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 Great Blasket : La vie sur une île irlandaise

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Tiphaine

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MessageSujet: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Lun 2 Sep 2013 - 3:39

Comme certains l'auront peut-être remarqué, je reprends ici le même style de titre que celui de mon topic dédié à l'île écossaise de St-Kilda. Il est intéressant de comparer les modes de vies très différents de ces Insulaires, tout comme cela n'a rien à voir non plus avec l'insularité imposée des naufragés de bateaux, comme sur St-Paul ou sur Disapointment Island. Toutes ces îles je les étudie à distance. Si l'occasion m'est offerte de m'y rendre un jour, c'est avec tout un tas d'histoires déjà en tête que je débarquerais sur leurs sols. C'est différent avec Great Blasket, car je suis arrivée en connaissant très peu de choses de son histoire.

Quelques semaines auparavant, je sortais d'une librairie de livres d'occasion avec The Islandman (L'homme des îles) sous le bras. Sur la couverture, un vieil homme tient un livre entre ses mains ; j'apprends qu'il s'agit de l'auteur, Tomàs O Criomhthain. La première édition date de 1929 et fut originellement écrite en gaélique. Ce sont des universitaires qui l'encouragèrent à raconter l'histoire de son île et des Insulaires. Au départ un peu récalcitrant, Tomàs fut finalement convaincu quand ils lui montrèrent d'autres exemples de biographies de pêcheurs et de paysans. Pour mieux comprendre cette ferveur de vouloir garder traces de ces modes de vies, il faut se pencher sur le contexte de l'époque. L'Irlande est depuis peu une nation indépendante et compte bien s'affirmer en tant que telle. On note entre autres que le gaélique qui était sanctionné sous la domination anglaise est de nouveau mis à l'honneur. Or, les universitaires s'aperçoivent que les Insulaires de Great Blasket parlent encore un gaélique primitif, comme on en entends que trop rarement sur le continent. Les inciter à écrire leurs mémoires dans cette langue est donc une manière de garder et transmettre cet héritage. Plusieurs habitants de l'île (environ une dizaine), dont une femme, suivirent l'exemple de Tomàs au fil des années. Néanmoins, The Islandman demeure la plus connue. Sans le savoir, je venais d'acheter un livre considéré comme l'un des plus importants de la littérature irlandaise. Le hasard fait bien les choses, à moins que, justement, il n'y ait pas de hasard...  

Comme c'est en anglais et que l'on sent bien, par certains mots ou expressions, qu'il a été traduit du gaélique, je l'ai lu assez lentement. La veille de mon départ sur le Bel Espoir je n'avais à vrai dire avancé que d'une trentaine de pages, et la valise étant pleine je me résolue à ne pas l'emporter avec moi. Qu'elle ne fut pas ma surprise quand, au milieu de notre séjour, nous nous retrouvâmes à naviguer non loin des Blaskets. Elles restèrent en vue toute une journée tandis que nous hésitons à faire escale à Ventry ou à Dingle... Après avoir finalement passé la nuit au port de knightstown , nous reprenons la mer le lendemain midi sans avoir de cap précis, mais à nouveau les Blaskets apparaissent à l'horizon. Je les admire de la passerelle avec une paire de jumelles. Le capitaine, lui, hésite encore à s'y rendre. Quelle torture ! Nulle autre envie que de m'asseoir alors sur le pont pour passer le temps et continuer à les observer de loin tout à mon aise. Puis, non je ne rêve pas... Petit à petit, elles se rapprochent. Le choix du capitaine est fait, d'ici une heure nous jetterons l'ancre devant la plus grande de ces îles : Great Blasket.

Il est 18h quand les ruines de l'ancien village se dévoilent à nos yeux. 18h30, environ, lorsque notre zodiac s’immobilise dans la petite crique et que je pose enfin le pied sur l'embarcadère. Sensation immédiate d'être là où il faut être... Difficilement explicable. Nous ne sommes repartis que le lendemain en début d'après-midi et j'ai ainsi eu le temps de me rendre deux fois sur l'île.

Depuis mon retour, j'ai repris la lecture du livre de Tomàs. Il m'est désormais plus facile de comprendre les lieux dont il parle. J'ai visité les ruines des maisons presque une par une, arpenté les anciens chemins, grimpé sur le sommet où il allait chercher la tourbe pour le feu, marché sur la plage où son fils s'est noyé... Je découvre, avec chaque fois plus d'étonnement, tout un tas d'histoires qui se sont déroulées dans ces paysages. Mais avant de vous les faire partager, une petite présentation de Tomàs et de ses proches s'impose.


