couleur bleue qui se dissipa rapidement. Après cela, Denis resta à côté de son fils adoptif et lui tint le bras comme s’il avait peur qu’il s’envole. Après que tout le monde ait accueilli Vincent comme il se devait, Aurélie prit poliment la parole :
- Donc… euh… Madame…
Antoine, Nicolas, et Tiphaine, eux, regardaient la nouvelle venue avec méfiance, voire hostilité. Anastasia, elle, la regardait avec de grands yeux.
- Madame, Madame, vous allez me faire sentir vieille ! Vous me rappelez votre ami Joris, qui m’a appelé comme ça pendant près de deux heures !
- Joris ?! Il va bien ?
- Mais, parfaitement bien, même !
- Mais c’est fantastique qu’il ait survécu !
- Survécu ? Mais non, il est mort. Une basilique ne s’écroule pas sur vous en vous laissant indemne, enfin.
Antoine prit la suite d’Aurélie.
- Comment un mort pourrait donc aller bien ? Votre conception d’aller bien me semble un peu curieuse.
- Je parle de ce qu’il y a après la mort, mon cher.
- Auquel la moitié d’entre nous ne croit absolument pas, ma chère.
- Vous n’êtes pas le premier athée que je rencontre, vous savez.
- Je ne suis pas athée, mais agnostique. Bien qu’il y ait parmi nous des athées également… Nous avions également un déiste, mais il est mort…
Vincent tourna la tête vers Antoine.
- Il était mort. Et je n’ai toujours pas eu d’explications sur ma propre mort, je vous ra…
Anastasia coupa.
- Moi, je crois en vous ! Notre ami Raspoutine…
Ce fut au tour d’Anastasia d’être coupée par Nicolas.
- Sans vouloir vous manquer de respect, nous ne croyons guère en vos fariboles.
Pendant ce temps-là, Elodie, Sonia, et Mickael jouaient avec Clément sans s’intéresser grandement à ce qui se déroulait sous leurs yeux. Tiphaine compléta les propos de Nicolas.
- Donc, comprenez que nous ayons un peu de mal à croire que « Dieu » est assis à notre table. Mais bon, après tous les événements bizarroïdes que nous avons vécu, pourquoi pas.
La femme leva les yeux au ciel.
- Ainsi donc il y a des agnostiques ici. Commençons par eux.
Pour la troisième fois, elle fit sa manipulation de bâton doré, il y eut une forte lumière… et la table croula sous les victuailles ! On se serait cru à un banquet de Poudlard tant il y avait à manger. Mais avant que les convives aient pu en profiter, la manipulation de bâton fut à nouveau accomplie, et après un nouveau flash, la table devint de nouveau vide.
- Je ne viens pas vous engraisser. C’est juste une preuve.
- Mouais. Poudre aux yeux.
Antoine n’était pas convaincu. Vincent regardait la table tristement.
- Moi j’ai faim. Mourir, ça creuse…
Immédiatement, Denis – tenant toujours Vincent – arracha la baguette que tenait toujours Guillaume, la coupa en tranches, et sortit du buffet un pot de confiture et un autre de pâte à tartiner. Tout le monde reçut une tartine, et on pouvait dire de ce pain qu’il était délicieux. Anastasia fut la première à terminer sa tartine, et regarda Vincent.
- Ce chocolat est divin ! Et… Euh… Vincent ? Je… Je n’ai même pas te dire merci, que je suis impolie… Tu nous as tous sauvé… Et je tiens à te remercier, au nom de toute ma famille. Nous sommes heureux d’avoir croisé ta route et nous n’oublierons jamais ce que tu as fait pour nous.
- Oh, euh… bah, euh…
Vincent rougit, et baissa la tête, ce qui eut pour effet de mettre du chocolat sur le bout de son nez, faisant rire la tablée. Les joues d’Anastasia se teintèrent un peu de rose alors qu’elle riait elle aussi. Les deux Elodie commentèrent, taquines.
- Eh bien, on dirait Guillaume et Tiphaine, comme c’est mignon !
Anastasia, Tiphaine, Vincent, et Guillaume répondirent à quatre en même temps, en parfaite synchronisation.
- C’est absolument faux !
On s’éclaircit la gorge. C’était leur immaculée invitée, qui avait toutefois ri avec les autres… mais elle ne semblait plus vouloir rire.
- Assez. Je ne viens pas pour plaisanter, mais pour vous punir. En effet, vous…
Antoine coupa. Toute personne prenant la parole au Sundowner semblait condamnée à être interrompue.
- Nous punir, oui. En attendant, nous devons gérer l’hébergement d’une famille princière et de quatre nouveaux arrivants dont un bébé, ériger un cénotaphe pour nos amis morts à Paris,  pour lesquels nous n’avons toujours pas fait la moindre minute de silence soit dit en passant. Nous devons également organiser un ravitaillement massif, débarrasser la cuisine de son « petit problème végétal », et… oh non, pas encore votre fichu bâton !
La femme avait de nouveau procédé au rituel du bâton doré, et semblait maintenant singulièrement agacée. Nicolas râla.
- Vous voudriez bien arrêter de nous aveugler avec votre fichu instrument ?!
Denis, lui, s’était levé – traînant Vincent comme s’il avait peur qu’il se sauve – et inspectait le Sundowner. Il commentait au fur et à mesure  de ce qu’il voyait.
- La cuisine est impeccable, et la serre normale ! Les poules aussi, sois rassuré Guillaume ! C’est merveilleux ! Et nos placards sont remplis de provisions ! Et, oooh, par la fenêtre ! Il neige normalement… et il y a une sorte de flamme éternelle avec une stèle en marbre… Pour les chambres… Oh mais ! Incroyable, le couloir se prolonge, il y a maintenant  toute une nouvelle section avec plusieurs chambres ! Et, oh, une nurserie ? Mouais, ça par contre… Quoi ? Non, Vincent, je ne te lâcherai pas.
Denis revint finalement dans le séjour.
- Je suis convaincu, Madame. Ou Dieu, si vous préférez.
Tiphaine et Nicolas regardèrent Denis mi-figue mi-raisin. Antoine, lui avait le même air songeur que son fils Paul. Et ce fut le fils qui exposa leur avis commun.
- Mon père et moi sommes agnostiques. C’est-à-dire que nous attendons une preuve. Je pense que l’on peut considérer tout ceci comme une preuve. Rendons-nous à l’évidence : rien de ce qui se passe depuis ce matin n’est rationnel.
- Je t’ai bien élevé, toi…
- Antoine…
- NOUS t’avons bien élevé, toi… Quoique, tu t’es levé avant Midi. Mauvais point ça.
Vincent poursuivit la pensée générale.
- Même avis que mon Padre… tu vas me lâcher, oui ? On n’a qu’à lever la main pour voter. Qui est pour reconnaître que la dame est Dieu ? Au pire, on n’a rien à perdre si on se trompe.
La scène était surnaturelle. Tout le monde leva la main avec des degrés de joie plus ou moins affichée. Même Clément leva le bras, pour imiter ses congénères, ce qui provoqua de nouveaux rires. Antoine se tourna à nouveau vers leur invitée.
- Bon, vous êtes Dieu, ou ce que vous voulez. Ok. Mais pas question de faire de bénédicités, ou de faire une messe tous les…
Elle leva la main, réclamant le silence.
- Merci pour votre… je ne trouve pas le mot. Bref. Différenciez religion et foi. J’existe, c’est un fait. Mais je n’ai pas donné mon aval pour les diverses religions avançant mon existence : je n’y peux rien si chaque messager que j’ai envoyé à la Surface s’est cru investi d’une « mission divine », notamment pour les religions monothéistes. Par contre, le Bouddhisme, là, c’est…
Elodie coupa précipitamment.
- Ah non, pitié, pas un début religieux ! On se croirait sur le chat du vendredi soir. Euh… Au fait, Madame… euh, Dieu… euh, Madame Dieu, vous n’auriez pas… euh… un moyen de réparer mes lunettes ?
Elle lui tendit ses lunettes : l’invitée les rangea dans son sac, et en sortit une paire flambant neuve, à monture argentée parsemée d’une toute petite pierre violette sur chacune des deux branches.
- Oh, merci !
