Titanic


 
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 Marie JERWAN

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Sha're
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MessageSujet: Marie JERWAN   Sam 27 Sep 2008 - 11:39

Marie Marthe Jerwan ( née Thuillard ) est née le 28 mai 1888 en Suisse. Elle a immigré en Amérique en 1909 où elle rencontra son futur mari Armin S. Jerwan.

En 1912, elle visita sa famille durant quelques semaines en Suisse puis embarqua sur le Titanic de Cherbourg comme passagère de 2ème classe. Elle partageait sa cabine avec Ada A. Ball. Jean-Noël Malachard et René Jacques Levy avaient leur cabine en face de la leur.

A 22h10, Marie était dans sa cabine et commençait à lire puis a senti une secousse comme si les machines avaient explosées. Elle s'est rendue sur le pont puis a réveillé Ada. Marie est restée sur le pont, elle sentait que quelque chose n'allait pas, les marins préparaient les canots puis elle est retournée à sa cabine. Elle dit à Ada : "Lève toi, habille toi, nous coulons !".
Sur le pont, elle a entendu qu'on l'appelait. C'était Malachard, Lévy et leur autre compagnon de cabine. Malachard lui a dit "Nous prendrons soin de vous". Il l'aida à monter dans le canot n°11 et tous les 3 lui dirent au revoir.

A bord du Carpathia, elle écrivit ce télégramme que les opérateurs n'ont jamais eu le temps d'envoyer.
A. S. Jerwan, 227 West 145 New York
Sauvé par le Carpathia
Marie


A l'arrivée à New-York, elle est restée toute une journée avec Ada à l'hôpital Sydenham. Elle a essayé sans succès d'obtenir une compensation de la perte de ses affaires s'élevant à 3364.75 dollars.
Armin et Marie n'ont pas eu d'enfant. En 1964, elle est retournée en Suisse pendant 6 mois. Durant plusieurs années, elle s'est battue contre un cancer et est décédée le 14 septembre 1974 à New-York.

Source : Encyclopedia Titanica

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Sir Cosmo

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Sam 27 Sep 2008 - 11:45

encore une histoire bien triste ... Smile Smile
ses amis de 2 eme classe n'avaient aucune chance de monter dans les cannots malhureusement ... Smile
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Julien

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Ven 3 Oct 2008 - 22:06

Triste histoire.

C'est triste qu'il on du ce quitté sur le Titanic car elle ne les à jamais revu après le naufrage Smile
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Anne-Aymone57

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Dim 5 Oct 2008 - 21:13

Vivre un tel naufrage doit être traumatisant à vie. Je ne sais pas si ça tient la route, mais pas mal de survivants de la catastrophe ont eu des problèmes de santé par la suite, ne serait-ce pas dû à tout ça? Je veux dire que lorsque l'on vit une telle épreuve, on doit y repenser souvent, au point de se ronger de l'intérieur.
Qu'en pensez-vous?
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Sha're
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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Dim 5 Oct 2008 - 21:44

Oui c'est fort possible.
Dans une situation comme celle ci, certains ont du être victime du syndrome du survivant. Cela entraîne beaucoup de stress, difficulté pour dormir et de concentration... jusqu'à s'en rendre malade.

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Mar 18 Nov 2008 - 16:55

Anne-Aymone57 a écrit:
Vivre un tel naufrage doit être traumatisant à vie. Je ne sais pas si ça tient la route, mais pas mal de survivants de la catastrophe ont eu des problèmes de santé par la suite, ne serait-ce pas dû à tout ça? Je veux dire que lorsque l'on vit une telle épreuve, on doit y repenser souvent, au point de se ronger de l'intérieur.
Qu'en pensez-vous?

