Octobre 1912, Bassin d'ArcachonContrairement aux voiliers, je ne pense pas que l’on chantait beaucoup sur le
Titanic (hormis en 3ème classe), les officiers de quart étant tenu de ne parler que pour les ordres. Peut-être que les chauffeurs fredonnaient quelques airs pour se donner du courage et tenir le rythme, ou même les veilleurs du nid-de-pie qui sait ? Il est en tout cas fort probable qu’avant de travailler sur les vapeurs, le capitaine Smith et nos chers officiers, aient pû entendre (voir eux-mêmes poussés la chansonnette) des chants marins à bord des voiliers où ils ont effectués leur apprentissage.
Sur les navires le travail était rude, éreintant, dangereux et long. Alors que ce soit pour garder le rythme, se donner du courage, oublier le mal du pays (ou le mal de mer d'ailleurs), pleurer un camarade envoyé de par le fond...les marins chantaient presque en permanence. Mais le répertoire maritime est aussi vaste que les océans, et que l'on soit en mer ou sur terre, officier de la marine royale, pêcheur, veuve de marin, charpentier naval, ou pilier de comptoir dans un pub... Tout le monde chante !
Les chants de marins sont ainsi répertoriés en différentes catégories :
- Les chants de travailCe sont les plus nombreux, car c'est la raison première du chant sur les navires, rythmer le travail en cadence pour que les hommes ne faiblissent pas à la tâche.
On trouve :
Chants à déhalerRythme le travail consistant à tirer les bateaux jusqu’aux quais quand ils n’avaient pas encore de moteurs.
Chants à ramerRythme et coordonne le mouvement des rames.
Chants à hisserRythme la montée des voiles hissées à la force des bras.
Chants de cabestan/ou à virerRythme la marche de l’équipe chargée de tourner le cabestan.
Chants de guindeauRythme la traction exercée sur le guindeau.
Chants à pomperRythme le travail sur la pompe servant à évacuer l’eau de mer.
- Les chants de gaillard d'avantLe gaillard d’avant était le lieu réservé au repos de l'équipage. Le soir, les moments où ils n'étaient pas de quart, les jours sans vents, etc... Bien souvent ces temps d’inactivités étaient propices à la nostalgie et aux querelles (l'une entrainant l'autre), alors à la place les hommes chantaient.
- Les complaintesBien souvent ce sont les veuves qui chantent le frère, le fils, ou, le mari qui ne reviendra plus et la cruauté de la mer.
- Les chants à danserQui chante, danse ! Sur les ports ou dans les pubs, aux départs et aux retours des bateaux. Il arrivait aussi aux marins de danser entre eux sur les ponts des navires, pour tromper l’ennui (façon de parler) des longs mois en mer. Souvent il s'agissait de "step dance" qui ne nécessite pas de partenaire. Pour l'illustrer on peut se référer à un passage du film "Master and Commander" lorsque l'équipage improvise une petite fête et que Nagle (le maitre charpentier) se met à danser.
- Les chants de portsProbablement chantées par les vieux loups des mers qui ne peuvent plus naviguer, les marins en permission à terre. On peut aussi citer les femmes qui surveillent l’horizon, les ouvriers des chantiers navals, les pêcheurs à la ligne, ou tout autres travailleurs des quais et ports ayant un lien ou un métier en rapport avec la mer mais...les pieds à terre.
Femmes attendant le retour des marins sur les quais de Croix-de-Vie, carte postale de 1912.J'ai encore des choses à écrire, notamment mettre des exemples audios (c'est la moindre des choses pour un article sur ce thème), mais parce que la longueur du texte pourrais en décourager quelques uns, je posterais la suite une prochaine fois.