---


Source : http://www.curator.ie/category/heritage/page/2/
Au centre, Tomàs O Criomhthain.

Tomás Ó Criomhthain est né sur Great Blasket en 1856. 
C'est le petit dernier d'une fratrie de six enfants. Il y a d'abord l’aînée, Maura, qui seconde sa mère à la maison, vient ensuite Eileen, Kate, Pat (le seul autre garçon) et Nora qui était la petite favorite jusqu'à l'arrivée de Tomàs. Cinq ans les séparent, la naissance de Tomàs est un "accident".

Maura se marie avec un pêcheur de l'île quand Tomàs est encore jeune, et mets au monde un garçon. Hélas pour elle, son mari meurt moins d'un an après. Ne sachant que faire, un départ pour l'Amérique lui semble tout indiqué. En quittant l'île, Maura laisse derrière elle son bébé qu'elle confie à sa mère. Elle ne revient que plusieurs années après, avec quelques économies en poche. Ayant récupéré son fils, elle se remarie rapidement avec un pêcheur de l'île sans un sou. Tomàs raconte dans son livre que leur maison est minuscule mais que, comme tous les gens qui reviennent d'Amérique, sa sœur est alors prête à vivre n'importe où.
Entre-temps, Eileen et Nora ont elles aussi traversé l'Atlantique grâce à de l'argent envoyé par Maura lorsqu'elle était encore là-bas. Lorsque Tomàs écrit son livre entre 1926 et 1929, il indique qu'elles vivent toujours là-bas et ne sont jamais revenues sur l'île.
Pat, de douze ans plus vieux que Tomàs, épouse quant à lui une fille du continent un an après le mariage de Kate (avec un pêcheur de l'île). Sa femme lui donne deux fils, mais meurt trois mois après la naissance du second. Sans rien dire à personne, Pat s'enfuit en Amérique en les laissant à la charge de sa mère. Il revient quelques années après avec pour unique richesse les vêtements qu'il porte sur lui (son billet de bateau lui ayant été payé par des amis), reste plusieurs mois sur l'île et repart au printemps suivant cette fois avec ses fils. Le petit dernier est à peine en âge de marcher. Tomàs explique que son frère était un bon travailleur qui ne se plaignait jamais, et que c'est la raison pour laquelle il a toujours eu un emploi, même en période de chômage. Néanmoins, Pat reviendra plus tard à nouveau sans un sou, parce qu'il dépensait tout pour ses fils, afin qu'ils n'aient pas à travailler. Ceux-ci restèrent ensuite en Amérique et il semble qu'ils furent bien ingrats car ils ne cherchèrent jamais à prendre des nouvelles de leur père...

Le père de cette famille nombreuse s'appelle Dómhnall Ó Criomhthain. J'ignore le prénom de la mère, si ce n'est qu'elle naquit dans la famille des Ó Sé (pour une fille : Ní Shé). Ceux de ses frères, en revanche, reviennent régulièrement au fil des pages. Ils sont trois : Liam, Tomàs et Diarmuid. Ce dernier est celui qui fait le plus parler de lui et pour lequel j'ai le plus de sympathie. 

En 1878, Tomàs épouse Máire Ní Chatháin (Maura Keane). Ensemble, ils ont dix enfants, dont peu parviennent à l'âge adulte... L'aîné chute d'une falaise en essayant de capturer un bébé mouette pour l'apprivoiser. C'est le grand-père maternel qui prends sa barque pour aller repêcher son corps. Son nom n'est pas précisé, mais il avait 8 ans et c'était en 1890. D'autres sont morts de maladies.

Le recensement de 1901 nous apprend que sept des enfants de Tomàs et Màire sont encore en vie à cette époque. Leurs noms sont écrit dans la version anglaise imposée par le recenseur, j'ai indiqué le vrai entre parenthèse avec l'âge : Patrick (Pàdraig, 18 ans), Ellen (Eileen, 16), Thomas (Tomàs, 14), Kate (Càit, 12 ), Daniel (Dómhnall, 10), Maurice (Muiris, 5), John (Seàn, 3). Sur le recensement suivant, en 1911, il ne reste plus que Pàdraig, Seàn et Muiris.