Je pense que ça a dû jouer beaucoup, en effet... Ils ont dû ressentir un certain sentiment de culpabilité par rapport à ceux qui étaient décédés dans la catastrophe.
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Anne-Aymone57

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Mer 19 Nov 2008 - 15:04

Oui sans doute oui Tous ces sentiments de culpabilité, de peur... ont certainement dû jouer un grand rôle. Et surtout pour les survivants qui étaient encore des enfants à l'époque du naufrage. Pour les plus petits, ils ne savaient sans doute pas ce qu'il se passait, mais à mon avais, ils sentaient parfaitement que quelque chose n'allait pas.
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Cinati

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MessageSujet: Lettres de Marie Jerwan à sa famille   Dim 15 Jan 2012 - 18:46

J'ai pu me procurer des facsimilés du journal du Val-De-Travers (petite vallée du canton de Neuchâtel, où on fabrique une excellente absinthe!) où on été publié des lettres que Marie Jerwan à écrit à sa famille après le naufrage du Titanic (elles ont paru en 1913), elle y écrit ses sentiments de peur qui continuent de la hanter, et aussi par le détail ce qu'elle vécu au moment du naufrage. Ce sont de longues lettres alors est-ce que les mettre sur le forum est une bonne idée? Si vous pensez que oui c'est volontiers que je les recopierais.
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Dim 15 Jan 2012 - 18:51

En ce qui me concerne cela m'intéresserais beaucoup ! pou
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Cinati

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MessageSujet: 1ère lettre de Marie Jerwan à sa famille   Dim 15 Jan 2012 - 19:17

Le courrier du Val de Travers des 15 février 1913

La catastrophe du Titanic

(Récit d'un témoin oculaire)


Une de nos compatriote, madame Marie Jerwan, née Thuillard, établie actuellement à New-York, mais élevée au Mont de Couvet, était au nombre des passagers du Titanic. Grâce à Dieu, elle eut la vie sauve, mais la commotion ressentie fut si vive que pendant bien des semaines, elle ne put prendre la plume pour raconter aux siens les péripéties de l'horrible naufrage,
Les lettres qu'elle écrivit dans la suite ont déjà été communiquées à un cercle étendu de parent et connaissances. A la prière de plusieurs d'entre eux, la famille veut bien autoriser la publication, malgré leur caractère tout intime. Les lecteurs de ce journal lui en sauront gré. Nul ne lira ce récit captivant sans intérêt et sans émotion