- Il n’y a pas de quoi. Et, s’il vous plaît, arrêtez avec vos « Madame » et vos « Dieu ». Le premier me fait sentir vieille – celui qui me demandera mon âge aura des problèmes, je vous préviens – et le deuxième me déplait singulièrement : il s’agit d’une profession. Or, aimeriez-vous être appelé par votre profession ? Admettez que se faire appeler « Éboueur », « Journaliste », ou « Hôtesse de caisse » est un peu agaçant.
Les amis attablés se regardèrent, et Denis répondit pour tout le monde.
- Euh, d’accord. Comment doit-on vous appeler ?
- Magdalena sera très bien.
Elodie, qui essayait ses nouvelles lunettes, ainsi qu’Anastasia, semblaient conquises.
- C’est très joli !
- Merci, merci, mais plus tard les compliments. Je viens pour affaires, et ces affaires ne…

Pour la douze-millionième fois de la matinée, on frappa encore à la porte. Ce fut Denis qui se leva – agrippant toujours Vincent – et alla ouvrir. Une très belle femme entra sur le champ, et plusieurs d’entre eux reconnurent la célèbre Dorothy Gibson, passagère de Première Classe du Titanic exerçant le métier d’actrice. Elle semblait furieuse.
- Je ne sais pas qui vous êtes, mais je sais que mes bijoux se trouvent dans vos cartons, derrière ces rideaux, là ! Je vous somme de me les rendre !
Magdalena se leva, et sortit une clochette dorée de son sac qu’elle agita.
- Agent Corentin, s’il vous plait !
Un bras passa par la porte, attrapa la mécontente Dorothy par sa robe, et la tira vivement en arrière. La porte se referma toute seule ensuite, et un bruit de cliquetis indiqua qu’elle venait d’être bloquée par des chaînes.
- Ces détraquages temporels créent de plus en plus de problèmes… Nous allons donc devoir nous dépêcher.
Tout le monde regardait encore la porte, légèrement étonné, et Denis était toujours figé dans une position peu naturelle, le bras encore en avant, tandis que Vincent essayait de se dégager de son autre bras. Magdalena, elle, ne paraissait pas avoir fait quelque chose de plus ordinaire que de commander un plat au restaurant.
- Votre ami Guillaume a raison. Vous m’avez détraqué le Temps. Non seulement cela affecte votre époque, avec des conséquences dramatiques, comme à Paris… Mais en plus, c’est en train de saccager tous les événements historiques, les uns après les autres ! Regardez !
Magdalena sortit un rétroprojecteur de son sac noir, et après s’être levée, le posa au bout de la table avant de le brancher. Elle sortit ensuite de son sac un drap blanc plutôt grand, et envoya Anastasia – apparemment ravie de cette mission – l’accrocher aux bibliothèques situées au bout de la pièce, près de la porte d’entrée. Vincent, souhaitant se montrer galant, voulut aller l’aider, mais Denis ne le lâchait toujours pas. Pour finir, elle ferma les rideaux ainsi que le foyer de la cheminée, et éteignit la lumière. Il faisait un noir complet – ou presque : Tiphaine avait allumé une bougie – quand le rétroprojecteur fut allumé. Magdalena commentait chaque vidéo. La première montrait une femme qui allait être brûlée vive sur un bûcher, au même instant où un véritable déluge se déclenchait, éteignant les flammes.
- Nous sommes en 1431 et voici Jeanne d’Arc. Elle est censée brûler vive, mais la pluie éteint les flammes. Résultat, les Anglais croient à une intervention divine, et décident de la laisser filer.
La deuxième vidéo montrait un carrosse sous une pluie battante. Une femme à l’intérieur proposait d’aller acheter à manger dans une boulangerie car les occupants du carrosse avaient faim, mais un homme refusa tout net à cause de la pluie, et ils continuèrent leur route.
- Nous sommes en 1791, et à cause de cette pluie, Louis XVI ne dépensera pas la pièce qui permettra de le reconnaître et de le faire arrêter à Varennes, lui permettant de se réfugier en lieu sûr et de contrer la Révolution Française…
La troisième vidéo montrait un déchaînement de vent et de pluie sur ce qui semblait être un champ de bataille.
- Nous sommes en 1805, et ceci est la bataille d’Austerlitz, qui est censée être l’une des plus grandes batailles gagnées par Napoléon Ier. Hélas, la tempête qui se lève fait imploser sa stratégie militaire, et il est battu à plates-coutures avant d’être exécuté. Les juristes peuvent dire adieu à leur Code Civil et les historiens à toute l’Histoire de France et d’Europe du XIXème siècle !
La quatrième vidéo montrait un paquebot à quatre cheminées bien connu, voguant à travers un Océan Atlantique déchaîné.
- Nous sommes en 1912, et le Titanic essuie un sacré grain lors de ce 15 avril. C’est ce qui va permettre d’apercevoir plusieurs icebergs à temps, et de les éviter. Certaines personnes à bord diront plus tard que sans cela, les icebergs n’auraient peut-être pas été visibles, ce qui aurait pu causer un naufrage…
La cinquième vidéo montrait New-York, sous un vent assez fort. Un petit avion volait difficilement : on devinait qu’il était écrit « Spirit of Saint Louis » sur la carlingue de l’appareil. Soudainement, on entendit un « Crac ! » sonore, le pilote sembla perdre le contrôle, et l’avion alla s’écraser contre la Statue de la Liberté.
- 1927. En raison des conditions météorologiques défavorables de dernière minute, Charles Lindbergh n’accomplira par l’exploit d’accomplir en solitaire la traversée de l’Atlantique en avion. Cette tragédie aura d’énormes répercussions sur le développement de l’aviation commerciale… et par extension sur le destin de certains paquebots que vous appréciez.
La sixième vidéo montrait, une fois n’est pas coutume, de jolies plages et falaises bénéficiant d’un Soleil généreux. On entendit soudain des canons.
- 1944. L’Opération Overlord avait commencé avec la pire des météos, comme prévu. D’un seul coup, le sale temps s’est levé, et un grand Soleil a illuminé le débarquement. Les Allemands vont faire un véritable massacre, et les Alliés essuieront de lourdes pertes, l’opération se soldant par un échec total. Résultat, ce seront les Soviétiques qui libéreront la France – et l’Europe - jusqu’à Paris.
La septième vidéo montrait un gros tas de nuages noirs parsemés d’éclairs.
- 1945. Nous nous trouvons au-dessus d’Hiroshima, et l’orage ne permet pas d’effectuer le premier bombardement atomique en situation de guerre. Cet orage, qui résulte d’un super-typhon, affecte aussi les autres cibles : Kyoto, Nagasaki, Kokura, Yokohama, Tokyo... La mission est annulée. Quelques heures plus tard, Joseph Staline, apprenant la nouvelle, tournera court les négociations nippo-russes et déclarera la guerre au Japon, qui capitulera peu après sans que les bombardements n’aient eu lieu. Voilà qui inaugure une Guerre Froide sans équilibre de la terreur. Imaginez les conséquences…
Une huitième vidéo se lança, montrant de nouveau New-York : la présence des tours jumelles du World Trade Center permettait de la dater d’avant 2001. Un vent violent soufflait et une puissante pluie réduisait fortement la visibilité.
- 2001. Une tempête s’est abattue sur la Côte Est des États-Unis, en cette matinée du 11 septembre. De nombreux vols sont annulés, et les attentats prévus par un groupuscule terroriste depuis plusieurs années ne peuvent avoir lieu : tout le projet tombe alors à l’eau.
Une photographie, cette fois-ci, apparut. Il s’agissait simplement de moutons dans une quelconque campagne écossaise, sous un ciel troublé.
- Euh, hum, ça fait partie de mon diaporama constitué lors de mes dernières vacances en Écosse, désolée.
Magdalena lança précipitamment une neuvième et dernière vidéo. Il ne faisait pas mauvais. On y assistait à l’effondrement du Pont du Millenium, enjambant la Tamise à Londres.
- Euh… Excusez-moi, Magdalena, mais ça, c’est une scène d’un des films Harry Potter, non ?
- Je le sais bien, ma chère. L’ennui, c’est que c’est vraiment arrivé.
- Quoi ?!

Magdalena, sans prendre la peine de répondre à Sonia, éteignit le rétroprojecteur et le débrancha avant de le ranger dans son sac, puis ralluma la lumière et resta debout, en bout de table. Vincent se mit un coup de poing – appartenant à Denis – dans le nez en essayant de se frotter les yeux, et celui-ci accepta enfin de le lâcher, embarrassé. Personne ne dit rien après avoir vu ces vidéos. Mais tout le monde sursauta quand Magdalena laissa exploser sa colère.
