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 St-Kilda : La vie sur une île écossaise

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Tiphaine

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MessageSujet: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Dim 30 Juin 2013 - 18:19

ST-KILDA : Evolution et déclin d'une communauté autosuffisante

J'ai déjà mentionné St-Kilda à quelques reprises, sur le chat du vendredi soir et à certains d'entre vous en privé.
En m'attelant à la rédaction de cet article, j'ai essayé de me rappeler la façon dont j'ai découvert St-Kilda, mais c'est difficile. Il est possible que ce soit au cours d'une recherche sur Wikipédia, car - pour peu que l'on soit curieux - un lien en entraîne souvent un autre au point que l'on finit par ne plus savoir d'où l'on est parti.

Toujours est-il que cela remonte à environ 4 mois, et que cette histoire m'a immédiatement intéressée. J'ai passé une nuit blanche à lire tout ce que je trouvais à ce sujet. À présent je souhaite le partager avec vous, et en débattre aussi si cela intéresse quelques-uns. Bref, entrons dans le vif du sujet, que je traiterais en plusieurs posts afin que ce ne soit pas trop long :

- Présentation (ce post-ci).
- Frise Chronologique.
- Le Déclin.
- La mort de Mary Gillies.
- St-Kilda de nos jours.


Qu'est-ce que Saint-Kilda ?

Un archipel de sept îles situées au nord-ouest de l'Ecosse (dans les Hébrides Extérieures). Les trois principales s'appellent Boreray, Soay et Hirta. C'est sur cette dernière que l'on va se concentrer, car c'est là que se situe le village. Un petit coup d'oeil à la carte de l'archipel est conseillé, ainsi que sa situation par rapport au reste du pays pour bien se rendre compte de son isolement. L'archipel est situé à 64 km de la terre la plus proche et environ 160 km du "continent".

Le nom "Saint-Kilda" ne se rapporte en réalité à aucun saint, puisqu'il n'en existe pas de connu sous le nom de Kilda. Il s'agirait en réalité d'une ancienne étymologie gaélique ou nordique qui se serait transformé en "Saint-Kikda" avec les siècles. L'une des thèses (elles sont nombreuses) donne pour exemple "Sunt Kelda", qui signifie "eau douce de source" en vieux norrois. Les premières mentions de l'archipel le désigne quant à elles sous le nom de "Hiort", qui a donné "Hirta" pour l'île principale.


Des gens habitent là-bas ?

Les derniers Insulaires ont quitté l'île en 1930, c'est principalement ce dont je vais parler mais une présentation s'impose avant.

Des fouilles archéologiques ont révélées des indices d'occupation humaine datant du néolithique, et pas seulement sur Hirta. Grâce à sa situation isolée, les vestiges architecturaux de cette période, et de celles qui ont suivi, sont admirablement conservés. On compte encore aujourd'hui quelque 1 200 "cellules" sur Hirta, et 170 éparpillées sur les autres îles. Les "cellules" (cleitan en gaélique) de St-Kilda datent de la préhistoire. Les archéologues ignorent quelles étaient leurs fonctions d'origine, mais les Insulaires s'en sont servit jusqu'à la veille de l'évacuation de 1930, aussi bien pour y abriter les agneaux pendant l'hiver, que pour y stocker des céréales ou les proies chassées.

Longtemps, très longtemps même, les Insulaires ont vécu dans des Blackhouses. Il s'agit d'un style d'habitation ancien que l'on trouve dans les Highlands, sur les îles Hébrides, ainsi que dans certains coins d'Irlande. En se basant sur les ruines, des archéologues ont reconstitué un exemple 3D d'une blackhouse de Hirta et voici à quoi ressemblait la vie à l'intérieur. Il existe de jolies blackhouses restaurées, comme celle-ci. Les cordes tendues par des pierres permettent au toit de chaume de résister aux vents. Je trouve ces maisons très esthétiques.

Le premier village de Hirta, appelé "village médiéval", était situé à environ 600 mètres au-dessus du rivage et était constitué de blackhouses. En 1830, un homme politique anglais, choqué par les conditions de vie des Insulaires, fait un don pour qu'ils construisent de nouvelles blackhouses. Le "village médiéval" est abandonné et le nouveau émerge un peu plus bas, à 200 mètres du rivage. Ce n'est qu'en 1860, après qu'une forte tempête ait sérieusement endommagé les blackhouses, que sont construites les 16 maisons à toit de zinc.