Mai 1912
Comment vous remercier pour toute votre sympathie! Je le fais de même de tout cœur, pour toutes les personnes qui ont pris part à ma détresse. J'étais si heureuse, ma chère sœur, de recevoir ta bonne lettre qui me rassurait sur l'arrivée de mes télégrammes. Je me figurais votre anxiété et ne pouvais attendre le moment de vous faire savoir que j'étais, Dieu soit béni, au nombre des rescapés.
Excusez-moi de ne vous avoir écrit plus vite; vous avez du être déçu à l'arrivée du facteur. J'étais si peu bien, et surtout si nerveuse, qu'il m'était impossible de concentrer mes idées. Plusieurs fois j'ai commencé une lettre sans pouvoir la terminer.
Heureusement je me sens mieux maintenant, cependant chaque nuit encore, j'ai des cauchemars affreux; je vois toute la scène se dérouler de nouveau, et je demeure ainsi dans une demi-torpeur sans pouvoir croire à la réalité de mon retour à la maison. Puis je suis devenue peureuse; dans la rue, dans le tram, partout, il me semble être en danger. Je suppose que tous les naufragés sont dans le même cas. Oh! cette nuit vous laisse une impression horrible et cependant ce n'est à comparer avec les moments passés par ceux qui comme nous avaient droit au sauvetage et sont restes dans les flots.
Vous dire l'accueil de tous mes parents et amis est superflu, car depuis 3 jours, ils me croyaient perdue, car j'étais toujours sur la liste des disparus. Les premiers jours, Armin ne pouvait réellement croire que je fusse vraiment là. De même toute la ville était en émoi, ce n'était qu'un mot, qu'une pensée, Le "Titanic".
Maintenant je crois que pour vous faire une narration un peu complète, je veux me transporter quelques instant sur ce malheureux Titanic qui a englouti avec lui tant de victimes.
Il était à peu près 6 heures du soir, mercredi 10 avril, lorsque le petit remorqueur* nous conduisit à bord. Je n'oublierais jamais sa majestueuse entrée dans la rade de Cherbourg; chacun éprouva une certaine sensation; notre petit remorqueur semblait un rien auprès de ce superbe navire.
La mer était calme et belle, tout semblait nous sourire et nous souhaiter "Bon voyage"
Je n'eus pas la cabine demandée, mais cependant il m'en fut donné une très confortable sur le pont supérieur, que je partageais avec Mrs Ball ; de cette façon nous étions très bien.
Ce soir là, je me couchais de bonne heure, et ce n'est que le lendemain que je fis connaissance de ma compagne ; Mrs Balls faisait le voyage avec son frère M. Bateman, pasteur très estimé en Floride, qui était allé exprès à Londres chercher sa sœur pour la conduire chez lui. Je passais une grande partie de mon temps en leur société, nous faisions des promenades ensemble. Comme je vous le disais, la vie à bord est très gaie, surtout lorsque la mer est calme ; il faisait un temps exceptionnel, superbe pour la saison, aussi y avait-il peu de malade.
Nous avions à notre disposition 3 ponts-promenade, un très grand salon bien aménagé où il y avait concert deux fois par jour.
La salle à manger était très vaste et bien garnie. Comme voisin de table, j'avais un français, Mr Malachard, qui venait à New-York pour affaires. Mr Malachard avait sa cabine vis-à-vis de la nôtre et l'occupait avec deux autres messieurs, dont un ingénieur français. Nous avions souvent avec eux un moment de conversation en français, après les repas ou au salon, tandis qu'avec Mrs Balls et Mr Bateman nous causions anglais.
La traversée était une des plus belle de la saison ; les passagers préparaient pour le lundi un concert, dont le bénéfice seraient pour pauvres marins naufragés. Nous ne nous doutions pas alors que nous serions nous-même des naufragés.
Le dimanche matin il y eut un culte protestant dans la salle à manger, et un culte catholique au salon. Mrs Balls et Mr Bateman ne voulurent pas monter sur le pont l'après-midi, trouvant qu'il y faisait trop froid; J'y montais seule. Je me promenais à peu près une heure et comme Mr Malachard y était aussi, nous discutâmes au sujet des religions, lui étant catholique ; nous étions tellement absorbés dans notre conversation que nous ne vîmes pas arriver l'ingénieur français. Drôle de coïncidence : il nous dit en regardant les canots de sauvetage qui étaient suspendus près de nous : « Je suis sûr que s'il fallait descendre ces canots à la mer, les cordes seraient trop courtes. Pour mon compte s'il me fallait aller dans un de ces canots, je préfèrerais être englouti avec le navire. » Nous étions si surpris de cette réflexion faite à l'improviste que Mr Malachard ne put s'empêcher de lui demander ce qu'il avait : « oh ! rien d'autre, c'est ainsi une idée. » Puis il ajouta : « Ne descendez-vous pas prendre une tasse de thé ? Comment pouvez-vous rester sur le pont, il fait si froid. » En effet, malgré les rayons du soleil, l'air était glacé.
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Tiphaine

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MessageSujet: Re: Marie JERWAN   Dim 15 Jan 2012 - 19:34

Eh bien, un grand merci à toi d'avoir pris le temps de l'écrire pour nous le faire partager. C'est un très beau témoignage et très intéressant, notamment la partie concernant ses angoisses d'après naufrage...