- Je n’ai pas dormi, mangé, ni même pu prendre une douche depuis deux jours à cause de votre phénoménale bêtise, qui vous a poussé à faire fonctionner cette satanée montre ! Dès que votre ami mal coiffé a utilisé cet engin de malheur, tout est parti de travers ! En faisant voyager une famille entière sur un siècle de distance, tout en modifiant au passage l’un des événements les plus importants d’un pays appelé à devenir une superpuissance, vous avez causé pas moins de 18000 accidents temporels – mon agent Corentin les a tous listés – ainsi que 125 fusions d’univers fictifs avec le nôtre, sans compter une paralysie totale des divers services que j’encadre! Laissez-moi vous lire le rapport dudit Agent Corentin !
Magdalena sortit de son sac un monstrueux pavé, qu’elle posa violemment sur la table qui émit un craquement sinistre. Elle leur fit la lecture de la première page.
- 2014-07-18-06-00 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Antoine de Saint-Exupéry s’est présenté à l’entrée du Complexe. Je tiens à préciser que cet homme bénéficie déjà de nos services depuis 1944.
- 2014-07-18-07-00 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Le responsable de l’Aire de Restauration m’a signalé que les omelettes qu’il avait préparé avaient laissé place à des œufs. Je soupçonne le Front de Libération des Poules Pondeuses.
- 2014-07-18-07-13 A. Corentin L. > CEO Magdalena : La Bibliothécaire Marie V. m’a signalé la disparition des rouleaux provenant de la Bibliothèque d’Alexandrie. Elle a précisé que les étagères à rouleaux égyptiens du secteur Antiquité de notre Bibliothèque ne contenaient plus que des tiges de papyrus.
- 2014-07-18-07-20 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Incident au Centre Archéologique, le squelette de T-Rex qui y est stocké a fait place à un dinosaure bien vivant et particulièrement affamé. Troupes Delta envoyées sur place en urgence.
- 2014-07-18-08-01 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Ouverture de l’Accueil et du Centre des Télécommunications. On me signale 450 alertes reçues en 30 secondes.
- 2014-07-18-08-02 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Le nombre d’alertes est passé à 2570 en moins d’une minute supplémentaire.
- 2014-07-18-08-03 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Les opérateurs des télécommunications se mettent tous en grève au passage des 3000 alertes.
- 2014-07-18-08-04 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Notre agent de liaison temporelle présent en 1670 me signale que Louis XIV vient de découvrir un magasin Ikéa devant son Château de Versailles. Il ignore s’il doit remercier la Suède, ou lui déclarer la guerre.
- 2014-07-18-08-05 A. Corentin L. > CEO Magdalena : 20 habitants de la Syldavie viennent de se présenter au comptoir d’accueil, accusant des soldats de la Bordurie de les avoir fusillés. Je tiens à préciser que ces deux pays n’existent que dans les bande-dessinées Tintin.
- 2014-07-18-08-06 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Les gestionnaires d’accueil viennent de se mettre en grève. C’est le chaos à l’Accueil.
- 2014-07-18-08-07 A. Corentin L. > CEO Magdalena : Il n’y a plus de pain au réfectoire des agents. Il faudrait pallier ce problème : j’ai faim, moi.
- 2014-07-18-08-08 /. C/r/nt/n L. > C// M/gd/l/n/ : /l s/mbl/r//t qu/ m/n /rd/n/t//r s/ d/tr/q//!

Magdalena interrompit sa lecture, sourcils froncés, et survola les pages restantes : elles étaient remplies de slashs. Elle soupira, et rangea le rapport dans son sac… qui tomba au plafond juste après. Toutes les tasses sur la table firent de même, et se cassèrent quand elles touchèrent les poutres. La mallette contenant la Joconde fit de même… ainsi que Vincent, qui y atterrit avec un gros « Boum ! ».
- Aïïïe !
- Tu vois, je savais que je n’aurais pas dû te lâcher Vincent.
- C’est pas le moment Den… Papa ! Comment je redescends, moi !?
Anastasia était perplexe.
- Vous marchez au plafond, au XXIème siècle ? C’est intéressant, mais à quoi ça sert ?
Tout le monde – sauf Anastasia qui continuait de regarder Vincent avec perplexité – tourna la tête vers Magdalena… qui semblait catastrophée, à présent.
- C’est encore pire que ce que je pensais ! Maintenant, ce sont les lois fondamentales de la Physique qui sont perturbées !
Il y eut soudain un assez fort tremblement, et une nuée de porcelaine brisée tomba sur le groupe. Magdalena attrapa adroitement son sac. La mallette atterrit vigoureusement sur le crâne de Guillaume qui, s’énervant de nouveau, fit un grand geste pour s’en débarrasser : Tiphaine la reçut en plein visage.
- Tu ne peux pas faire attention, espèce de grosse brute !
- Tu sais ce qu’elle te dit, la grosse brute ?!
Pendant que Tiphaine et Guillaume se disputaient à nouveau, tout le monde sauf eux avait le regard braqué sur Vincent… qui chuta lourdement sur la table, qui se cassa en deux dans un craquement effroyable, avant que l’adolescent ne renverse Anastasia sur sa chaise : tous deux se retrouvèrent à terre, l’un sur l’autre. La situation gênante ne dura qu’une seconde… avant qu’un point massif ne se referme autour de la gorge de Vincent, et ne le soulève de terre. C’était le Tsar Nicolas II, apparemment furieux, qui venait de revenir dans le séjour avec sa famille regroupée derrière lui.
- Je peux savoir ce que vous faites à ma fille ?!
- ‘ai ‘ien ‘ait… Kôff Kôff ! ‘ouvez m’lâcher ?!
Denis bondit sur le Tsar alors que Vincent allait bientôt gagner le surnom de Canard-bleu, mais Magdalena s’interposa.
- Ça suffit maintenant !
Denis, emporté par son élan, percuta Magdalena, qui elle-même percuta le Tsar. Tous trois tombèrent à la renverse, tandis que Vincent, enfin libre, retombait lourdement sur Anastasia, empêtrée dans sa robe. Pour parachever cette situation chaotique, Clément se saisit d’une petite cuillère et la lança sur le Tsar qui venait de se relever, et il bascula à nouveau en arrière. Les autres Romanov, eux, essayaient de relever Anastasia et Vincent sans succès. Il fallut l’aide conjuguée de Mickael, Antoine, et Nicolas pour relever tout le monde. Guillaume et Tiphaine se disputaient toujours sans avoir rien remarqué. Vincent n’osait plus regarder Anastasia, et c’était réciproque. Celle-ci était d’ailleurs partie mettre une nouvelle robe, l’ancienne ayant été déchirée (en plus d’être souillée de vomi de bébé séché) : les bijoux qui étaient cousus dans la doublure s’étaient déversés par terre, et Olga, Maria, Tatiana, ainsi que leur mère Alexandra les avaient patiemment ramassés, avant de les mettre dans un bol et d’aller auprès d’Anastasia. Seul Alexis restait auprès de son père, qui se disputait avec Denis.
- Mon fils sauve toute votre famille, et se fait fusiller par…
- On m’a toujours pas expliqué comment j’étais revenu au f…
- Plus tard Vincent. Par une bande de cinglés, et c’est comme ça que vous le remerciez ?! Ah, elles sont belles, les bonnes manières de la Cour de Russie !
- Il grimpait sur ma fille !
- Il est juste tombé sur elle après avoir dégringolé du plafond !
- Et vous vous moquez de moi par-dessus le marché !
- La seule chose dont je me moque, c’est de votre manque flagrant de respect !
- Manque de respect ?! Vous ne respectez même pas l’Étiquette !
- Je suis un citoyen de la République Française ; je ne suis pas un de vos vassaux ! Vous n’êtes Empereur de personne ici, et vous n’êtes qu’un ingrat !
- Moi, un ingrat ? Qu’on me donne une épée immédiatement ! Je vais…
De nouveau, Magdalena s’interposa.  Elle semblait encore plus énervée que Denis, le Tsar, Guillaume, et Tiphaine réunis… ce qui était effrayant.
- NOM DE MOI ! JE NE SUIS PAS VENUE GÉRER UNE GARDERIE ! VOUS ALLEZ VOUS CALMER MAINTE… Mais où est mon bâton ?!
- Gah !