Sur cette photo on distingue très bien quatre grandes périodes - Source
- Les cellules du néolithique, éparpillées un peu partout.
- Les ruines du "village médiéval" en haut derrière le mur d'enceinte (lui-même élevée en 1830).
- Le village construit en 1830, plus bas, avec les ruines des blackhouses, et des maisons de 1860.
- Les bâtiments de la base militaire et scientifique érigés en 1957.


Le village de 1830 : Ici se mêle ruines des blackhouses de 1830 et ruines des maisons à toit de zinc de 1860. Quelques-unes de ces dernières ont été restaurées, et dans la n°3 se trouve un petit musée - Source


De quoi vivaient-ils ?

Les Insulaires n'étaient pas pêcheurs, car les conditions météorologiques rendent souvent les sorties en mer très dangereuse. C'est pour ça que le "village médiéval" se situe si loin du rivage. À titre d'exemple, le premier véritable embarcadère de l'île fut construit en 1906, lorsque les premiers touristes de la classe aisée venaient visiter l'île pendant des croisières organisées dans les Hébrides.

En réalité, les Insulaires vivaient d'agriculture et de chasse. Ils cultivaient des céréales, possédaient des vaches et des moutons. Ces derniers étaient très nombreux, et l'archipel possède deux races de moutons : ceux de Soay et ceux de Boreray. Le mouton de Soay est une race primitive, visiblement la plus ancienne au monde. Les scientifiques estiment que les premiers furent apportés dans l'archipel par les populations celtiques vers le Ve siècle av - J.-C. Depuis, ils n'ont pas évolué. Les moutons de Soay sont très résistants, et n'ont pas besoin d'être tondus. Actuellement, il y en a encore 200 à l'état sauvage sur l'île de Soay et quelques-uns sur Hirta. Certaines bêtes sont importées de temps en temps dans le monde, car les caractéristiques font de lui l'animal parfait pour l'éco-pâturages. Ainsi, on peut voir des moutons de Soay à Lille, où ils entretiennent les pelouses de la citadelle Vauban.


Le mouton de Soay a un petit air de mouflon. Cette "race relique" est un témoin de l'aspect des moutons dans l'Europe antique.


Insulaires de St-Kilda avec deux moutons de Soay - Source

Mais, le régime alimentaire des insulaires était avant-tout constitué d'oeufs et d'oiseaux. S'ils étaient mauvais pêcheurs, ils savaient en revanche très bien se suspendre sur les falaises pour aller trouver les nids d'oiseaux, où les attraper avec des "cannes" en plein vol. Quelques témoignages rapportent cependant que l'air d'Hirta était malsain et puant, en raison des cadavres d'oiseaux qui s'amoncelaient.


Insulaire de St-Kilda à la chasse au oiseau - Source


Séance de plumage d'oiseaux sur Hirta - Source


A suivre...
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Tiphaine

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MessageSujet: Frise chronologique   Lun 1 Juil 2013 - 13:26

Après avoir présenté l'archipel et le régime alimentaire des Insulaires, dans les (très) grandes lignes, je pense qu'une frise chronologique est à présent la meilleure façon de jeter un oeil sur l'histoire des St-Kildans. J'ai choisis de noter à la fois diverses petites anecdotes intéressantes, et parfois surprenantes, pour côtoyer les grands événements.



Frise chronologique



  • 1202 - Première mention écrite de l'archipel, par un ecclésiastique islandais qui parle de se cacher sur Hirta.

  • 1549 - Premier compte-rendu détaillé de l'archipel, réalisé par Donald Munro. On y apprends qu'un intendant du clan MacLeod (propriétaire de St-Kilda) se rends sur Hirta une fois par an pour y prélever le "loyer". Les Insulaires le payent en nature avec du tweed. Cette pratique semble avoir été en vigueur jusqu'à l'évacuation de 1930.

  • 1615 - Un colonel MacDonald emmène sur l'île 30 moutons et de l'orge à semer. Hirta acquiert une réputation d'abondance.