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Cinati

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MessageSujet: Voici la Suite du témoignage de Marie à sa famille   Dim 15 Jan 2012 - 20:58

Le courrier du Val de Travers du 20 février 1913

La catastrophe du Titanic

(Récit d'un témoin oculaire)
(Suite)

Le soir comme d'ordinaire, il y eut concert au salon jusqu'à 81/4 heures, puis un culte à la salle à manger. On chanta plusieurs cantiques, après quoi le pasteur termina par une belle prière, demandant à Dieu qu'il protège à jamais ce beau navire ; il pria aussi pour tous ceux qui périssent en mer. Nous étions loin de nous douter que deux heures plus tard ce pasteur et sa femme seraient eux-même victimes de cet océan meurtrier.
Après avoir pris une tasse de café et quelques biscuits je me rendis auprès de Mrs Balls et son frère au salon, où nous causâmes encore quelques instant, puis j'allais regarder l'heure à la pendule afin de retarder ma montre de 50 minutes pour avoir l'heure juste le lendemain.
Mr Bateman en fit autant ; ce fut je suppose la dernière fois qu'il remonta sa montre, pauvre Mr Bateman. Comme il était dix heures et demie, nous lui souhaitâmes le bonsoir, Mrs Balls et moi, puis nous montâmes nous coucher.
Peut-être tout ces détails vous sembleront-ils puérils ; mais pour moi tous ces souvenirs me sont chers, et j'espère qu'ils vous intéresseront également.
Ne pouvant dormir, je me mis à lire. Il était minuit moins un quart lorsqu'un grand choc se fit ressentir qui secoua tout le bateau, et je songeais à l'explosion d'une des machines, car un instant plus tard les machines s'arrêtèrent. Un frisson me parcouru tout le corps. Je n'osais respirer, pour quelques instants. J'appelais Mrs Balls qui se réveilla sans trop savoir ce qui était arrivé. Je lui dis : « Les machines ne marchent plus ». Je me levais à la hâte, me vêtis sommairement, puis allai dans le couloir aux informations. Je vis quelques hommes aller et venir, puis finalement appris que le navire était venu heurter contre un iceberg, mais qu'il n'y avait pas de danger.
Je revins dans ma cabine et rapportai cette nouvelle à Mrs Balls qui resta dans son lit. Cependant je ne me sentais pas rassurée. Je m'habillai donc et montai sur le pont, où je trouvai plusieurs personnes, pour la plupart des hommes qui allaient et venaient, et encore un fois un officier me dit : « qu'il n'y avait pas de danger, qu'on pouvait aller se recoucher. »
Au lieu de cela, je montai sur le pont et allai tout à l'avant ; là je vis des matelots descendre les canots à la hauteur du pont. Dès cet instant j'eus la certitude de notre affreuse condition. Pour une minute je me sentis défaillir, mais aussitôt je retrouvais mon sang froid.
Je redescendis dans ma cabine rencontrai dans le couloir Mr Malachard et ses amis qui ne croyaient pas à un danger imminent. Quand je dis à l'ingénieur que nous coulions par l'avant, il se mit à rire prétendant que ce n'était qu'un effet de mon imagination, parce que le navire ne marchait plus.