Clément tenait le bâton doré, qui, dans la cohue, avait atterri à côté de lui. Avant que quiconque n’ait pu lui enlever, l’extrémité s’embrasa, et une intense boule de feu en jaillit, passant au-dessus de Tiphaine, qui abaissa sa tête (ainsi que celle de Guillaume) au dernier moment. La boule de feu frappa le coin du séjour situé près de la porte, et une explosion retentit, envoyant des débris de bois un peu partout. Un courant d’air glacial s’infiltra dans la pièce juste après. Magdalena semblait proche de la crise nerfs, et allait récupérer son bâton… quand Paul s’en empara. Le Tsar Nicolas II et son fils filèrent s’abriter dans le couloir, rejoignant leur famille et coupant court à la dispute. Guillaume regardait fixement Tiphaine : elle lui avait sauvé la vie. Paul se montra menaçant.
- Je ne sais pas à quoi vous jouez avec ce truc, mais vous allez nous donner des explications ! Et fissa !
Pour toute réponse, Magdalena ressortit sa petite clochette dorée de son sac, et la sonna.
- Agent Corentin, protocole de défense élémentaire activé !
Quelqu’un entra dans le refuge par le trou dans le mur. Il était vêtu d’une combinaison rouge et noire ainsi que d’un casque particulièrement effrayant. Plusieurs armes à feu ainsi qu’une machette, accrochées dans son dos et à sa ceinture, lui donnaient l’air d’un tueur psychopathe. Pour parachever le tableau, il se saisit d’un fusil d’assaut à visée laser et visa Paul, qui se retrouva avec un point rouge tremblotant sur son front… avant que l’agent ne baisse son arme et n’enlève son casque. En guise de tueur psychopathe, c’était en fait un jeune homme qui semblait charmant… et plutôt effaré.
- Mais vous êtes les principaux membres du Forum Titanic !! Je… Vous… Comment… Je suis désolé, Magdalena, je ne peux pas faire ça !
Aurélie et Antoine, qui s’étaient jetés en même temps devant Paul, répondirent d’une même voix en reconnaissant l’agent.
- Agent Corentin ?! C’est Colargol ?! C’est toi qui…
- Mais… oui ! Je ne savais pas que c’était vous qui étiez à l’origine du grand dérèglement ! Où est le reste du groupe ? Gérard, tout ça ?
- Ils sont morts… Des Panzer ont détruit tout ce qu’ils avaient réussi à faire à Paris…
- Quoi ?!
Corentin se tourna vers Magdalena, et pointa son arme vers elle.
- Comment avez-vous vu pu laisser faire ça ?! Et qu’alliez-vous faire à mes camarades ?! Les emmener ?!
- Vous osez vous retourner contre moi, Agent Corentin ?! Vous savez pertinemment, vous le premier, que je n’ai pas à intervenir dans les affaires terrestres, à moins d’un dérèglement !
- C’en était un ! Les ennemis de Gérard n’ont pas pondu ces tanks, que je sache !
- Et baissez votre arme ! Vous avez une bien étrange façon de vous montrer reconnaissant après ce que j’ai fait pour vous ! Qu’essayez-vous de faire ? Une parodie de coup d’état ?! Vous ne tiendrez pas deux heures, si vous prenez ma place !
Un événement dispensa Corentin de répondre : il se retrouva soudainement auréolé d’une inquiétante lumière rouge. Ses armes se mirent à fondre et tombèrent à terre dans un fracas sonore, puis il s’évanouit contre la table. La lumière s’éteignit. Paul colla le bâton doré sous le nez de Magdalena.
- Que lui avez-vous fait ?!
- Mais… rien ! Ce n’est pas moi ! Sans le bâton, je ne peux rien faire ! Il est parmi nous…


Dernière édition par Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 22:54, édité 2 fois
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Re: [Nouvelle en TROIS parties] Réminiscence

Message  Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 2:26

Partie 4/5 : Le Duel des Titans

La température, déjà froide, sembla chuter d’une dizaine de degrés. L’atmosphère devint lourde et mordante, tandis qu’au-dehors, le vent disparaissait soudain pour laisser le ciel vert se remplir de nuages sombres. L’obscurité se fit : la nuit était tombée avec plusieurs heures d’avance, en témoigne la brutale accélération des aiguilles de l’horloge posée sur la cheminée. C’est là qu’on l’entendit. Une voix sifflante, inquiétante, qui semblait venir de tous les côtés…
- Anastasia…
Tout le monde regarda Anastasia, qui venait de revenir dans le séjour avec une nouvelle robe, croyant qu’on l’avait appelée. Corentin se redressa au même moment, ramassa son revolver, qui était sa seule arme encore intacte, et alla pousser l’une des bibliothèques contre le trou dans le mur.
- Anastasia…
Corentin se tourna vers Magdalena.
- C’est… lui… ?
- Je crois, oui. Vous comprenez, maintenant, pourquoi je voulais les emmener ?!
- Je suis désolé, Magdalena…
- Vous pouvez l’être. Mais il n’est pas trop tard pour vous rattraper.
Paul, tenant toujours le bâton doré, parla pour le groupe.
- On peut savoir ce qu’il se passe ?
La porte s’illumina de rouge, puis décolla de ses gonds et alla s’écraser contre le mur d’en face, près des rideaux donnant accès à la pièce abritant les cartons. Quelqu’un entra. C’était une personne horrible, grande et maigre, à la peau pâle et pleine de rides, aux cheveux noirs et gras, et aux yeux globuleux d’un intense bleu clair. Son seul vêtement était une sorte de robe noire effilochée. Il tenait un sceptre en métal rouillé ressemblant à une éprouvette remplie de fumée rouge et couronnée par une tête de mort. Cette personne ressemblait à…
- Notre ami Raspoutine !
Vincent ceintura presque Anastasia pour l’empêcher de rejoindre le prétendu « ami ».
- Ce n’est pas le vrai, ce n’est celui que tu as connu, Anastasia ! C’est un personnage issu d’un film qui veut te tuer !
- Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ?!
Corentin se planta devant le faux-Raspoutine, son revolver pointé sur lui.
- Ces lieux, et ses occupants, sont sous la juridiction de la Vénérable Magdalena, souveraine de…
Corentin n’acheva pas sa phrase : le faux-Raspoutine avait brandi son sceptre vers lui. L’agent, une nouvelle fois auréolé de rouge, lâcha son revolver puis fut éjecté en arrière pour aller s’écraser contre le vaisselier, qui vola en morceaux. L’horrible individu prit la parole. Sa voix faisait froid dans le dos.
- Anastasia… Votre Altesse Impériale… Voyez comme un simple dérèglement temporel a pu nous transformer… Vous êtes toujours une merveilleuse jeune fille en fleur, s’adaptant parfaitement à un nouveau siècle… alors que moi… je ne suis plus qu’un cadavre !
- Ce visage…
- Vous l’avez vu pour la dernière fois lors d’une froide nuit d’hiver, comme ce soir… Mais ce n’est pas le visage de celui que vous avez connu… Je ne suis pas votre ami… Le hasard temporel m’a affublé de cette apparence ridicule issue d’un Disney…
Vincent coupa, visiblement agacé.
- C’est produit par les studios de la Fox, pas par Disney, inculte !
- Vincent !
- Quoi ?! Arrête de faire ton père-poule, Denis ! Je ne supporte pas qu’on écorche…
Le sinistre individu ne prêta aucune attention à Vincent, et poursuivit.
- J’ai été anéanti physiquement par les vôtres, par votre misérable famille ! Mais je compte bien y mettre fin ! Heureusement, la roue tourne, et elle tourne, et elle s’emballe !...
Il agita son sceptre vers Anastasia, mais Magdalena se plaça entre eux. Il essaya de l’écarter de force, puis laissa éclater sa haine alors qu’elle ne bougeait pas.
- Je ne sais pas ce que tu as fait, petite idiote, mais je vais y mettre bon ordre ! Écarte-toi !
- Et que vas-tu faire, misérable dégénéré ?!
- Je ne doute pas que tu aies une part de responsabilité dans tout ça ! Cette Anastasia, par son voyage dans le temps, est responsable du dérèglement. Sa famille également. Par conséquent, je vais les tuer.
- Je reconnais bien là tes manières, Tyranno ! Je ne te laisserai pas faire !
- Tu veux te battre ?... Désarmée par un adolescent ?... Je n’attends que ça…
L’ambiance atteignait son paroxysme quand Paul, qu’Aurélie et Antoine n’avaient pas réussi à retenir, alla se placer entre les deux ennemis. Il tenait toujours le bâton doré.