Dómhnall a vécut jusqu'à l'âge de 18 ans. Un jour de 1909, alors qu'il est en train de bêcher un champ de pomme de terre, il aperçoit sa sœur, Càit, et une amie du continent qui ne parviennent pas à regagner le rivage de la plage après avoir été nager au large. Abandonnant son travail, il plonge pour leur porter secours. Il s'arrête d'abord aux côtés de sa Càit qui est moins en difficulté, lui dit de tenir bon, et rejoint l'autre demoiselle avec laquelle il se noie finalement. Càit est sauvée par un autre homme qui avait accourut derrière Dómhnall.


Source : http://www.irishtimes.com/leaving-the-blaskets-from-the-evacuation-to-the-gathering-1.1400498
Dómhnall, fils de Tomàs, et l'une de ses cousines. Sans doute peu avant sa mort.


La suite plus tard...


Dernière édition par Tiphaine le Jeu 27 Mar 2014 - 21:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 13:51

Pauvre famille , ils ont vécu pas mal de malheurs en fait yeux 

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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 18:12

Les enfants de Tomàs n'ont effectivement pas eu de chance. Néanmoins à cette époque il était, hélas, courant que les enfants meurent avant l'âge adulte. Les accidents n'étaient pas non plus choses rares, d'autant plus sur une île.

D'ailleurs, l'un des fils de son oncle Diarmuid est également mort peu de temps après la noyade de Domhnall. Si j'ai bien lu, il s'agit d'une bête chute en essayant d'attraper un mouton. Il en résultat une vilaine blessure à la tête...Dans le doute, un médecin et un prêtre furent tous deux envoyés chercher à Dunquin, sur le continent. Les funérailles eurent finalement lieu quelques jours après.


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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 19:04

En fait on ressent bien la misère de l'époque quand on lit que les frères et sœurs reviennent finalement sur l'ile après avoir tenté de vivre une autre vie ailleurs

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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 19:29

Exact. On peut également constater que Maura est revenue avec une petite centaine de shilling (elle a ouvert un compte pour son fils à Dunquin dès son retour), tandis que Pats n'a absolument rien ramené (je ne sais pas encore ce qu'il en est de son second et dernier retour).

Quant à Eileen et Nora, il semble qu'elles aient fait leur vie là-bas, car Tomàs explique qu'elles étaient toujours en Amérique lorsqu'il rédigea son livre (1923/1929).

Le dernier enfant de Tomàs, Seàn (ou John, en anglais) a lui-même écrit un livre, et raconte comment il quitta l'île en 1942 pour s'installer sur le continent avec sa famille.

Le voici : http://www.amazon.co.uk/Day-Our-Life-Sean-OCrohan/dp/0192831194
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 19:35

ah en effet , mais ça représentait peu d'argent ou beaucoup justement , l'argent que Maura a placé sur le compte pour son fils? C'est très chouette que le fils ait écrit son récit lui aussi , j'ai envie de l'acheter , je suppose que tu me le conseilles?

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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 19:41

Historiapassionata a écrit:
ah en effet , mais ça représentait peu d'argent ou beaucoup justement , l'argent que Maura a placé sur le compte pour son fils?
Ce n'est pas énorme... Mais déjà suffisant pour la vie qu'ils menaient, du moins à ce moment-là car ensuite la vie a augmentée.

Pour avoir une idée, Tomàs raconte que lorsqu'il était jeune homme - années 1880/1890 - une pinte coûtait 1 shilling, tandis qu'en 1920 le prix était monté à 9 shilling !

Historiapassionata a écrit:
je suppose que tu me le conseilles?
En effet. sourire  Mais moi-même je ne l'ai pas encore lu.

Visiblement, son livre est présenté comme une sorte d'épilogue à celui de son père, car c'est l'époque où les Insulaires s'en vont les uns après les autres. L'île fut officiellement évacuée en 1953.[/quote]
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Historiapassionata

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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 19:46

D'accord , merci pour l'exemple ! Je pense que je pourrais peut être améliorer mon anglais avec ça rire 

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Manny

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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 3 Sep 2013 - 21:42

Merci Tiphaine pour ce récit détaillé qui se révèle passionnant. On ressent bien la misère et la rudesse de la vie à cette époque. Sait-on pourquoi l'île a été évacué ?