Je rentrai donc dans ma cabine et dis à Mrs Balls : « Levez-vous et habillez-vous vite, nous coulons. » Je dûs songer à m'habiller moi-même, ne l'étant pas suffisamment. Je mis les vêtements que j'avais sous la main, et pris ma montre qui était sous mon oreiller, et qui est actuellement toute ma fortune avec mes bagues ; le reste est anéanti car nous ne devions rien prendre et je n'avais même pas ma petite sacoche. Et dire que si nous avions été prévenus plus tôt, nous pouvions prendre dans nos poches l'argent et les bijoux de valeur. Ce fut seulement une heure après la collision que l'ordre fut donné : « Tout le monde sur le pont avec les ceintures de sauvetage. » C'est pour cela que tant de femmes et d'enfants n'eurent pas le temps de se vêtir, la plupart s'étant endormis.
Mr Bateman vint frapper à notre porte et nous donna les ceintures de sauvetage qui se trouvaient au dessus de l'armoire, nous ne savions même pas où elles étaient. Mrs Balls et son frère montèrent sur le pont. La plus grande partie des canots étaient déjà à l'eau quand j'arrivai à mon tour. La plupart des femmes pleuraient, il y avait des visages horriblement défaits ; cependant il n'y eut pas de panique malgré l'affreuse situation. Je cherchais partout Mrs Balls mais en vain ; il y avait une si grande foule sur le pont qu'il était impossible de se retrouver, et je supposais qu'elle était déjà embraquée. Un instant après je m'entends appeler, c'était monsieur Malachard et ses amis. Il m'attacha ma ceinture de sauvetage et me prenant par le bras, il me dit : « Restez avec nous, nous prendrons soin de vous. » J'étais si heureuse de ne plus être seule, car je me sentais sans courage. Cela me rendis un peu de moi-même. Nous étions alors sur le pont B. Un officier nous dit de monter sur le pont A par l'échelle des matelots ; tout allait assez bien, mais au moment de franchir la balustrade, je perdis pied, tombai sur le pont. Je me foulai le pied droit, mais je n'y pris point garde.
Les officiers criaient : « Femmes, enfants, dans les canots, les hommes en arrière. » Mr Malachard vint lui-même me mettre dans le bateau puis se retira. A l'heure qu'il est je me demande encore comment je m'en serais tirée sans son secours, car vraiment je n'étais pas moi-même et c'était le moment de prendre une décision, car c'était l'avant dernier bateau qui se remplissait. J'admirais les hommes à ce moment. Ils se comportèrent comme de vrais héros et les officiers firent leur devoir, ils furent même parfois cruels. Il y eut en effet des scènes horriblement pénibles, lorsque de pauvres femmes devaient se séparer de leurs maris ; je pus alors me considérer comme privilégiée, n'ayant pas à subir cet affreux déchirement.
Que de mères séparées de leurs enfants ; c'est un spectacle inoubliable. Nous étions à peu près une trentaine dans le canot, et j'espérais toujours que nos amis pourraient y venir, cependant il n'en fut rien et la dernière personne qui fut embarquée fut un enfant de 8 mois, dont on ne voulut même pas laisser entrer la mère ; elle supplia qu'on lui rende son enfant, mais l'officier fur inébranlable, et il sembla cruel, il lui dit : « Vous le retrouverez votre enfant, allez dans le bateau suivant.
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Cinati