  • 1697 - L'écrivain Martin Martin visite l'archipel et séjourne à Hirta. Comme il n'existe aucun moyen de transport, il lui faut ramer plusieurs jours en chaloupe pour s'y rendre depuis le continent. La même année est construite une petite église, l'Eglise du Christ, dans le centre du village. Il s'agit ici du "village médiéval" (voir post précédent) constitué des blackhouses à toits de chaume, l'église est elle-même toute petite, également à toit de chaume, et elle ne peut pas accueillir toute la population.

    XVIII - Pour la première fois, des navires s'arrêtent à l'archipel - sur la route de leur campagne de pêche - de manière plus ou moins régulière. Ils introduisent des maladies contre lesquelles les Insulaires ne sont pas immunisés...

  • 1705 - Le missionnaire Alexandre Buchan fait un long séjour sur Hirta, sans parvenir à installer l'idée d'une religion organisée. Les Insulaires pratiquent le druidisme. Fin du XVIII, le révérend Kenneth Macauley dénombre encore cinq autels druidiques (cercles de pierres) éparpillés sur l'archipel.

  • 1724 - Une épidémie de variole décime la population. Seuls survivent trois hommes et huit garçons (une autre source indique quatre hommes et vingt-six enfants), qui sont mis à l'écart sur une autre île de l'archipel pendant plusieurs mois.

  • 1727 - Arrivée de familles de l'île d'Harris, envoyées pour repeupler Hirta.

  • 1734-1742 – Un lord sympathisant jacobite envoie sa femme - Rachel Eskine - (avec laquelle il est marié depuis 25 ans) sur Hirta, de peur qu'elle ne trahisse ses conspirations. Pendant qu'elle est tenue prisonnière sur l'île, il l'a fait passer pour morte sur le continent. Après une tentative d'évasion râtée, elle est envoyé sur l'île de Skye où elle termine ses jours. Rachel écrit à propos de Hirta qu'il s'agit d'une « abominable, affreuse, pauvre île puante ».

  • 1746 – Après la bataille de Culloden, des rumeurs laissent entendre que le prince Charles Edouard Stuart est partit se cacher à St-Kilda. Une expédition est envoyée dans l'archipel, mais en arrivant sur Hirta les soldats ne découvrent qu'un village vide. Apeurés, les Insulaires ont fuient dans les grottes situées sur les hauteurs de l'île. Les soldats découvrent stupéfaits que ceux-ci n'ont aucune idée de qui est le prince et n'ont jamais entendu parler du roi George II.

  • 1758 – La population est remontée à 58 Insulaires.

  • 1822 – Arrivée du révérend MacDonald. Horrifié par le manque de connaissances religieuses des Insulaires, il s'efforce de les convertir pendant huit ans. Les habitants le prennent en sympathie.

  • 1830 – Arrivée du révérend Neil Mackenzie, accompagné de sa femme. Il réorganise l'agriculture des Insulaires, notamment en établissant l'idée de "propriété privée" (avant sa venue les terres étaient toutes partagées), puis instaure l'éducation officielle (lecture, écriture, arithmétique) et fait construire une nouvelle église et un nouveau présbythère.

  • 1834 – Abandon du « village médiéval » et construction, 200 mètres plus bas, d'une trentaine de nouvelles « Black Houses » grâce au don d'un député du parlement qui, lors d'une visite de l'île, fut choqué par les conditions de vie primitives des Insulaires. Construction, par la même occasion, du mur d'enceinte autour du nouveau village.

  • 1840 – Le dernier grand pingouin du Royaume-Uni est tué par deux Insulaires d'Hirta sur l'une des autres îles de l'archipel alors qu'ils étaient à la chasse aux oiseaux. Ils pensaient que c'était une sorcière...

  • 1844 – Départ de Mackenzie, avec le début du Schisme. Il n'est remplacé qu'en 1865.

  • 1851 – En protestation avec la fermeture de l'église et du présbythère depuis le départ de Mackenzie, 36 Insulaires immigrent en Australie. C'est un coup fatal porté à la population de l'île, et la moitié d'entre eux meurent durant le voyage.

  • 1860 – Les blackhouses sont sérieusement abîmées par une forte tempête qui balaye l'île durant le mois d'octobre.

  • 1862 – Construction de 16 maisons à toits de zinc. Les blackhouses ne sont pas réparées mais servent désormais d'étables aux animaux.