Manon
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mer 4 Sep 2013 - 11:01

D'après ce que j'ai compris, un ministre nouvellement élu s'est rendu sur l'île pour demander aux Insulaires de quoi ils avaient besoin. Beaucoup étaient déjà partis sur le continent, ou en Amérique, de sorte qu'il ne restait plus qu'une trentaine de personnes (à son "apogée", le village comptait 130 maisons). Leur réponse fut toute simple : "Faite nous évacuer." Avec l'évolution du mode de vie, l'arrivée de la modernité (bien que l'Irlande était encore très pauvre) les conditions de vie sur l'île étaient devenues trop difficiles, d'autant que certaines connaissances et pratiques des anciens avaient été oubliés. Seàn O'Crohan l'explique sûrement plus en détail dans son livre.

Néanmoins, je trouve que 1953 est déjà une date tardive pour une évacuation, du moins si l'on compare avec d'autres îles.

Par exemple, celle de Mingulay, en Ecosse, fut désertée en 1912. Quant à St-Kilda - dont j'ai fait un topic ici - l'évacuation eut lieu en 1930. Il faut que je poste l'histoire, parce que c'est la mort accidentelle d'une jeune femme de l'île qui a poussé les Insulaires de St-Kilda à partir. Eux-aussi n'étaient plus nombreux, comme à Blasket, beaucoup étaient partis tenter leur chance au nouveau monde.
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Jeu 5 Sep 2013 - 12:04

Je ne pensais pas que c'était un souhait des habitants. Cette décision a-t-elle pu être renforcer par les nombreuses personnes revenues sur l'île sans avoir réussi à bâtir une vie meilleure aux Etats-Unis ? Je trouve dommage de perdre ces traditions et ce savoir-faire propre à l'île mais on ne peut leur en vouloir. C'est même très compréhensible lorsqu'on vit dans la misère.



Manon
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Jeu 12 Sep 2013 - 17:26

Une petite histoire que Tomas raconte dans son livre : The Wheat Ship (le navire de blé).


Elle se déroule pendant la grande famine, quelques années avant la naissance de Tomas.
Un jour que le temps était particulièrement mauvais, un bateau lourdement chargé fut envoyé sur des récifs, près de la plage, par le vent violent qui soufflait en décapitant les crêtes des vagues.

En très mauvaise posture, et comprenant que le bateau était désormais destiné à couler, les hommes d'équipage attachèrent en hâte un morceau de bois à une longue corde pour servir de poids et l'envoyer sur la plage où s'étaient à présent rassemblé les Insulaires. Il fallut plusieurs tentatives avant que la corde puisse être enfin récupérée par ces derniers, qui la tendirent ensuite pour permettre aux hommes de rejoindre la plage en s'y accrochant.

Hélas, la corde finit par céder et tout l'équipage fut précipité dans la mer. Aucun ne survécut.

Malmené par les vagues, le bateau se brisa en deux presque immédiatement après, libérant par la même occasion toute sa cargaison de blé qui s'échoua au fur et à mesure sur la plage. Il y avait là plusieurs centaines de sacs, ce qui était inespéré en période de famine.

Les Insulaires s'organisèrent pour les récupérer tous, et bien qu'elle ait accouché six jours plus tôt (probablement de Nora), la mère de Tomas transporta également des sacs de la plage au village, flanquée de Pats qui était encore trop jeune pour se débrouiller tout seul et d'Eileen qui avait à peine un an.

Dans un premier temps le blé fut lavé à l'eau claire pour être débarrassé du sel de mer, puis séché, bouillie et transformé en une purée épaisse que les Insulaires appelaient "Baighrean". Avec cela, ils parvinrent à subsister un long moment.

La vieille voisine de Tomas avait ainsi l'habitude de dire que c'était Dieu lui-même qui avait envoyé ce bateau, et que sans cela ils seraient tous morts de faim.
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Dim 15 Sep 2013 - 7:59

S'ils étaient heureux de revenir sur leur île en vivant même dans des conditions déplorables c'est que la vie n'était pas facile aux Etats-Unis. yeux Surtout pour le fils qui est revenu sans un sou en poche.
Je suis chamboulée aussi par tous leurs malheurs.

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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Dim 15 Sep 2013 - 11:20

Oui, la vie aux E-U ne devait pas être facile... C'est étonnant que Pats soit revenu sans un sous, car Tomas dit de lui qu"il était économe et travailleur.
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MessageSujet: Re: Great Blasket : La vie sur une île irlandaise   Mar 17 Sep 2013 - 15:47

Une autre petite histoire retranscrite par Tomas dans son livre, et une de mes préférés. Elle lui a été racontée par son voisin le vieux Tom, qui était tout jeune garçon quand c'est arrivé ; donc je pense que ça se situe vers 1810.