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MessageSujet: Encore...la suite...   Dim 15 Jan 2012 - 20:59

Le courrier du Val de Travers du 22 février 1913

La catastrophe du Titanic

(Récit d'un témoin oculaire)
(Suite)

Puis on nous laissa glisser, Mr Malachard et ses amis me crièrent au revoir et me firent signe de la main ; après quoi ils se dirigèrent vers l'autre bateau. Ce fut hélas leur dernier adieu, je ne les revis plus. Pauvres amis d'un jour, il furent pour moi vraiment admirables, et je leur en serais éternellement reconnaissante. Dieu ne permit pas qu'ils fussent sauvés.
Comme le Titanic était très haut, il semblait que la chaloupe allait être précipitée dans le vide, et juste avant de toucher l'eau les matelots lâchèrent les cordes plus d'un coté que de l'autre. Le canot se trouva alors si incliné que nous poussâmes des cris de détresse ; finalement on parvint à rétablir l'équilibre et nous atteignîmes l'eau ; on coupa les cordes et six hommes qui faisaient partie de l'équipage se mirent à ramer.
Nous pouvons être reconnaissants envers Dieu de ce sauvetage, vraiment miraculeux, car si la mer eut été agitée, aucun de nous n'aurait échappé à cette terrible catastrophe. Nous avions une mer absolument calme, jamais je n'ai vu l'Océan aussi tranquille ; pas une vague, c'était si saisissant cette nappe d'eau, sans aucun bruit autour de nous, un ciel admirablement étoilé, mais sans lune, et nous pouvions voir le navire s'enfoncer graduellement. A ce moment là, la proue était complètement engloutie. Nous étions tous muets, incapables d'articuler une parole. Ce spectacle restera à jamais gravé dans notre souvenir. Lorsque la chaloupe fut à quelque distance, on s'assura si le fond était bien sec ; il l'était heureusement ! Car j'appris plus tard que certaines chaloupes coulaient. On chercha encore une lanterne, mais en vain ; il n'y en avait point. Aussi figurez-vous ces canots sans lumière, risquant de se heurter les uns contre les autres, ou de rencontrer des glaces, sans vivres, sans eau potable, au milieu de l'Océan glacé. Nous comprîmes notre affreuse situation, et nous n'avions pas beaucoup d'espoir. Je me transportais en pensée auprès de tous ceux qui me sont chers, et dis au revoir à tous. Puis par une fervente prière nous nous unîmes pour demander à Dieu sa protection. Que d'autres prières montèrent en cette nuit horrible vers le trône de Dieu. Combien qui ne croyaient en rien ont alors retrouvé la foi de leur enfance. Le dernier passager de notre barque, notre petit bébé, pleurait à fendre l'âme ; il était à peine vêtu ; un des homme l'enveloppa dans son manteau, je l'installai sur mes genoux aussi confortablement que possible et il se consola. Nous nous éloignâmes toujours plus du Titanic, car nous craignions qu'en sombrant il ne nous engloutît aussi.
Peu à peu les lumières disparurent les unes après les autres, puis on n'aperçut plus qu'une masse noire. La proue était déjà submergée. On entendit encore les musiciens du bateau exécuter le beau cantique : « Plus près de Toi mon Dieu », auquel nous nous joignîmes de tout note cœur. Quel héroïsme que de rester ainsi à leur poste et de donner du courage aux malheureux qui allaient mourir, en jouant ce chant si beau et si solennel.
Quelques instant plus tard un grand bruit se fit entendre quand l'eau pénétra dans les chaudières, mais sans explosion, malgré le dire de certaines personnes. Les mécaniciens restèrent tous à leur poste jusqu'au moment où ils constatèrent que leur tâche était finie.
Le bateau se brisa, il ne restait plus que la proue qui se dressa quelques minutes encore comme un pic et tout fut fini et le Titanic disparut à jamais dans le gouffre meurtrier.
C'était un moment horrible, inoubliable ; on aurait voulu pouvoir se boucher les oreilles afin de ne pas entendre ces clameurs indescriptibles poussées par plus d'un millier de malheureux pour lesquels il n'y avait plus d'espoir de secours. Je sentis mon sang se glacé dans mes veines, et c'est alors que nous comprîmes réellement combien nous étions privilégiés. Jusqu'au dernier moment nous avions pensé tous être sauvé, car le bruit circulait sur le bateau que la télégraphie sans fil signalait l'approche d'un navire de secours. Il s'écoula un peu plus d'une heure depuis la minute où le Titanic heurta le glacier flottant jusqu'au moment où je descendis dans la chaloupe, et à peu près trois quarts d'heure plus tard tout était fini.
Et dire que cette terrible catastrophe est l'œuvre de quelques idées folles (comme avoir le record sur l'Olympic). Chacun blâme le capitaine et Ismay, qui savaient très bien que nous marchions à une allure beaucoup trop grande, d'autant plus que d'autres navires avaient signalé des icebergs.
Nous étions dans un champ de glace et nous marchions à une vitesse de 21 à 22 nœuds à l'heure. Puis nous n'avions que 18 chaloupes de sauvetage, et sur le nombre, une chavira avec 60 hommes. Une autre ne put être employée, donc il n'y en avait en sommes que 16. C'était dérisoire pour un navire de cette grandeur.
N'ayant pas de boussole dans la chaloupe, nous errions sous la garde de Dieu, et après que tout eut disparu nous nous laissâmes aller au gré de l'eau, ayant les étoiles pour seul guide. De temps à autre le matelot brûlait un bout de corde, afin de faire des signaux à d'autres chaloupes ; un des homme avait heureusement des allumettes avec lui, et c'est grâce à sa prévoyance que nous pouvions prévenir d'autres compagnons d'infortune. Le matelot qui nous conduisait était un homme d'un certain âge. Il nous dit que pendant les 45 ans de sa carrière de marin c'était la seconde fois qu'il était témoin d'un accident ; la première c'était sur l'Olympic, en venant d'Amérique en Europe. Ce navire était également conduit par le capitaine Smith. Quoique l'accident fût de peu d'importance, il nécessita cependant des réparations, et ce fut la cause du retard, qui m'obligea de prendre le Titanic et non l'Olympic.