- Wopopop ! Temps mort, les copains ! Vous vous entretuerez après : on pourrait avoir des explications ? C’est qui là, le type qui a besoin d’un bon shampoing ?
Pendant que Paul jouait au kamizake, Mickael et Elodie avaient remis Corentin sur pied. Sonia, elle, était partie abriter Clément dans une des chambres. Nicolas, qui buvait toujours son thé avec un flegme quasi-surnaturel, approuva. La situation ne semblait pas le troubler, et il posa donc à l’oral  la question que tout le monde se posait sans oser la matérialiser par des paroles.
- C’est vrai qu’en apprendre un peu plus sur ce bazar ne serait pas de trop.

Corentin apporta un résumé un peu longuet, tout en essuyant le filet de sang qui lui coulait le long de la tempe. Le groupe des Titanicophiles, les Romanov qui venaient de revenir dans le séjour, et même Magdalena et Tyranno écoutèrent attentivement.
- Il y a bien longtemps avant notre ère, il n’y avait aucune vie sur Terre. C’est là qu’est apparu, on ne sait comment, Tyranno, sous une forme incorporelle. Il était doté de pouvoirs démesurés, mais il les utilisa pour faire apparaître la Vie. Le temps passa, et Tyranno, immortel, assista à l’intégralité de l’Évolution, c’est-à-dire des premières cellules jusqu’aux premiers Homo Sapiens. La mort, avec cette phase finale de l’Évolution de l’Homme, n’existait théoriquement plus. C’est en voyant ces premiers humains que Tyranno, empli de fierté, revêtit enfin une forme corporelle : une enveloppe d’apparence humaine, qui lui permit de se mêler aux premières sociétés humaines. Et il tomba amoureux. Hélas, cette pauvre femme ne pouvait survivre en enfantant une entité qu’on pourrait qualifier de divine, et elle mourut en accouchant de Magdalena. Ayant compris la leçon, Tyranno réfréna ses sentiments et ne tomba plus amoureux, ne souhaitant pas être responsable de la mort de quelqu’un d’autre. Cette mort devait être la première et dernière que connaitrait l’Humanité post-Néandertalienne, en somme.
Corentin reprit son souffle.
- Les années passèrent, et alors que Magdalena grandissait et gagnait en maturité et en bonté, son père, rongé par le chagrin, prenait le chemin inverse. Si bien que quand Magdalena atteignit l’âge auquel elle pouvait utiliser ses pouvoirs, elle les utilisa pour concevoir un coffre : par ce fait, elle prit la place de son père en tant que « Dieu ». Dans ce coffre se trouvaient des dons : l’agriculture, l’élevage, l’écriture, la vie en symbiose avec la nature… Ces dons permettraient aux humains de vivre en paix et en harmonie avec leur environnement. Ce coffre fut placé sur Terre, où quelqu’un le trouverait forcément et l’ouvrirait, ce qui répandrait ces dons. Ne cachant plus la haine qu’il éprouvait pour sa fille, qu’il jugeait responsable de la mort de la seule femme qu’il eut jamais aimé, Tyranno piégea le coffre en y ajoutant la mort, la maladie, la guerre, la religion, l’industrialisation… Et il fut ouvert, répandant les dons, bons comme mauvais, ce qui lança l’émergence des premières civilisations... pour le meilleur comme pour le pire. C’est de là que vient le mythe de la Boîte de Pandore.
Corentin fit une légère pause, puis poursuivit.
- Tyranno venait de créer le Mal, et il décida pour faire bonne mesure de tuer sa fille. Celle-ci s’exila alors entre ciel et terre, dans un royaume caché où elle serait en sécurité. Elle y accueillit les gens qui mourraient après une vie où ils n’auraient pas cédé au Mal : c’est de là que vient la notion de Paradis, reprise par les religions. Ainsi, les « gentils » étaient récompensés par une vie prolongée dans un cadre idyllique. Tyranno répliqua en créant une sorte d’Enfer, caché dans les tréfonds de la planète… Mais cet Enfer ne visait pas à punir. Au contraire, il visait à récompenser les humains ayant eu un mauvais comportement, mais dans un cadre bien plus miteux et délabré que chez Magdalena : la récompense était donc bien maigre. Jaloux, Tyranno s’attaqua au royaume de Magdalena, et échoua jusqu’en 1789. Cette année-là, alors que la Révolution avait lieu en France, elle eut également lieu là-haut. Magdalena fut trahie par son meilleur ami, qui était son second et qui l’assistait dans la gestion de son royaume, et elle échappa de peu au massacre général qui suivit la capture dudit royaume. On peut mourir une deuxième fois, mais cette deuxième fois est définitive : il n’y a plus rien après, à l’exception du néant le plus total.
Corentin soupira, puis continua son récit.
- Tyranno avait été brisé par l’amour ; Magdalena le fut par l’amitié. Seule survivante de son royaume, et ne faisant plus confiance à personne, elle erra jusqu’au royaume souterrain de son père qui l’avait déserté avec ses occupants, qu’elle renomma « Complexe ». Elle entreprit d’y remettre un peu d’ordre, puis accueillit ses premiers « nouveaux morts » après avoir mis en place un nouveau mode d’organisation. Elle se forgea également un instrument pour canaliser ses pouvoirs et la protéger, ce que fit également Tyranno : il passe son temps à la copier de toute façon. Ils ne peuvent donc pas se tuer, à moins que l’un vole à l’autre cet instrument et le retourne contre lui, cet instrument étant désormais la source de leurs pouvoirs : sans celui-ci, ils ne peuvent pas les utiliser. Une tierce-personne ne peut pas s’en servir : les rares personnes ayant essayé sans le consentement du possesseur n’ont fait que provoquer des explosions plus ou moins violentes. Bref, peu à peu, le Complexe commença à s’agrandir alors que sa population augmentait, mais y vivre restait relativement spartiate car le niveau de délabrement de cet endroit était – et est toujours – ahurissant. Et pendant ce temps, Tyranno faisait la fête dans un cadre luxueux et  prospère avec ses morts ayant pris le mauvais chemin… et il le fait toujours aujourd’hui.
Il y eut un silence, et Tyranno applaudit ironiquement Corentin, puis pointa son sceptre sur Paul : Paul pointa alors le bâton doré sur Tyranno.
- N’essayez même pas, vieux débris ! Faire ça à sa fille, vous devriez avoir honte !
- Je vais me gêner…

Paul fut soudain auréolé de rouge et lâcha le bâton doré. Ses yeux s’exorbitèrent, et ses mains se portèrent autour de sa gorge, avant d’appuyer très fort : le pouvoir de Tyranno forçait l’infortuné Paul à s’étrangler lui-même. Aurélie poussa un hurlement, suivie par Antoine, et tous deux se précipitèrent sur le tyran, mais eux-aussi furent auréolés de rouge et commencèrent à s’étrangler. Vincent retint Denis d’aller leur porter secours : ils allaient tous y passer si ils faisaient ça ; mieux valait trouver une autre solution. Magdalena venait de poser la main sur son bâton doré quand elle fut elle aussi brièvement auréolée de rouge, puis prise de convulsions, avant d’être éjectée contre une des bibliothèques, dont le contenu tomba en cascade sur elle. Tyranno ramassait le bâton doré… quand une théière se fracassa violemment contre sa tempe. Lâchant le bâton et se redressant vivement, il avisa Vincent, qui lui jetait à présent une lourde planche à pain, tandis qu’Aurélie et Antoine, libérés de leur « ensorcellement », agrippaient leur fils et filaient à l’abri dans les chambres.
- Si vous voulez tuer Anastasia, il faudra me tuer d’abord !
- Vincent, une seule fois suffit largement ! Reviens ici !
- Papa, occupe-toi de mettre les autres à l’abri au lieu de grogner !
Tandis que Vincent s’emparait du bâton doré, Corentin prêta main forte à Denis : le chef de la famille évacuait les Titanicophiles vers les chambres (Nicolas râla car il devait abandonner son thé), tandis que l’agent de Magdalena faisait se diriger les Romanov vers la cuisine.
- Je vais vous emmener au Complexe, Mesdames et Messieurs les Romanov ! Il ne pourra pas vous atteindre là-bas !
- Je ne vais nulle part ! Je suis empereur de droit divin, et je n’ai pas à être commandé !