De Great Blasket à Belfast : une traversée imprévue


Plusieurs hommes partirent chasser sur les hauteurs de l'île, dans un coin qu'ils appelaient Mullach Rour. Ils s'y rendirent en bateau et l'attachèrent dans une petite crique avant de grimper la colline. Si tout se passait bien, leurs familles pourraient manger du lapin ce soir-là.

Cependant, la chasse avait à peine commencé qu'ils aperçurent un navire venir du nord. Un navire qui, pour une raison qui leur échappait, semblait avoir un problème. Sans attendre, les Insulaires redescendirent à la crique et le rejoignirent à la rame pour voir de quoi il s'agissait ; "ils auraient alors mieux fait de rester où ils étaient", expliqua le vieux Tom.

En effet, à peine étaient-ils montés à bord que le capitaine pointa un pistolet sur eux.

Il s'avéra que le problème venait de son équipage, lequel était bien trop restreint pour pouvoir effectuer des manœuvres. Aussi ordonna-t-il aux Insulaires de hisser les voiles pour lui, tandis qu'il détachait la corde de leur bateau et le laissait partir à la dérive.

Piégés, les hommes de Great Blasket n'eurent d'autres choix que de rester à bord. Une puissante tempête se leva avec la nuit, et le vent les poussa bien loin de leur île... Le navire jeta l'ancre à Belfast quelques jours plus tard.

Le capitaine logea les Insulaires dans une auberge et fit jurer à la tenancière de veiller à ce qu'ils ne s'échappent pas. Que faire à présent ? Le petit groupe décida qu'il était plus prudent de ne rien tenter et que la seule façon de s'en sortir était de continuer à faire face à leur ravisseur.

Celui que l'on surnommait "Big James", et qui était le père de Tom, ne fut pas de cet avis. Il était pauvre et, comme les autres, ne comprenait rien à ce qui se passait. Les gens de Belfast parlaient anglais, tandis qu'eux, les Insulaires, ne connaissaient que le gaélique... Une famille nombreuse l'attendait sur l'île. Qu'adviendrait-il s'il ne revenait pas ? La peur au ventre, Big James s'échappa.

Commença alors pour lui une longue errance à travers l'Irlande. Empli de terreur à l'idée d'être arrêté, allant nus pieds et sans argent, Big James connut le froid, la faim et une misère comme jamais. Lorsqu'il fut enfin de retour chez lui, au bout de deux à trois semaines, Tom se souvint avoir eu du mal à reconnaître son père tant il était maigre et sale.

Pendant ce temps-là, le reste du groupe qui était gentiment resté à l'auberge fut traîné en justice par le capitaine. Ils ne comprirent pas de quoi on les accusaient, tout comme les autres ne comprirent absolument rien à leurs explications... Tous auraient été jetés en prison si un gentleman ne s'était pas soudainement intéressé à leur sort. L'homme était capitaine dans l'armée et natif du Kerry, les îles Blasket ne lui étaient donc pas inconnues. Avec son aide, la vérité fut rétablie et le capitaine du navire condamné à payer 40 pounds en dédommagement, ainsi que 10 autres pour la perte de leur bateau.

Avant d'être ramenés sur leur île, les Insulaires apprirent qu'en vérité la tenancière de l'auberge avait reçu pour ordre de les laisser s'échapper s'ils venaient à le faire. Le capitaine aurait en effet préféré qu'ils suivent tous l'exemple de Big James car il ne comptait en aucun cas leur payer de gages. Une fois sur les chemins d'Irlande, ils n'auraient plus été un problème pour lui.

Et le vieux Tom de conclure : "Sa ruse a bien failli réussir."


---

J'ai cherché Mullach Rour pour situer le début de cette aventure, mais il semble que ce soit aujourd'hui un lieu connu sous le nom de Mullach Ramhar, la deuxième colline. Lors de notre escale sur l'île, je suis montée jusqu'en haut de la première, Mullach Ramhar était un peu plus loin. En tout cas je confirme que les lapins pullulent sur les hauteurs. Nous en avions croisés plein durant notre ascension.

Voici une carte pour permettre de distinguer la distance entre Blasket et Belfast : https://mapsengine.google.com/map/edit?mid=zz6EsFVTbPuY.k9PdIpg2jLP8

L'île est en vert et Mullach Ramhar est indiqué en rouge. Belfast, également en rouge, beaucoup plus au nord, côté est.
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