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Cinati

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MessageSujet: Suite et fin du témoignage de Marie Jerwan   Dim 15 Jan 2012 - 20:59

Le courrier du Val de Travers du 25 février 1913

La catastrophe du Titanic

(Récit d'un témoin oculaire)
(fin)

Puis notre matelot s'engagea sur le Titanic pensant être plus sûr sur ce paquebot tant vanté. Il ne se doutait guère qu'il aurait un accident plus terrible encore, et qu'il ne devrait son salut qu'à la protection Divine. Oh ! quelle nuit, mes chers ! nuit inoubliable ! il est impossible que vous vous représentiez nos angoisses. Plusieurs heures se passèrent, troublées par de fausses espérances, car de temps à autre quelqu'un prétendait avoir vu la lumière d'un mât, lumière qui n'était autre qu'une étoile apparaissant à l'horizon.
Enfin, à la grande joie de chacun l'aube arriva, mais le vent se leva, et nous redoutions une tempête. Peu à peu les étoiles disparurent et nous aperçûmes deux grandes masses noires. Au premier moment nous crûmes voir des vaisseaux venant à notre secours, mais c'était deux immenses icebergs qui se dressaient comme des montagnes. En toute autre circonstance nous aurions admiré le lever de soleil sur les glaciers : il fut splendide, ces rayons de feu se reflétaient sur cette grande nappe d'eau, que le vent agitait en cadence ; ce fut un spectacle vraiment grandiose.
Tout à coup le matelot nous dit : Je vois la lumière d'un mât ; nous avions été si souvent trompés, que nous ne pouvions y croire. Cependant la lumière devint de plus en plus distincte et nous distinguâmes bientôt le « Carpathia » qui vraiment venait à notre secours, nous reprîmes courage et cherchâmes à nous rapprocher. Il était 7 heures et demie du matin lorsque nous fûmes recueillis à bord du « Carpathia ». Nous étions transis de froid ; la peur et l'angoisse nous paralysaient. Les enfants furent mis dans des sacs et hissés au moyen de poulies (un à un) et puis on en fit de même pour nous ; On nous liait une corde autour du corps, puis on nous hissait les uns après les autres. A l'arrivée sur le pont on nous enveloppa dans des couvertures, et nous servit du café bien chaud avec de la liqueur. On nous frotta les membres pour ramener la circulation du sang. Lorsque je pus me mouvoir, je cherchais mes connaissances. Quel spectacle lamentable ! Les femmes pleuraient, cherchait leurs maris, d'autres leurs enfants. Oh ! alors je bénis Dieu d'être seule, car si Armin eût été avec moi, nous aurions été séparés probablement pour toujours. Une scène bien pénible se passa à ce moment. Une pauvre femme qui était devenue folle appelait son enfant : Bébé, bébé. On lui en apporta un, elle le saisit dans ses bras au risque de l'étouffer. Le docteur et d'autres personnes eurent toutes les peines à le lui reprendre. Peu d'instants après, la pauvre créature mourut. Une quantité de personnes avaient à moitié perdu la raison.
J'étais sur le pont quand la dernière barque fut recueillie et je fut si heureuse d'y retrouver Mrs Balls ; elle était incapable de marcher. Mais après un bon massage elle se sentit mieux. Je cherchais partout son frère Mr Bateman, mais en vain. Mrs Balls me raconta qu'après m'avoir quittée, il me cherchèrent sur le pont, sans pouvoir m'apercevoir ; elle finit par entrer dans une des dernières chaloupes. Son frère lui jeta le foulard qu'il avait à son cou, lui dit « au revoir. Ayons confiance, si nous ne nous rencontrons plus ici-bas, nous nous retrouverons au ciel ». Ce furent ses dernières paroles, puis il s'en fut à ma recherche. Mais je ne le revis pas, pauvre Mr Bateman. J'ai reçu dernièrement quelques mots de Mrs Balls qui m'écrit que le corps de son frère a été retrouvé et transporté en Floride où il à été enseveli, il y a un mois.