  • 1865 – Arrivée du révérend John Mackay.
    Conséquence du Schisme, la nouvelle Free Church of Scotland est introduite sur l'île avec Mackay. Il en résulte trois à quatre services le dimanche avec présence obligatoire, les enfants doivent porter une bible sur eux où qu'ils aillent, etc. Un visiteur qui se trouve sur l'île en 1875 observe et note que « le dimanche est un jour d'une tristesse intolérable ».

  • 1870 (années) - Arrivée des touristes de la classe aisée, qui participent à des croisières organisées pour visiter les îles Hébrides. Les Insulaires d'Hirta sont pour eux comme des bêtes de foire. Ils veulent emporter des souvenirs (du tweed entre autre), et en payant les Insulaires ils introduisent la monnaie sur l'île. Jusque-là, les St-Kildans ne connaissaient pas l'argent.

  • 1875 – L'idée d'une évacuation est pour la première fois évoquée.

  • 1877 – Famine.
    John Sands, un archéologue venu étudier les vestiges néolithique de l'île, à l'idée d'envoyer un message à la mer sur une bouée. Il est récupéré neuf jours plus tard sur les îles Orcades qui envoient aussitôt des secours à St-Kilda. Après cette expérience réussie, les Insulaires adoptent ce procédé de communication et l'améliore en utilisant une planche de bois sur lequel est fixée une boite qui contient le message, le tout flottant grâce à une panse de brebis. En lançant les « Mails Boats of Saint-Kilda » quand les vents viennent du Nord-Ouest, deux tiers d'entre-eux arrivent en Ecosse, ou en Norvége. La même année est construit un petit embarcadère.

  • 1879 – L'embarcadère est détruit par une tempête.

  • 1889 – Départ du révérend Mackay, après 24 ans de sévère discipline.

  • 1901 – Construction d'un embarcadère en dur, avec l'aide d'une commission chargée de venir en aide aux fermiers des Higlands et des îles.

  • 1905 - Chritina MacQueen, influencée par le discours des touristes, est la première femme à quitter l'île seule pour le continent. Elle a 18 ans et est la soeur de Mary Gillies (dont il va être question plus bas).

  • 1906 – Une école est construite attenante à l'église. Les enfants y apprennent l'anglais, en plus du gaélique écossais qu'ils parlent couramment.

  • 1913 – Une épidémie de grippe fait plusieurs morts.

  • 1914 – La Royal Navy installe une station radio sur Hirta.

  • 1916 - John et Ewen MacDonald chutent de la falaise pendant une chasse aux oiseaux. Ce genre d'accident était courant.

  • 1918 – Un sous-marin allemand tire 72 obus contre Hirta, détruisant au passage l'église, le présbytère et l'embarcadère. Les maisons n'ont pas été visées et il n'y a pas de pertes humaines. Seul un agneau a été tué...

  • 1920 (années) – Avec le départ de nombreux jeunes, la population tombe à 73 habitants. Les mauvaises récoltes se succèdent, à cause d'une polution du sol par les engrais utilisés et composés de cadavres d'oiseaux et de tourbe.

  • 1926 – Quatre hommes meurent d'une épidémie de grippe.

  • 1930 – Il n'y a plus que 39 Insulaires sur Hirta.

    - Janvier : Mort de Mary Gillies d'une appendicite (je ferais un article détaillé à son sujet). L'événement déclenche une prise de conscience chez les Insulaires par rapport à leur isolement et aux problèmes que cela engendre, notamment les difficultés à être secouru rapidement. Mary Gillies était malade depuis plusieurs mois, mais les mauvaises conditions empêchaient la venue des bateaux.

    - 29 août : Les 36 Insulaires sont évacués à leur propre demande, et quittent définitivement l'île.

  • 1943 – Deux avions de guerre s'écrase sur Hirta à quelques mois d'intervalle.

  • 1944 – Un autre avion de guerre s'écrase sur Hirta.

  • 1957 – L'île est intégrée au National Trust for Scotland. Elle est aussi de nouveau habitée par des civils qui travaillent dans une petite base militaire nouvellement construite. Il y a également des scientifiques qui sont sur place pour étudier les moutons de Soay.

  • 1986 – L'archipel de St-Kilda est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.

  • 2005 – L'archipel reçoit le titre mixte de patrimoine mondial naturel et culturel.