- Le droit divin, c’est la dame évanouie contre la biblio là-bas, et elle n’a jamais été sollicitée pour vous mettre sur le trône, alors mettez-là en veilleuse !
Tenant fermement les Romanov, notamment le Tsar Nicolas II qui cherchait à s’échapper, Corentin sortit une sorte de télécommande garnie d’une antenne et d’un gros bouton blanc, qu’il pressa immédiatement. Une forte lumière blanche envahit la cuisine, mais Tyranno, se désintéressant de Vincent, pointa son sceptre vers la cuisine : Anastasia fut projetée vers lui lorsque le groupe de Corentin disparut. La princesse, dont la téléportation avait été interrompue, tomba aux pieds de Tyranno, puis, auréolée d’une lumière rouge, elle se releva et se saisit d’un couteau de cuisine échappé du vaisselier, avant de s’approcher de Vincent. Elle était contrôlée. Vincent devait donc faire face aux « sortilèges » que Tyranno lui lançait avec son sceptre (ils rebondissaient sur le bâton doré que Vincent maniait avec habileté sans pouvoir jeter de sort) et aux coups de couteaux meurtriers qu’essayait de lui asséner Anastasia.
- Vous sauvez une jolie jeune fille, et voilà comment elle vous remercie !
- Arrête de gigoter comme ça et sois galant, laisse cette jeune fille te tuer !
Denis avait surgi soudainement derrière Tyranno.
- On a eu notre quota de morts, merci bien !
Et, d’une manière très « badass », il asséna un formidable « coup de boule » à Tyranno. Celui-ci, sonné, recula. Vincent écarta d’un geste Anastasia, redevenue normale, et donna un grand coup du bâton doré dans le crâne de son adversaire. Denis acheva le round par un croche-pied adroitement mené. L’ennemi tomba, lâcha son sceptre, et perdit son apparence hideuse pour retrouver celle qu’il avait normalement : celle d’un homme de grande taille aux cheveux bruns coupés courts, au teint hâlé, habillé d’un élégant smoking, avec des lunettes de soleil noires dissimulant ses yeux rouges. Son sceptre s’était transformé en une sorte de canne faite d’un métal sombre – du bronze – dont le pommeau était constitué d’une tête de serpent aux yeux faits de deux pierres précieuses irisées. Vincent enlaça Denis : ils pouvaient se montrer fiers de leur travail d’équipe père-fils. Ils regardèrent ensuite sans méfiance Tyranno, prostré par terre, séparé de sa canne. Ce fut une grave erreur. En une demi-seconde, la canne vola droit dans la main tendue de son propriétaire, qui se releva derechef avant de cingler l’air à l’aide de son arme. Denis poussa un hurlement lorsqu’il fut éjecté contre la fenêtre, qui se brisa sous le choc dans une nuée de tessons de verre. Il ne se releva pas. Vincent, lui, fut catapulté contre la cheminée avant de se retrouver face contre terre. Le bâton doré avait volé on ne savait où. Il ne restait qu’Anastasia, qui venait de se relever, face à Tyranno. Elle avait un air brave et déterminé au visage.
- Vous ne me faites pas peur !
- Oh, ça, ça peut encore s’arranger ! Que dirais-tu d’un petit méchoui ?!
Agitant sa canne, Tyranno fit décoller des bûches incandescentes de la cheminée, qui se précipitèrent vers Anastasia. La Grande-Duchesse les évita comme elle put, mais le bas de sa robe s’embrasa, tout comme les rideaux de la salle aux cartons et la bibliothèque dont le contenu s’était écroulé contre Magdalena, toujours inconsciente.
- Dis tes prières, Anastasia ! Personne ne viendra à ton secours !
- Combien tu paries ?!
Vincent, qui venait de prononcer cette phrase chevaleresque, s’était discrètement relevé et avait rampé derrière la table brisée, avant de bondir sur Tyranno pour le faire tomber. Effectivement, l’attaqué comme l’attaquant tombèrent, mais Tyranno se releva immédiatement et envoya un puissant coup de pied à Vincent qui l’envoya valser à travers la porte d’entrée. Anastasia, elle, essayait d’éteindre sa robe comme elle pouvait.
- Quel rebondissement ! Voilà l’occasion d’utiliser un petit quelque chose pour m’assurer que tu ne viendras plus jouer les casse-pieds !
D’un geste complexe de son instrument de malheur, Tyranno fit apparaître juste devant la porte… le fameux sanglier qui avait chargé Tiphaine, puis provoqué l’accident de voiture d’Olivier. Sauf que ledit sanglier avait doublé de taille, que ses yeux étaient rouges et que ses défenses brillaient d’un sinistre éclat métallique : on aurait en fait dit un Pokémon, mais en plus moche. La bestiole barrait le passage à Vincent, sonné et encore affalé dans la neige, qui ne pouvait plus entrer dans le Sundowner pour sauver Anastasia qui allait se transformer en torche vivante d’une minute à l’autre.
- AH NON !!
Tiphaine était revenue dans la salle, avec l’envie apparente d’en découdre avec le fichu animal qui lui avait causé une fracture de la jambe, puis une plaie à la tête lors de l’accident de voiture. Elle ramassa un tisonnier tombé de la cheminée, l’enflamma après avoir embroché un torchon imbibé d’huile avec, puis fit coucou au sanglier.
- Hé, sale bête ! Si tu venais régler le différend qu’on a toi et moi ?!
Tiphaine sauta ensuite par-dessus la table brisée en deux et enjamba adroitement le rebord de la fenêtre – et Denis – avant de courir au dehors. Le sanglier se rua à sa poursuite, abandonnant la porte d’entrée qu’il gardait… avant que Guillaume, lui aussi, n’émerge des rideaux encadrant le couloir des chambres et se lance à leur poursuite.
- Attends Tiphaine ! Tu vas te faire tuer !
Une fois que Guillaume eut filé dehors lui aussi, Tyranno se retourna vers Anastasia, qui venait tout juste d’éteindre sa robe, dont le bas était complètement calciné. Il soupira, agita négligemment sa canne, ce qui propulsa Anastasia dans la pièce aux cartons, qui s’était totalement embrasée.
- Da Svidania, votre Altesse…
Anastasia hurla juste après qu’on ait entendu un fracas de bois.
- Enfin ! La dernière des Romanov va mourir ! Et ce cauchemar prendre fin !
Vincent, encore un peu sonné, rentra et revint à la charge.
- Le seul cauchemar ici, c’est vous ! Vous êtes odieux, malfaisant, tyrannique, et complètement cinglé !
- Tu es ici pour me lire ma biographie, freluquet ?
- Non ! Juste pour vous montrer que vous êtes un vrai taré ! Vous avez repris votre apparence normale, alors pourquoi faire tout ce cinéma ?!
- Oh. Cela n’a rien de personnel ! Oui, j’ai repris mon apparence normale, mais j’avais aussi juré de tuer cette mijaurée et sa famille ! Ah, oui, sa famille est morte, tout comme votre camarade Corentin : j’ai fait dysfonctionner la téléportation pour qu’ils soient envoyés droit dans le Néant. Et ta petite Anastasia va vite les rejoindre en compagnie de vos vestiges du Titanic quand le feu aura fini de s’en occuper. Quand je jure, je respecte ma parole ! Question de principes !
- De principes… je rêve… Mais… Attendez, vous l’avez jetée dans la salle aux cartons, qui a pris feu ?! ANASTASIA !!
Vincent écarta vivement Tyranno pour se jeter dans le brasier et sauver la princesse, mais celui-ci agita à nouveau sa canne, et Vincent fut stoppé net par… l’Artémis de Versailles. Ce n’était plus une simple petite sculpture inanimée (exposée dans le Grand Salon du Titanic) qu’avait reproduit Nicolas avec du plâtre entre deux restaurations de vestiges du Titanic – vestiges qui étaient au centre du brasier – mais ladite sculpture que Tyranno venait d’ensorceler pour qu’elle n’ait plus rien de petite ou d’inanimée : elle allait tuer Vincent, dont elle avait pris la taille. Sa texture était passée du plâtre au marbre, et Vincent reçut un violent coup de poing de la statue en plein visage, l’envoyant droit au tapis. Il ne se releva difficilement, mais la statue renchérit par un uppercut encore plus violent : il allait se faire massacrer. Tyranno se retourna vers la pièce aux cartons contenant les vestiges : plus rien n’y bougeait, à l’exception des flammes qui se propageaient aux chambres adjacentes et au couloir après avoir réduit en cendres les cartons et leur contenu.