Mrs Balls se trouvait dans une barque qui coulait, elles étaient 70 femmes et un seul homme pour ramer ; aussi durent-elles ramer tant bien que mal elle-même. L'officier qui les avait chargées, les quitta pour aller avec un matelot au secours des pauvres malheureux qui flottaient après que le Titanic eût sombré. Il en sauva une trentaine. Honneur à cet officier qui risqua sa vie pour ces pauvres malheureux.
A la pointe du jour ces 70 femmes épuisées furent heureusement recueillies et remorquées par une autre chaloupe, car je ne sais ce que nous serions devenues, me dit Mrs Balls.
Je pourrais vous raconter bien d'autres choses, si je pouvais le faire de vive-voix...
Lorsque le « Carpathia » vint à notre secours, il était en route pour l'Italie et n'hésita pas une minute, quoique à 60 milles de distance, à venir recueillir 789 passagers. Il fit de son mieux pour accommoder chacun, car c'était un petit navire comparé au « Titanic ». Tout le monde à bord fut vraiment bon pour nous. On installa des couvertures un peu partout pour dormir.
Je couchai jusqu'au moment de mon arrivée à New-York sur le plancher de la salle à manger ; sans me dévêtir (ce que nous fîmes toutes)
Le lundi matin nous avons vu deux baleines. Représentez-vous si nous les avions vues depuis une chaloupe.
La nuit suivante nous avons eu un terrible orage, des éclats de tonnerre formidables suivis d'un fort vent. Nous ne vivions plus, il semblait à chaque instant que nous allions de nouveau sombrer. Nous avons eu le brouillard presque tout le temps. Je crois que si le voyage eût encore duré quelques jours j'aurais perdu la raison. J'avais si peur, mes nerfs étaient si malades qu'actuellement, je ne suis pas encore remise.
Vous dire ma joie lorsque je vis les lumières de New-York est indescriptible ; mais l'arrivée ne fut pas aussi joyeuse que je me l'étais représentée à mon départ du Mont-de-Couvet.
A ce moment là ; il y eut aussi des scènes vraiment navrantes ; que de personnes qui comptaient sur l'arrivée des leurs, et qui ne les ont pas revus.
Aussi vous dire que je bénis Dieu de sa protection, et que je le remercie de m'avoir conservée à tous les miens serait superflu.
Quoique ma santé soit fortement ébranlée je suis heureuse de me sentir auprès de ma famille et de vous envoyer mes amitiés de New-York.

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Cinati

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MessageSujet: petite contribution   Dim 15 Jan 2012 - 21:08

Voilà, j'ai trouvé intéressant ce témoignage de "première main" et effectivement je le trouve aussi intéressant du fait que c'est une des rare personne à parler des suite de ce traumatisme. Actuellement sitôt que quelqu'un se casse un ongle il a droit a une cellule psychologique... A l'époque du naufrage du Titanic, chacun devait retourner à ses occupations sans faire grand cas de ce qu'il avait pu éprouver, ni des traumatismes qui pouvaient avoir été engendrer par la perte de proches, la nuit dans des chaloupes a ne pas savoir si ils allaient être secouru ou non...
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Marie JERWAN
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