  • 2007 – Un opéra en gaélique écossais est tourné à Saint-Kilda et diffusé simultanément en Ecosse, Autriche, Allemagne, Belgique et France pour le solstice d'été.

  • 2008 – Un navire de pêche s'échoue sur Hirta et provoque l'inquiétude des autorités qui craignent que des rats ne s'échappent de ses cales et colonisent l'île, ainsi que son fioul pollue les fonds marins. L'affaire est heureusement maitrisée avec succès.

  • 2010 – Publication d'une bd en deux tomes, dont l'histoire se déroule à St-Kilda :


http://www.bedetheque.com/serie-20552-BD-Saint-Kilda.html
Sur cette planche, du tome 1, l'auteur a dessiné une blackhouse : http://www.bedetheque.com/media/Planches/SaintKilda_22052009_193600.jpg



Finlay mets à l'eau un "mails boat", en 1898.

L'invention de John Sands, lors de la famine de 1877, devint ensuite une attraction pour touristes. C'est le cas pour cette photo, prise par un photographe du continent qui participait à une croisière dans les îles - Source
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LittleTony87

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Lun 1 Juil 2013 - 17:38

Je trouve cette histoire passionnante. C'est triste de voir comment ces gens ont finalement été, petit à petit, privés de leur liberté par des gens qui leur apportaient la "civilisation"...
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Lun 1 Juil 2013 - 21:33

Privé de liberté, oui mais...

J'ai l'occasion de parler de ce sujet de temps en temps avec mon père, et la première chose qu'il m'a dit c'est : "Oui, mais auraient-ils pu continuer à vivre indéfiniment de cette façon ?" La réponse me semble pouvoir n'être que non...

L'histoire de St-Kilda me fait, par certains aspects, penser aux pays émergents que l'on voit actuellement faire les mêmes erreurs que nous il y a une centaines d'années, où à ses nomades de Mongolie que l'on regrette de voir acheter une télé, tout en sachant très bien que l'on ne peut pas leur interdire le "progrès" et le "confort" dont nous disposons.

St-Kilda représente, pour nous aujourd'hui, un certain idéal de vie. L'indépendance (relative), la vie sans argent, etc., mais tout cela est utopique, car vivre sur l'île n'avait pas que des bons côtés, loin de là. J'aurais l'occasion d'y revenir dans le prochain post.
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yarra

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Lun 1 Juil 2013 - 22:52

Tiphaine a écrit:
Privé de liberté, oui mais...

J'ai l'occasion de parler de ce sujet de temps en temps avec mon père, et la première chose qu'il m'a dit c'est : "Oui, mais auraient-ils pu continuer à vivre indéfiniment de cette façon ?" La réponse me semble pouvoir n'être que non...

L'histoire de St-Kilda me fait, par certains aspects, penser aux pays émergents que l'on voit actuellement faire les mêmes erreurs que nous il y a une centaines d'années, où à ses nomades de Mongolie que l'on regrette de voir acheter une télé, tout en sachant très bien que l'on ne peut pas leur interdire le "progrès" et le "confort" dont nous disposons.

St-Kilda représente, pour nous aujourd'hui, un certain idéal de vie. L'indépendance (relative), la vie sans argent, etc., mais tout cela est utopique, car vivre sur l'île n'avait pas que des bons côtés, loin de là. J'aurais l'occasion d'y revenir dans le prochain post.

Aujourd'hui , un idéal de vie , mais jusque dans les années 1970 , les continentaux ne se gênaient pas , de nous traiter de sauvages et moi je vivais sur une petite ile qui ne se trouvait qu'à une petite quinzaine de kilomètres du continent . Un paradis pour moi , un enfer pour eux . Aujourd'hui , ils se sont trouvé l'ame insulaire et achètent à des prix exorbitants , des maisons sur l'ile et empêchent les jeunes iliens de s'installer .
Les Mongols ont raison , qu'ils se ( civilisent ) le plus vite possible , ou ils disparaitront .
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Canard-jaune

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Mer 3 Juil 2013 - 18:29

Tu m'avais déjà parlé de Saint-Kilda et je trouve ça hyper intéressant. Dommage que ça ait si mal fini. :( Merci pour tes résumés, ils sont très complets! J'ai été attristé pour le pingouin...
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Mer 8 Juil 2015 - 22:54

Je viens déterrer ce vieux poste... Depuis ce matin je suis en congés, jusqu'à vendredi soir. Je n'ai pas eu de réelle coupure avec mon travail depuis que j'ai repris mon emploi en février dernier, alors cette fois j'ai bien l'intention d'en profiter. Je suis retournée dans mes îles... Demain devrait arriver un énième livre sur Great Blasket, mais aujourd'hui ma lecture fut exclusivement consacrée à St-Kilda.