- Ahahah ! Vive les Romanov !
Il se retourna alors vers la porte d’entrée pour partir, sa mission étant accomplie.
- Absolument ! Je suis certaine que je ne l’aurais pas mieux dit moi-même !
Anastasia venait de traverser les rideaux du couloir : sa robe était parsemée de lambeaux d’étoffe brûlés, la suie maculait son visage et ses bras, et la rage était aisément visible dans ses yeux. Elle était parvenue à s’échapper du brasier en passant par le mur effondré des deux chambres de secours, avant d’en sortir et de revenir au séjour par le couloir. Tyranno fut stupéfait pendant une seconde. Ce fut une seconde de trop. Anastasia se jeta sur lui, et commença à le marteler de coups de poing : être divin n’empêchait pas de ressentir la douleur. Tyranno la poussa violemment, puis se redressa avant de lui asséner une claque retentissante qui la fit basculer en arrière, l’envoyant à côté de la porte d’entrée, près de laquelle Vincent venait finalement de succomber aux coups de la statue ensorcelée. Il pointa la canne vers Anastasia, sans défense et acculée contre la porte d’entrée, avec l’intention d’en finir définitivement, quand un nouvel événement lui fit à nouveau tourner la tête vers les rideaux : Nicolas, portant une grosse bouilloire, et Elodie, tenant toujours son cimeterre, poussaient des cris de guerre à son encontre. Ils furent rejoints juste après par Sonia, qui venait d’enfermer dans une chambre intacte – contre leur gré – les familles Aurélie-Antoine-Paul et Elodie-Mickael-Clément, par peur qu’il ne leur arrive quelque chose : elle s’était armée de plusieurs livres Harry Potter récupérés dans la chambre de Vincent. Tous trois lancèrent alors leurs projectiles sur Tyranno, qui ne s’attendait certainement pas à ça. Il reçut la bouilloire (brûlante) en plein visage, les livres lui écrasèrent les pieds, et le cimeterre se planta dans son bras : il poussa un cri de douleur, et lâcha sa canne, qui tomba dans un bruit métallique à côté d’Anastasia. Celle-ci s’en saisit immédiatement, et avant que Tyranno n’ait pu lui reprendre…
- Ça, c’est pour Vincent !
Anastasia fracassa contre le sol le pommeau en forme de tête de serpent de la canne, et il vola en éclats. Tyranno poussa un hurlement à glacer le sang, tandis que l’incendie s’éteignait d’un seul coup et que sa statue aux instincts meurtriers tombait en poussière.
- Ça, c’est pour ma famille !
Elle lança violemment la canne désormais sans pommeau contre la cheminée, où elle se tordit en deux. Tyranno, le souffle court et les mouvements saccadés, essaya d’étrangler Anastasia, mais elle le repoussa d’un coup de genou en plein thorax.
- Et ça, c’est pour vous ! Da Svidania, Tyranno !
Et d’un seul geste, Anastasia écrasa du talon de sa chaussure les deux petites pierres précieuses irisées échappées du pommeau, dont elles formaient les yeux du serpent. Le hurlement que poussa alors Tyranno fut tel qu’il brisa toutes les fenêtres ainsi que la vaisselle du Sundowner, sans oublier les lunettes d’Elodie, qui en fut franchement agacée. Il disparut alors dans une volute de fumée noire. Ils avaient gagné.

Denis se releva en bâillant et en étirant les bras.
- Eh bien ! J’ai dormi comme un loir !
Nicolas regarda Denis, éberlué.
- Dormi ?! Tu n’étais pas assommé ?! Le bruit de la bataille ne t’a même pas réveillé ?!
- Oh, moi, tu sais quand je dors… Bataille ?!
Denis tourna la tête vers la porte d’entrée, et frappé d’horreur, reconnut Vincent inanimé, l’air livide et le nez en sang, à côté duquel s’était agenouillée Anastasia. Il fila auprès de son fils adoptif. Sonia alla délivrer les deux familles car Mickael était en train de défoncer la porte de la chambre. Au même instant, Tiphaine fit son retour : elle était en nage, ses cheveux étaient en bataille, et l’une de ses manches était déchirée, mais elle paraissait contente d’elle. Guillaume, qui suivait, n’avait pas meilleur allure. Elodie s’approcha d’eux.
- Qu’avez-vous fait du sanglier ?
Guillaume répondit sombrement et laconiquement.
- Du jambon.
Il s’approcha alors de Vincent.
- Tiphaine, tu ne refais pas ton numéro, comme tu as fait avec moi ?
- Guillaume, mécontenter une femme qui a tué un sanglier à mains nues…
- … avec mon aide…
- … certes… pourrait être préjudiciable à ta santé…
- Mouais. Tu permets ?
Et là, alors que tout le monde – sauf Magdalena qui avait été légèrement oubliée – se réunissait attristé autour de Vincent, qui leur faisait faux bon pour la deuxième fois en douze heures, Guillaume, sous le regard effaré de Denis… mit une gifle à Vincent.
- OUILLE !!! Non mais t’es complètement barje, ma parole ! Qu’est ce qui te prends ?!
- Tiens, content de voir que tu me reparles ! Tu demanderas à Tiphaine, c’est elle qui a eu l’idée en premier. Et fais attention, tu saignes du nez. Denis, fais attention aussi, tu écrases à nouveau ton fils.
Denis relâcha son étreinte alors que Vincent, « réanimé » par Guillaume, grimaçait de douleur.
- J’ai mal partout… Outch… Vas-y doucement… Anastasia va bien ?
- Elle est à côté de toi, andouille de canard !
- Ah, euh, oui…
Guillaume alla relever Magdalena, qui venait tout juste d’émerger, tandis que Vincent recevait des messages de félicitations particulièrement nourris de la part de tout le monde. Il se releva assez difficilement, soutenu par Denis et Anastasia. Il récupéra ensuite le bâton doré appartenant à Magdalena – il avait atterri sur une tringle à rideaux – puis s’approcha de sa propriétaire pour lui rendre respectueusement.
- Mon cher, vous vous êtes comporté en héros, tout comme vos amis.
- Moui, bon, hein, oh. Il est mort ?
- Hélas non. Il aurait fallu que j’utilise mon bâton doré et sa canne de bronze contre lui alors qu’il était désarmé pour cela... Il a regagné son royaume, mais il ne peut normalement plus le quitter car vous avez détruit sa canne, qui était sa source de pouvoir, et en reconstruire une prendra du temps. Il ne nous embêtera plus. Je ne peux que vous remercier… Sans vous… Sans vous, rien ne serait arrivé ! Mais bon, je peux considérer que vous avez bien rattrapé la situation. Je ne peux décemment plus vous punir…
Paul s’approcha, et Magdalena préféra mettre son bâton doré loin de sa portée, au cas où Paul voudrait de nouveau jouer au voleur.
- C’est quoi, au juste, cette histoire de punition ?
Antoine et Aurélie s’approchèrent, une main sur l’épaule de leur fils, et regardèrent Magdalena dans l’attente d’une réponse. Denis, qui soutenait Vincent, également. Anastasia, elle, s’était assise dans un fauteuil pour se remettre de ses émotions, mais également de la mort de sa famille, qu’elle avait appris d’une manière bien abrupte. Les deux Elodie, Mickael tenant Clément, et Sonia approchèrent également, de même que Tiphaine suivie de Guillaume. Nicolas rejoignit la petite assemblée en dernier : il était allé reprendre sa tasse de thé.
- Je suis venue ici, à l’origine, pour tenter de réparer les dégâts temporels que vous avez causé. Hélas, cela impliquait de vous emmener au Complexe, puis vous y faire disparaître définitivement. En clair, un aller-simple pour le Néant sans passer par les services d’accueil du Complexe. Le dérèglement temporel aurait été circoncis.
Nicolas termina (enfin) sa tasse de thé, par ailleurs devenue bien froide.
- Sympathique et délicate attention, merci !
- Les temps ont changé… Je suis navrée d’avoir eu cette intention, et mes plans ne sont désormais plus les mêmes. Je pense que je vais toujours vous emmener au Complexe… mais pour vous offrir, à tous, au vu de vos prouesses, un poste, avant de procéder à une réinitialisation.

Et elle sourit. Pas pour longtemps au vu de l’avalanche de questions qu’elle venait de déclencher. Nicolas attaqua le premier.