Island on the edge of the world, the story of St-kilda





J'ai acheté ce livre il y a un peu plus d'un an, après m'être renseigné sur celui qui convenait le mieux pour en apprendre davantage sur cette île. Les avis furent unanimes, il s'agit d'un des meilleurs ouvrages sur le sujet. Pourtant, ma lecture s'était arrêtée à la page 10 ! Depuis, je n'avais pas eu le courage (c'est en anglais et même si ça me pose beaucoup moins de problèmes qu'avant, ça reste toujours un effort de plus à fournir), ni la curiosité de reprendre... Jusqu'à ce qu'il me tombe sous la main hier soir. Alors, pourquoi pas ? 

C'est passionnant.

Il y aurait beaucoup de choses à dire (et je n'en suis qu'à la moitié), mais je vais cette fois-ci seulement revenir sur une date qui figure dans la chronologie postée précédemment : 1724, une épidémie de variole décime la population de St-Kilda...

J'en sais un peu plus à ce sujet. Tout a bêtement débuté en 1723. Un vieil homme natif de l'île entreprend de se rendre sur l'île d'Harris. C'est un long et dangereux voyage. Les mémoires ont oublié les raisons de cette entreprise. Certains pensent qu'il allait voir des cousins éloignés, d'autres que c'était pour du commerce. Quoi qu'il en soit, il n'y eut pas de voyage de retour pour le vieil homme. Sur Harris il attrapa la variole et mourut rapidement.

En 1724 (nous y voilà) sa famille, portée par le deuil, vint de St-Kilda pour récupérer son corps et ses effets. Sans doute était-il important pour eux que leur parent ne reste pas enterré en pays étranger. Hélas... Les vêtements du vieux étaient encore contaminés par la maladie, et voici comment, avec quelques bouts de tissus, St-Kilda vit débarquer le spectre de la mort. Il y avait alors une centaine d'insulaires. Presque tous périrent de la variole. Bien sûr, ainsi isolé du reste du monde, aucun d'eux n'était immunisé contre cette maladie.

Quelques hommes, je crois qu'ils étaient quatre ou cinq, échappèrent à l’hécatombe parce qu'ils étaient partis chasser sur une petite île voisine. On les y avait emmené en bateau avec la promesse de revenir les chercher quelques jours plus tard. Pourtant, personne ne vint. Qu'ont-ils pensé ? Qu'ont-ils imaginé ? Bien sûr ils ne pouvaient pas savoir que non loin de là, leurs proches mouraient les uns après les autres. Ceux qui vivaient encore étaient trop faibles pour mettre un canot à la mer... L'exil des chasseurs dura plusieurs mois et c'est par le représentant du clan MacLeod (propriétaire de St-Kilda), venu collecter la taxe annuelle, qu'ils furent finalement ramené sur leur île.

Ce qu'ils y découvrirent leur fit probablement un choc. De la centaine de personnes qu'ils avaient quitté en partant à la chasse, il ne restait que quatre adultes et vingt-six jeunes enfants. Les maisons étaient à l'abandon, le bétail dispersé aux quatre coins de l'île, les cultures desséchées et recouvertes de mauvaises herbes.

Le clan MacLeod annonça que des terres et des maisons étaient accessibles sur St-Kilda et peu à peu l'île se repeupla. Les nouvelles familles vinrent toutes d'autres îles des Hébrides, surtout d'Harris ! Après avoir envoyé la mort, ils ramenèrent la vie. Il fallut toutefois presque un siècle pour que la population soit à nouveau composée d'une centaine de personne.
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Denis

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Mer 8 Juil 2015 - 23:21

Je suis surpris que tant d'enfants aient survécus. En même temps, j'ignore combien il y en avait à la base dur l'île.
J'aurai pensé qu'ils feraient parties des premières victimes de par leur constitution plus fragile.
En tout cas, intéressante suite de ton récit. Merci, Tiphaine.
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Mer 8 Juil 2015 - 23:39

Denis a écrit:
Je suis surpris que tant d'enfants aient survécus. En même temps, j'ignore combien il y en avait à la base dur l'île.
J'aurai pensé qu'ils feraient parties des premières victimes de par leur constitution plus fragile.
En tout cas, intéressante suite de ton récit. Merci, Tiphaine.