- Euh. Pardon ? C’est quoi ça ?
Tiphaine et Guillaume prirent la suite, en parfaite simultanéité.
- Et l’autre cinglé, vous êtes sûre qu’il ne va pas revenir ? Il a un peu mis Vincent en pièces, tué Corentin et les Romanov, et il a voulu transformer Anastasia en Jeanne d’Arc, tout en réduisant en cendres la moitié de notre demeure ! Dont les vestiges du Titanic que nous avions sauvé à Paris… tout ça pour ça… Ah, et il a aussi failli asphyxier Paul et ses parents…
Lesdits parents prirent leur tour.
- Et Paul, il va rester comme ça ?!
Vincent avait aussi sa question.
- Et moi, on va enfin m’expliquer pourquoi et comment je ne suis plus mort ?!
Anastasia également.
- Vous êtes sûre pour ma famille ?... Je ne vais jamais les revoir ?...
De même pour Sonia.
- Euh… et moi, pour Nadine ?...
Elodie, regardant ses lunettes cassées d’un air boudeur, pensait aussi aux autres.
- Et nos amis décédés à Paris ? Vous ne pouvez pas nous les rendre ?
L’autre Elodie et Mickael pensaient plutôt à leur progéniture.
- Et Pilou, dans tout ça ?
Tout le monde se tourna vers Denis, qui n’avait pas posé de question.
- Euh… Vous n’allez pas nous confisquer notre Vincent, hein ?
Magdalena fit un geste d’apaisement avec ses mains.
- Du calme, du calme…
Elle alla ramasser les débris de la canne de Tyranno qu’elle rangea dans son sac, puis revint à eux, s’appuya sur son bâton doré, souffla un bon coup, et répondit à tout le monde.
- Je ne voulais pas en arriver là, mais bon… J’ai prévu une réinitialisation. C’est-à-dire que je vais remonter le temps jusqu’à la seconde précédant l’arrivée de l’éruption solaire sur cette planète. Ladite éruption, que j’aurais considérablement affaiblie, ne perturbera absolument rien du tout, et tout ce qui aurait dû en résulter – ce que vous avez vécu – ne se produira jamais, ce qui inclut l’utilisation de la montre. Pour plus de sécurité, je veillerais à rendre ladite montre inutilisable, au cas où.  Vous ne disparaîtrez pas avec ce retour dans le temps, pour la bonne raison que le Complexe ne sera pas affecté par la manœuvre : or, si vous y avez un poste, vous pourrez y séjourner… On a tous le droit à une seconde chance. Pour autant, ce n’est pas une récompense. Vous n’aurez pas le droit de communiquer avec les membres de votre famille ou vos amis décédés, et vous aurez à travailler dans les services que je dirige. Comme vous n’êtes pas morts, vous n’avez pas le droit d’y être accueillis : vous êtes juste… intérimaires… d’où ces règles un peu strictes. Quant à Tyranno… le voyage dans le temps ne lui rendra sa canne de bronze. Hélas pour lui, il devra en refaire une, ce qui prendra du temps. Cela ne va pas l’apaiser. Pas du tout. Et il se souviendra de vous. Il va vous vouer une haine éternelle, car il ne se remettra jamais du fait d’avoir été battu par de simples mortels. Passons maintenant aux mauvaises nouvelles…
Antoine ne put s’empêcher d’ironiser.
- Oh, si c’était les bonnes nouvelles, je n’imagine même pas les mauvaises !
- Cessez ce petit jeu, voulez-vous ? Je n’ai pas le pouvoir de ramener vos amis morts à la vie. Ils se trouvent au Complexe, et vous n’aurez pas le droit de les rencontrer une fois sur place. C’est une loi fondamentale que, moi-même, je n’ai pas la possibilité de changer. Quant aux Romanov… je vais devoir enquêter, car je n’ai pas de nouvelles de l’agent Corentin. En ce qui concerne votre amie Sardine…
- Euh, Nadine…
- Hmm, oui, certes. Navré, j’ai cruellement besoin de sommeil… Nadine, donc, n’a pas été concernée par le dérèglement temporel, contrairement à vous tous : je ne l’emmènerai donc pas. Vous êtes par ailleurs déjà bien assez nombreux… Concernant Paul… je pourrais éventuellement…
- Vous pouvez éventuellement aller vous faire voir chez les Grecs.
- Paul ! On ne t’a pas élevé comme ça !!
- … mais à l’évidence, il ne se montrera pas très coopératif : il restera donc ainsi. Il y a également Vincent.
Denis n’osa plus respirer.
- Vincent, à sa mort, ne s’est pas présenté à l’Accueil du Complexe. Il y a eu une défaillance, car, techniquement, on ne peut pas mourir en 1918 si on est né en 1994, question de mathématiques appliquées. Il s’est donc retrouvé coincé entre la Surface et le Complexe, et est « revenu » auprès de vous je ne sais comment via le dérèglement temporel. Il n’est donc légalement pas mort. Il restera avec vous.
Denis, soulagé, s’apprêta à enlacer Vincent, qui essaya de s’éloigner.
- Je crois que j’ai déjà une côte cassée, inutile de m’appliquer le tarif deux-en-un !
Magdalena se tourna vers Clément.
- Concernant votre bébé, qui est, je dois dire, absolument adorable… j’en aurais bien fait un messi, avant, d’ailleurs…
- Vu comme a fini votre fils il y a 2000 ans, je pense que je vais poser mon veto, si vous voulez bien…
- Je n’ai jamais eu de fils, ma chère Elodie, mais je vois de quel envoyé vous parlez. Rassurez-vous, je n’envoie plus personne depuis l’année 622 : à chaque fois, ils déforment tout ce que je dis, et ça provoque des catastrophes à long terme : allez-y pour réparer tout ça après…
- Vous nous en voyez marris…
- Moi aussi, mon cher Nicolas. Je disais donc qu’au vu de son jeune âge, il ne sera pas tenu de travailler, et ses parents auront des horaires aménagés pour s’en occuper. C’est une évidence. D’autres questions ?
Chacun avait eu sa réponse. Elodie, ses lunettes cassées en main, tapota le bras de Magdalena, qui se retourna vers elle.
- Oui ?
- Euh, mes lunettes se sont cassées… Je peux ?...
- Vous m’avez pris pour une opticienne ? Vous n’avez qu’à prendre celles de Tyranno, elles sont tombées près du canapé lors du combat.
Elodie haussa les épaules, un brin vexée, et alla récupérer les lunettes noires que Tyranno avait perdues. Elles lui allaient impeccablement… et elles lui donnaient un style intéressant. Aurélie la dévisagea.
- Eh bien, ma chatonne, on peut maintenant dire que tu es une diablesse sans que ce soit faux !
Magdalena alla au centre de la pièce, puis se retourna vers le groupe.
- Bon. Si vous êtes prêts, nous pouvons y aller.
Comme personne ne répondait, Magdalena éleva son bâton doré au-dessus d’elle, puis le fit tournoyer. Une à une, les pierres précieuses colorées étincelèrent, avant qu’un rayon arc-en-ciel jaillisse du pommeau et s’élance vers le toit, qui se perça dans un grand bruit. Tiphaine leva les yeux au ciel.
- Vous êtes obligée de toujours détruire notre maison ? Ça devient lassant…
- Je fais ce que je peux, ma chère… Si vous voulez aller au Complexe, c’est nécessaire.
- Mais… Gérer ce complexe, ce n’est pas… complexe ?
- Horriblement complexe, si. C’est encore pire que d’être guide dans un centre d’interprétation de la peinture impressionniste dans le Limousin.
- Ah, je vois de quoi vous parlez !
Guillaume regarda Tiphaine d’un drôle d’air.
- Comment ça ? Tu as déjà travaillé dans un endroit pareil ?
- … mais, non… Pourquoi j’ai répondu ça à Magdalena ? Je n’ai jamais travaillé dans un truc comme ça… et je ne vois pas pourquoi et comment ce serait le cas un jour.
Magdalena eut un sourire énigmatique.
- Le destin – sans éruption solaire – est empli de mystères… Allons-y !
Le rayon arc-en-ciel se teinta de blanc, et la lumière qui en émanait devint aveuglante. Elle se propagea alors dans toutes les directions, jusqu’à ce que la surface entière de la planète devienne blanche.


Dernière édition par Canard-jaune le Mar 14 Oct 2014 - 22:52, édité 1 fois
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