J'ai également été surprise par ce détail. 

D'ailleurs j'ai croisé les sources pour voir un peu ce qui ressortait. Certaines indiquent trois hommes et huit enfants, mais c'est l'autre version qui revient le plus souvent. Bien sûr ça ne veut pas dire pour autant qu'elle soit vraie, même si l'auteur semble indiquer que les chiffres ont été noté par le collecteur du clan MacLeod...

Quoi qu'il en soit, j'ignore totalement comment des enfants ont pu être épargnés par la maladie, mais heureusement ça arrive.

L'homme de lettres Martin Martin (en gaélique : Màrtainn MacGilleMhàrtainn) qui a visité l'île en 1667 (son témoignage est un trésor, l'un des plus anciens et complets sur le mode de vie des insulaires), raconte que les habitants ont une très bonne constitution (ça change à partir du XIXe) et qu'il y a très peu de consanguinité contrairement à ce que l'on pourrait penser.
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Denis

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Mer 8 Juil 2015 - 23:52

Sacré maladie la variole. yeux
Surtout, le mode de contagion par contact (vêtements, literie, objets du quotidien...) ou par explosion des pustules.
Difficile d'y échapper quand tu as un malade dans ton entourage.
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Jeu 9 Juil 2015 - 0:08

Denis a écrit:
Sacré maladie la variole. yeux
Surtout, le mode de contagion par contact (vêtements, literie, objets du quotidien...).

C'est de cette façon que furent tué un grand nombre d'amérindiens. Dans les camps, on leur distribuait des couvertures infectées.
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Canard-jaune

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Jeu 9 Juil 2015 - 1:55

Impressionnante, cette variole. J'ai, comme Denis et Tiphaine, était étonné de voir tant d'enfants survivre. Tant mieux pour eux, remarquez...
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Joris

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Jeu 9 Juil 2015 - 15:10

L'histoire de ce peuple est très intéressante, avec de nombreuses anecdotes. Merci pour le partage.

Est-ce qu'il est possible que certains des Insulaires qui ont vécu sur l'île jusqu'en 1930 soient encore en vie aujourd'hui ? Il seraient âgés mais on ne sait jamais.

Tout cela me fait penser au "Mythe du Bon Sauvage" exploité par certains auteurs dont Diderot par exemple.

Joris

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Jeu 9 Juil 2015 - 16:05

L'un des derniers survivants de St-Kilda s'appelait Norman John Gillies. Il était encore en vie quand j'ai commencé à m'intéresser à cette île. Malheureusement il est mort peu après, en 2013, à l'âge de 88 ans. 

Né à St-Kilda en mai 1925, Norman avait 5 ans lorsque l'île fut définitivement évacuée après la mort de sa mère. Je reviendrais sur le sujet, car l'histoire de la famille Gillies est intéressante, quoique triste, comme c'est bien souvent le cas.

Norman retourna sur l'île plusieurs fois pour aider à sa conservation et à la restauration de certaines maisons. En 2005, il fut accompagné de son fils. Fervent contributeur de la mémoire insulaire, on trouve sur internet des interviews et des articles sur Norman. 

Pour autant, il reste une dernière survivante des natifs de St-Kilda, Rachel Johnson, aujourd'hui âgée de 91 ans. Elle vit apparemment dans une maison de retraite, mais je trouve aucune autre infos sur elle...


Norman et son fils devant la maison de sa famille, en 2005 à St-Kilda.


Norman chez lui (sa maison s'appelait "St-Kilda").
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Joris

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MessageSujet: Re: St-Kilda : La vie sur une île écossaise   Jeu 9 Juil 2015 - 19:15

Merci pour ces précisions.

C'est émouvant de voir Norman de retour sur l'île à proximité des ruines de sa maison natale il y a dix ans.

Joris

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